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SEANCE 16 : COMME UNE EPONGE :

Ma voisine de 96 ans a perdu sa fille unique il y a 4 ans.

Je pensais qu’elle ne s’en remettrait pas. Eh bien si !

Elle est tombée, il y a deux ans, a dû subir une opération et elle s’en est remise.

Elle a été réopérée cette année  par deux fois, problème de prothèse qui se déboîtait, je pensais qu’elle ne remarcherait jamais, eh bien je me suis trompée.

Cette femme est d’une résistance et d’une solidité à toutes épreuves.

Rien ne semble l’atteindre.

Education bourgeoise.

Ses émotions n’émergent jamais.

Quel est le secret de sa longévité ? La distance aux autres ? L’égoïsme ? Le bridge ? Le champagne ? Ne jamais avoir travaillé ?

Elle affiche un sourire de circonstance.

Belle femme, avec  de la classe.

Le ton de celles qui ont été habituées à donner des ordres aux domestiques.

Peu de compassion.

Moi je me sens comme une éponge, je regarde un reportage et je suis submergée par la colère ou par la peine.

Je croise une mère et son enfant handicapé et je suis bouleversée par l’amour que je sens entre eux.

Je vois un petit couple de vieux  marcher avec difficulté l’un à côté de l’autre et je suis touchée aux larmes par leur fragilité.

Les distances entre les autres et moi sont abolies.

Je ressens fortement.
Pour ne pas souffrir, je suis obligée de me couper de mes sens.

De mettre une barrière de sécurité, une vitre invisible entre eux et moi.

Ou alors je me réfugie dans ma tête, je suis là en étant absente, je vois sans voir et j’entends sans entendre.

Et si un jour, je n’arrivais plus à redescendre de ma tête, si j’y restais coincée ?

Mon corps resterait inhabité.

Plus de sensation, plus de ressenti, plus de sens.

C’est une solution à adopter quand on veut se retirer définitivement.

Je m’absente ponctuellement pour me protéger.

Aux yeux des autres je prends le risque de passer pour quelqu’un de froid et d’indifférent quand je remonte dans ma tour.

Tout le monde n’a pas besoin de savoir que je suis une éponge.

Qu’un rien me touche.

Je suis une cible vivante qui doit porter un gilet pare–balles pour que la douleur des autres ne  l’atteigne pas en plein cœur.


Pan ! Pan ! Combien de balles perdues ?

ALICIA RAHO  (2011) Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

 Lire l'épisode 17

Relire le feuilleton des séances depuis le début

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