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11 ANS de Jean-Baptiste AUBERT :

      Chaque année en France plus d’une centaine d’enfants entre dix et quatorze ans se donnent la mort laissant leurs proches dans un abîme de chagrin et de perplexité. Ce thème est à la fois terrifiant et terriblement humain. Comment des êtres si jeunes peuvent-ils en venir à éprouver le besoin de mettre fin à leurs jours? 

     Jean-Baptiste Aubert se risque sur le chemin étroit de ce questionnement sans véritable réponse.  “11 ans”  est un roman  d’une incroyable fulgurance qui se porte à la hauteur du psychisme  d’un jeune garçon de 11 ans.  Comme l’indique la  préface de l’éditeur il s’agirait de la retranscription  de deux cahiers qui auraient été retrouvés  dans l’armoire du petit Kevin. Il n’y a pas plus d’indication.  On commence donc la lecture de ce journal  et d’emblée on est frappé par la simplicité de cette écriture pleine d’innocence.   Kevin rapporte  les faits ordinaires de la vie  d’un garçon encore loin de l’adolescence : la classe, le chat Pacha,  les balades en vélo, les bains dans la rivière,  les cabanes dans les bois.  Tout à l’air d’aller pour le mieux mais le lecteur n’oublie pas la phrase lapidaire qui ouvre le journal : “J’ai onze ans, et je veux mourir.”   Du coup une sourde inquiétude se noue dans le cours même de la lecture.   Comment une telle pensée peut progressivement germer depuis les rives de l’innocence ?

  L’écrivain  ne joue pas les procureurs, bien au contraire, mais il tisse une toile narrative  autour du personnage de Kevin qui sont autant d’éléments d’explications. Kevin est un enfant hypersensible. Il se pose des questions qui ne sont pas de son âge et il a bien du mal à comprendre la brutalité de certains à son égard.   Il mène parfois des enquêtes qui lui permettent de comprendre un peu de son histoire, l’origine de son prénom qu’il déteste par exemple.  Et puis il y a ses parents qui se déchirent et qui sont très loin d’être docteur en psychologique. A partir d’une détresse qu’il aurait fallu simplement écouter  au départ Kevin va progressivement s’isoler, d’autant que les adultes ne lui laissent pas le temps de se construire des points d’appui solides.  Jean-Baptiste  Aubert fait finalement le récit d’une faillite qui ne peut pas être celle d’un enfant, une faillite où les responsabilités sont diffuses mais réelles.  Le constat dépasse sans doute de beaucoup la thématique abordée car le tableau qu’il nous propose est sans appel.  Certains adultes qui éduquent les enfants  sont-ils jamais devenus des adultes?  Est-il possible de construire une personnalité solide à partir de l’explosion de la structure familiale quand les êtres qui la composent passent leur vie dans le ressentiment?  Sans parler des solutions que proposent  les services sociaux qui traitent finalement plus des dossiers que des êtres humains.

   “11 ans” est une belle réussite littéraire écrite  dans l’écume même de l’enfance. On reste longtemps  suspendu à la dernière ligne de cette oeuvre  déstabilisante dans sa simplicité, ému  jusqu’aux larmes…

Appoline SEGRAN

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