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UN AVANT-GOÛT DES ANGES de Philippe SETBON :

    Les récits de vengeance ont toujours un côté jubilatoire. Nous avons tous, enfoui dans les profondeurs de notre tartare verrouillé par de lourdes portes de bronze et gardées par un molosse à trois têtes,  quelques vieilles affaires que nous aurions bien réglées à coup  de lobotomies frontales, de coups de chignoles dans le coeur ou de câbles de freins sectionnés. Evidemment nous sommes un peu honteux de conserver intacts des désirs aussi nauséabonds mais ils s’adressent généralement à des êtres qui nous en ont fait tellement baver que nous en perdons toute mesure.  Reste que nous n’en faisons rien et que nous trouvons dans les romans noirs toutes les permissions que nous nous interdisons dans la vraie vie.

  A ce titre “Un avant goût des anges” de Philippe Setbon constitue un modèle du genre.  Il referme le remarquable triptyque qu’il avait débuté avec “Cécile et le monsieur d’à côté” suivi de “T’es pas Dieu petit bonhomme”  qui explore les ressorts  du processus de la vengeance sur un mode franchement  brutal et profondément  psychologie. 

   L’ancien flic Bruno Fabrizio s’est laissé glisser sur la pente savonneuse  de l’exclusion sociale au point de finir SDF.  Juste un clodo anonyme  qui un soir réussit à rencontrer  la grande faucheuse  lors d’un passage à tabac par six ou sept petits connards sur un quai de Seine.  Fabrizio est sauvé in extremis  par un ange en la personne de France Léonard.  La jeune femme lui propose à la sortie de l’hôpital un emploi et un toit. Pour l’ex-flic c’est inespéré. Il ne va pas tarder à tomber raide dingue de France. Mais cette dernière a aussi une histoire compliquée peuplée de fantômes et du souvenir d’un épisode traumatisant, une terrible agression dont elle ne s’est jamais remise.  Fabrizio va reprendre ses vieilles habitudes de flic et remonter le cours du passé pour assouvir la vengeance de France.  Mais la jeune femme est-elle seulement victime? L’aide qu’elle a proposée à Fabrizio était-elle vraiment désintéressée? La vengeance a finalement toujours un goût amer.

   Sitbon ajoute avec “Un avant-goût des anges” un onzième  commandement  : “Tu ne te vengeras point !” en sachant qu’on édicte des commandements afin de les contourner aussitôt .  Le dispositif narratif que l’écrivain propose au lecteur s’appuie sur des ressorts d’une intensité psychologique qui va crescendo et porte le récit à un niveau d'incandescence qui ne peut être que celui que connaissent les âmes errantes. Les bons sentiments sont souvent trompeurs et l'enfer, c’est bien connu, est pavé de bonnes intentions et chez Sitbon il faut se méfier de l’ombre que procure les anges. Un roman bien noir à éviter absolument les soirs de déprime… 

Archibald PLOOM

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