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DAY NUMBER 37 :

 31 Décembre 2016

Chère Virginia, cette fois, je vous écris une véritable lettre tant je me sens loin de vous et que j’ai espoir que poster cette feuille me rapprochera de Rodmell. Je ne parviens plus à m’arrimer à votre journal balise. La tempête fait rage dans ma tête et aucun port d’attache n’est en vue. Je bouge, m’agite, multiplie les écritures administratives : tout me pousse ailleurs. Je me sens happée par les contraintes matérielles  de l’existence. Il va falloir que je secoue mes ailes pour voler vers vos pages et recréer une île avec votre gros pavé rose. Je ne peux accepter de me couper, chaque jour, plus de vous. Ce serait m’avouer vaincue. Je ne vais tout de même pas vivre dans l’étriqué du quotidien, sans m’octroyer une relation stable avec le littéraire. Faute de savoir garder un Léonard, nos cent jours doivent résister et former une solide passerelle vers les livres. C’est le moment de prendre de nouvelles résolutions pour le début de l’année nouvelle : fixer  un temps de rendez-vous régulier avec vous.  Que diriez-vous d’une invitation à prendre le thé tous les jeudis à 17H ? Je pourrai même décider de ne point passer une journée de 2017, sans avoir lu une ligne de vous. Après tout, les contraintes sont faites pour assurer un cadre sécurisant et les transgresser, de temps à autre, donne un incroyable sentiment de liberté. Je dérive trop pour ne pas avoir besoin que vous me rappeliez à l’ordre. Nous ne sommes parvenues qu’à l’étape 37 et le chemin est encore long pour atteindre le jour cent qui sera nécessairement un jour avec, avec vous. Je ne dois pas lâcher votre fil si je veux retrouver la sortie du tunnel. C’est étrange de vous avoir comme lumière dans ma période de troubles. J’ose croire que cela vous surprend et vous charme. J’avais besoin d’une figure féminine décapante et non conventionnelle. Avec vous, je suis comblée : vos pas de côté sont de confortables pantoufles à chausser pour oser des chemins de traverse, vos coups de griffes de réjouissantes armes pour colorer ma colère et vos déprimes de longs espaces de connivence. Votre énergie m’est indispensable et je rêve que vos paroles infusent en moi quelques graines de causticité. Enfin, si vous pouviez m’en procurer plutôt quelques kilos, j’en ferai bon usage car mes échanges avec les banques manquent sacrément de piment. Leur manque de réactivité et de souplesse est à pleurer. Pourquoi se moque-t-on de la rigidité des fonctionnaires et jamais de celle des banquiers ? Nous effraieraient-ils par leur façon de nous prendre en otage ? Ils auront même réussi à se glisser dans ce courrier qui vous est destiné. Ils sont décidément très forts. Il est urgent que je les chasse de mon esprit, ils gangrènent mes miettes d’envie.

Dehors, le givre enserre les branches des arbres. Ce paysage pris par ce blanc me réjouit. Il donne des excuses supplémentaires au retour à la table. Les herbes retrouvent fière allure dans cette froidure comme si elles relevaient la tête pour dessiner une verticalité que j’avais perdue. Je comprends enfin le sens de l’expression : s’accrocher aux branches. Dans un premier temps, je m’accrocherai aux herbes, la chute est moins risquée. Je vais me tenir bien droite face aux coups de sape de la finance, au besoin j’imiterai vos crises de nerfs avec les domestiques. N’en aviez-vous point avec les banquiers ou laissiez-vous ce sport à Léonard ? Je ne peux, quant à moi, refiler le bébé à quelqu’un d’autre mais je vais faire provisions de vos tournures expertes pour clouer le bec à ces messieurs les gardiens de prêts : jolie astuce pour finir l’année. C’eût été sacrilège de passer ce 31 sans glisser quelques boules surprises de Virginia dans la poudreuse.

Marcelline ROUX

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