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DAY NUMBER 34 :

  11 Juillet 1927, 11 Novembre 2016 : Ma chère Virginia, je ne vous ai pas été fidèle ces derniers temps, vous abandonnant sur ma table d’écriture. J’aurais évidemment des tonnes d’excellentes excuses à vous présenter. A quoi bon toutefois vous exposer les orages qui traversent mon quotidien ? Vous subissez en ce 11 juillet des orages qui provoquent de vraies et graves inondations sur Londres. Les miennes ne sont que des larmes qui coulent et une fois rincées par l’eau de la douche, elles s’évacuent telles des eaux usées. Les pannes de la vie, les dérapages non contrôlés, les sorties de route n’ouvrent pas toujours sur de sympathiques chemins de campagne anglaise.  La vie au point mort ressemble plus à un arrêt brutal au feu rouge sans redémarrage possible. Tous les témoins allumés sur le tableau de bord ne sont alors d’aucune aide. Que ce soient la batterie, les injecteurs, l’arrivée du carburant, il ne reste qu’une solution : se pousser sur le bas-côté et laisser le flux des autres poursuivre leur trajet. Un dépanneur m’a heureusement offert un abri dans un camion tout éclairé. L’habitacle a remis un soupçon de chaud dans mes circuits. Laisser dans la boue mes quatre roues fut presque un soulagement. J’ai regardé clignoter sous la pluie la carcasse de tôle et du haut du gros camion la force de dominer l’instant présent est redevenue possible. Un camionneur peut donc apporter un brin de lueur dans la tourmente d’un matin mal parti. Qui l’aurait cru ? Vous saurez me comprendre car l’arrivée potentielle de l’automobile est pour vous un événement qui assèche toute mélancolie. « Le sujet qui a empli toutes nos pensées jusqu’à en exclure (...) et la littérature et la mort et la vie : les automobiles. (...) Nous ne parlons plus qu’automobiles. » Votre soeur est au volant d’une spacieuse Renault. A trois reprises, vous avez fait un tour avec elle. Vous attendez, toute excitée, que Fred aille vous chercher votre Singer d’occasion que vous allez acheter le 15 juillet pour deux cent soixante-quinze livres. Fred est chauffeur de son métier et c’est lui qui donna des leçons de conduite à Vanessa. C’est lui qui vous mettra au volant et formera Léonard en six leçons. « Cela va considérablement élargir notre horizon.

Je pourrai aller à Bodiam, à Arundel, explorer les collines de Chichester, étendre cette chose curieuse, la carte du monde, dans mon esprit. Je crois que cela détruira la solitude, et risque aussi, bien sûr de mettre en péril une stricte intimité ». L’arrivée de l’automobile devait en effet être une petite révolution. On imagine mal aujourd’hui vivre sans voiture dans la campagne anglaise : faire de grandes distances en bicyclette quel que soit le temps, calculer le moindre déplacement en longues heures. La voiture va changer votre relation au paysage et accroître votre sentiment de liberté. Peu de gens en possédaient une ce qui explique le peu de leçons nécessaires pour se lancer sur le macadam, le flux routier ne ressemblait aucunement à celui de mon désespérant lundi matin. Le téléphone portable, Internet ont-ils produit les mêmes excitations et ouvertures de nos cartes du monde ? Sans doute. Il me reste à patienter pour retrouver la route libre : le garagiste soupçonne une panne profonde. Je m’en doutais. Aujourd’hui, je ne peux même plus compter sur un starter pour booster mon démarrage. Il existe des systèmes « stop and start » mais j’ai dû manquer cette leçon-là. J’espère ne pas trop longtemps fréquenter les fossés et les bandes d’arrêt d’urgence et refaire très vite le plein pour relancer ma machine. Il ne faudrait quand même pas que je vous perde de vue. Je vous sens prête à appuyer sur la pédale d’accélérateur. Vous avez noté sur des bouts de papier les instructions pour manier votre Singer d’un bleu très sombre et vous roulez déjà toute seule dans la campagne. Vous partez pour Dieppe dès le 23 juillet et à votre retour par Newhaven, vous savez que l’automobile vous attendra. Ce véhicule est le cadeau que vous offrent à leur façon les lecteurs Du Phare. C’est une belle métaphore. Je me dirige vers votre Phare pour reprendre my trip with you, peut-être mon véritable voyage, le seul qui empêchera mon moteur de brouter ou de s’étouffer. Avec vous, pas moyen de caler sur un bord de route !  

 Marcelline ROUX


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