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DAY NUMBER 38 :

4 Janvier 2017 - 4 janvier 1929 : Nous voilà toutes les deux passées dans une année nouvelle ! Tandis que je suis partie dimanche 1 janvier papoter avec deux vieilles amies dans une maison de retraite, vous avez visité un ancien ami de Mansfield, un russe, un certain Koteliansky, qui habite un lieu que Katherine a habité pendant une période heureuse. Il vous parle de son amour de D.H Lawrence même s’il trouve L’Amant de Lady Chatterley dégoûtant. Il préfère de loin Contrepoint d’Aldous Huxley, un livre pénible, affreux mais sérieux et typique de l’époque. J’avoue avoir dû pister des informations sur ce livre, un roman à clefs, construit de façon polyphonique, très en référence à la musique et à la politique. Cela a dû résonner en vous et cet ami ne l’a sans doute pas évoqué par hasard. Ce russe vit chichement dans un endroit propre et ordonné mais qui respire la pauvreté : plus personne ne veut de ses traductions et vous vous demandez comment il tient. Vous êtes son contrepoint : votre Orlando est considéré comme un chef d’œuvre et vous allez partir pour Berlin rejoindre Vita, Nessa, Duncan. Au fond de vous toutefois, deux idées se bousculent : la vie est-elle solide ou très précaire ? « Passer comme un nuage sur les vagues » vous semble l’image de l’existence. « Se peut-il que nous soyons successifs et permanents, nous, les êtres humains, et que nous laissions transparaître la lumière ? ». Je pense que ce sont les contrastes qui font naître en vous cette méditation : vision de cet homme russe solitaire qui n’aura pas connu la gloire face à votre œuvre qui vole désormais de ses propres ailes.

                                                                                                                               (D.H Lawrence et sa famille)

Malgré cette différence notoire, vous ne vous sentez pas solide. Vous savez trop que la nuit succède au jour. La consolation est brève et notre besoin d’elle,  infini. Stig Dagerman l’a écrit.  Les fins et débuts d’année sont propices aux bilans et aux retours philosophiques et vous n’y échappez pas. C’est rassurant. Je crois que cette année je me contenterai de votre réflexion et que je ne me retournerai pas trop sur les jours écoulés car je me rendrai vite à votre constat : successifs et changeants.  Je veux croire que c’est pour laisser transparaître une lueur, que nous confions à d’autres qui la saisissent pour atténuer leur obscurité. Je croyais fondamentalement à la durée, à la construction, à la complicité. Me voilà, à vivre au jour le jour, à ne pas risquer une projection sur plus de deux jours et à avancer en solo dans une année qui devrait seulement conforter cet état de solitaire. Dans le même temps, je passe parfois comme un nuage sur les vagues. Je ne peux pas dire que l’année écoulée fut sinistre : après les creux du ressac, des écumes légères et blanches ont tonifié mes jours m’offrant de vivifiantes bouffées d’intensité. J’ai senti que la rupture que je devais assumer même si je ne l’avais ni décidée ni même voulue, décapait mes sens. J’ai accueilli des impressions de paysages, des signes amicaux, des partages, de microscopiques événements quotidiens comme des pages entières que je n’avais pas pris le temps de lire. Je ne mettrai donc pas cette année écoulée, au feu, en compagnie du Bonhomme Hiver. Je vais plutôt enfiler mes grosses chaussettes de laine et vagabonder au bord du fleuve pour laisser venir des images gelées. Qui sait si mon souffle les réchauffera pour leur rendre la lumière dont vous parlez ? De toutes les façons, nous allons tous avoir besoin de nombreux contrepoints pour continuer notre traversée car les affaires du monde ne se sont pas arrangées depuis 1929. Aldous Huxley aurait encore du pain sur la planche. Je me demande quel tempo et quel chant, il pourrait composer pour que l’on reste des hommes. Il nous laisse cette phrase en suspension : « Personne ne vous demande d'être quoi que ce soit si ce n'est un homme. Un homme retenez bien ça. Ni ange ni diable. Un homme c'est un être sur une corde raide, qui marche délicatement, en équilibre, ayant à l'un des bouts de son balancier l'esprit, la conscience, l'âme, et à l'autre bout le corps, l'instinct tout ce qui est inconscient, tout ce qui touche à la terre, tout ce qui est mystère. En équilibre, – oui. Ce qui est bigrement difficile »

Marcelline ROUX

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