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DAY NUMBER 36 :

Lundi 28 Novembre 2016 - Mercredi 28 Novembre 1928 : «Ainsi passent les jours et je me demande parfois si l’on n’est pas hypnotisé par la vie comme un enfant l’est par une boule d’argent, et si c’est cela vivre ? C’est très rapide, brillant, passionnant. Mais superficiel peut-être. J’aimerais saisir la boule dans mes mains et la sentir ronde, lisse lourde. Et la tenir ainsi jour après jour. » J’aime lire votre phrase en ce tout début de la période de l’avent. J’appréhende cette entrée dans la série des fêtes de fin d’année mais mais votre boule d’argent arrive à point pour s’accrocher au sapin. Votre image de la vie à tenir dans les mains m’a donné l’envie de sortir pour saisir les derniers feuillages rougeoyants et les petits fruits du pommier du japon. J’ai gardé votre idée et j’ai commencé à installer, tout en rond, les branchages. Avec cette cueillette, je commençais, sans m’en rendre compte, une couronne. Le cercle, symbole ancien de l’éternité et du cycle toujours renouvelé, me plaisait particulièrement. La couronne avec ses végétaux encore verts venait comme un signe d’espérance : l’hiver, même rude, sera traversé et les pousses nouvelles ressortiront de terre. J’ai besoin d’en être persuadée. J’ai déposé des notes d’argent en votre honneur. Le brillant ne devait pas disparaître de ma tête. Il faut parfois forcer le destin : quand la vie se fait lourde, faire avec ses mains est un remède contre la tête galopante. Je vous dois donc la confection de cette couronne de l’avent. Elle sera près de moi jusqu’à la fin du mois de décembre et je promets d’allumer quelques bougies. C’est un rituel que je n’osais plus accomplir depuis un an. Il était trop inscrit dans l’époque précédente de ma vie. Je me souviens d’être sortie dans le froid les soirs d’hiver pour enflammer les mèches des lanternes. C’était un signe de bienvenue pour mon ex-Léonard. Pourquoi ne pas reprendre le flambeau coûte que coûte ? Je ne sais pour qui, ni qui comprendra, en passant sur le trottoir, la force de ce geste que je reprends pour ne pas laisser s’éteindre la vie. J’ai toujours trouvé ridicules les guirlandes électriques qui pendouillent sur les façades des maisons comme tous les pères Noël accrochés aux fenêtres mais étrangement, cette année, j’aimerais que des lumignons éclairent tous les chemins. Je rêverais de voir chacun sortir dans son jardin ou dans la campagne et créer un petit quelque chose pour dire que la nuit peut prendre des couleurs. Dans les villes, des larmes blanches coulent sur les branches des arbres. Cela rend mélancolique mais cet artifice est comme votre boule d’argent : sa brillance m’atteint. C’est ma façon de dénicher un peu de profondeur dans les actes qui vont se décliner jusqu’à Noël. Pour rester dans le cercle, je viens de m’apercevoir que la roue arrière de ma voiture est à plat. La roue, symbole de renouveau, est en mauvaise posture. Il va donc falloir que j’agisse et ne laisse pas cette crevaison venir à bout du recommencement. Je vais regonfler et colmater les trous. Tenir une roue entre ses mains devrait peser son poids et occuper mains et tête pendant un bon bout de temps. A moins que mon jardin tout éclairé ne fascine un chevalier servant. Attiré par les lampions, il approcherait de ma grille et je l’attraperais dans mes feux. Je sais comment le mettre à l’épreuve ! Je lui promettrais de tenir la chandelle pendant sa bataille avec le cric. A moins que garder la vie entre ses mains ce ne soit d’apprendre à changer une roue toute seule. Je vais allumer les bougies et méditer sur ces possibles. Après tout, je peux préserver un soupçon de légèreté et continuer à croire que seuls les hommes sont capables de ce genre de besogne. J’ai déjà bien occupé mes mains avec la couronne. Pourquoi ne pas offrir la chance à une âme en vrille d’occuper ses muscles ? Pas de décision précipitée, la nuit me portera conseil. 

MARCELLINE ROUX

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