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DAY NUMBER 35 :

Dimanche 20 novembre 2016 - Dimanche 20 Novembre 1927 : 89 ans séparent nos deux 20 Novembre. Je crois hélas qu’il n’y pas que cela. Vous pensez que, dans l’ensemble, c’est votre automne le plus heureux. « La vie est une cascade, une glissade, un torrent, tout cela confondu ». Vous connaissez le succès, une vie financièrement plus facile. Vos matinées filent à toute allure. Vous travaillez à Orlando avec une énergie folle :  de 10 heures à 13 heures, vous écrivez si vite que vous retapez tout dans la foulée. Vous multipliez les soirées à Bloomsbury. Vita Sackville est souvent près de vous et vous vous sentez en accord avec Léonard. Vous savourez chacune de vos escapades en automobile. Elles vous mettent en présence de lieux ou d’événements quotidiens inattendus comme une chorale d’ouvrières ou la banlieue traversée pour rejoindre Hampstead, « rouge, propre, sérieux ». Vous achetez un lit et un manteau en éprouvant « un délicieux sentiment d’opulence ». Pour vous décrire mon automne en ce 20 novembre, je pourrais reprendre tous vos points en version négative. Dans l’ensemble, c’est l’automne lors duquel j’aurai le plus pleuré, mes écrits sont toujours blottis au fond des tiroirs et je m’apprête à contracter un crédit longue durée, puisque mon Léonard a inventé une histoire dans laquelle je ne vois aucun rôle pour moi. Je ne perds ni une Hogarth Press, (il n’en avait pas créée pour éditer mes chroniques), ni une Singer, (il n’en avait pas acquise pour me faire voyager). Je négocie quand même avec peine le passage d’une vie duo complice à la vie solo, aussi étrange qu’une aventure non balisée. Si la vie est une cascade, une glissade, un torrent, je suis en plein dedans. J’espère juste me récupérer à la fin du programme essorage, un peu au sec et pas trop chiffonnée.

Ne croyez pas pour autant que je développe envers vous une quelconque jalousie, je ne sais que trop les crises que vous avez traversées et celles qui vous attendent. Je jubile plutôt à vous voir entourée par vos amis, Dotie, Clive, Tom et Roger et goûter à la montée de votre notoriété. «  Les jeunes gens parlent de vous dans des livres absurdes, écrits n’importe comment ». Je devine que cela excite votre plume et votre esprit. Si vous lisez mes cent jours, vous les trouverez sans doute écrits « n’importe comment » mais vous serez ravie de vous sentir toujours là dans la vie d’une lectrice, 89 ans après. Vous n’aurez pas noirci en vain les pages de vos cahiers : votre fil est tendu et tenu. Il est bon de vous voir fourmiller de projets de livres et d’articles même si vous pressentez ne pas pouvoir tous les réaliser. Ce désir et cet appétit me filent un bon coup de fouet pour sortir de mes ennuyeuses histoires. Depuis que je sais nager le crawl, je peux croire que le torrent et la cascade ne sont que des bains comme les autres et qu’il suffit de bien poser le souffle pour retrouver l’autre bord. C’est décidé, je brave la tempête. J’enfile mes bottes en caoutchouc et je sors le grand râteau. Je fais des tas de feuilles mortes. J’en laisse pour les hérissons, j’en jette dans le compost et je ne m’arrête pas en si bon chemin. Je coupe toutes les fleurs et feuilles fanées, je griffe la terre, je nettoie tant que je peux. Je me secoue les plumes et mon automne par la même occasion. Je fais place nette pour ce qui doit advenir. Je n’ai pas encore rattrapé votre niveau de bonheur mais je rame vers vous. Je cache sous la terre des bulbes blancs et mauves pour préparer le printemps. Si j’osais, j’ouvrirais un nouveau cahier pour un nouveau projet d’écriture. Après tout, mon ordinateur est à sa façon une  mini Hogarth Press  et j’ai quelques fidèles lecteurs sur le net. Pourquoi se plaindre ? En avant toute, que le vent souffle dans ma tête et que les mots tournent ! Je glisse quelques graines de folie dans mon terreau et me persuade que Poesia sin fin n’est pas juste un film de Jodorowsky que je viens de voir. La poésie est acte avant toute chose. Je peux marcher tout droit comme les deux protagonistes du film qui avancent dans la ville, côte à côte, ouvrant les maisons pour suivre la ligne, pour croire que leurs pas ainsi alignés sont autant de signes qui annoncent une autre façon de vivre.  La frénésie est  contagieuse et le délirant égocentrique Alessandro Jodorowsky a su, tout comme vous, écraser mes rejets de mélancolie.

MARCELLINE ROUX

 

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