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DAY NUMBER 40 :

Dimanche 15 décembre 1929 dimanche 15 janvier 2017 : Il neige. Je regarde les flocons par la fenêtre et savoure la chaleur du feu. J’ai hésité à vous rejoindre en ce dimanche soir. Des amis m’avaient apporté un magnifique ouvrage d’Olivier Salon  sur François le Lionnais, une biographie sur un des fondateurs de l’Oulipo,  magnifiquement mise en page aux éditions Le nouvel Attila. J’aurais bien passé ma soirée à me perdre dans cette vie dense mais vous m’avez rappelé que nos dimanches étaient en échos de dates et que je ne pouvais vous faire faux bond. Vous avez une telle affection pour la lecture des  biographies que vous auriez pardonné mon infidélité. Non seulement, vous en lisez beaucoup mais vous en avez aussi commises quelques unes à l’instar de votre ami Lytton Strachey. Je me demande si c’est encore de mode aujourd’hui chez les lecteurs, ce genre très particulier de la biographie. En tous cas, Le Disparate François le Lionnais, devrait surprendre et séduire plus d’un curieux. Construit en huit parties et en huit sous parties comme un échiquier, les fous d’échec succomberont comme les amateurs oulipiens, mathématiciens, ou encore ceux qui s’intéressent  à la résistance, la déportation, la peinture. Cet homme, dont le nom est, pour beaucoup, inconnu, a passé sa vie à explorer d’immenses et variés domaines de savoir, représentant à lui seul, « une table des matières de la culture contemporaine française » dit Paul Braffort. Cela a de quoi affoler et pourtant le livre embarque dans l’aventure de la pensée, comme si on ouvrait un simple album de photos de famille. « En connaissant à fond ma biographie, on ne connaîtrait rien de moi », dit-il. Je pourrais aisément transposer le propos, ma chère Virginia : en connaissant à fond votre journal, je ne connaitrais rien de vous. Chaque jour avec vous m’en persuade un peu plus. Ce qui compte dans ce type de lecture biographique ne se limite pas à constituer une documentation objective sur la personne mais suivre un parcours dans le temps qui, par les traces qu’il dépose, offre un regard nouveau  sur une époque, un lieu, une création. Mon époque est moins friande de lectures biographiques, elle préfère les « biopics » cinématographiques. La traversée, la reconstitution d’un trajet humain par la lecture est trop lent, sinueux, complexe comme le travail de folie qu’a accompli le biographe Olivier Salon pour traquer François Le Lionnais dans tous ses domaines de connaissance. Ces détours et retours sont de savoureuses décantations pour le lecteur qui déambule, nez au vent, à travers toutes ces strates exposées.

La ligne volontairement efficace du Biopic gomme facilement ces chemins de traverse qui font le sel des personnages complexes. Votre dimanche 15 décembre n’a pas dû être neigeux et vous obliger à rester près de la cheminée  à lire quelques biographies. Vous allez au théâtre. Vous y croisez même le roi et la reine, en chair et en os, installés dans leur loge. Je me prends à rêver que vous décidiez, après cette fortuite rencontre, de vous lancer dans l’écriture de la biographie de ces augustes personnages. Le ton pourrait s’inspirer de la description que vous faites de la reine dans votre journal. « La reine était illuminée  comme une rue, à force de diamants. Une étrange impression me vint : celle d’une vitrine de magasin décorée pour le public : voici ce que nous avons à offrir, nos objets de choix…Rien de bien impressionnant, ni romanesque ni mystère, mais ce qu’il y a de mieux en fait de marchandises. » Même si elle est à jamais une figure de l’histoire et que son nom est plus illustre et célèbre que celui de François le Lionnais, ce n’est pas un hasard que vous ayez préféré vous atteler à la vie de Roger Fry plus qu’à celle de votre Reine, même si vous teniez un bon début. Me plonger dans la découverte du disparate Le Lionnais me sera donc plus utile que de suivre les royales guirlandes lumineuses. Le ciel se charge et la neige épaissit. C’est le temps idéal pour rester cloîtrée et lire la vie éclairante de brillants inconnus. Je viens de m’apercevoir, ma chère Virginia, que vous ne connaissez aucun oulipien. Ne voudriez-vous point inventer une petite contrainte sur le mode du « retour potentiel » pour combler votre lacune temporelle ? Je vous présenterais quelques spécimens qui feraient des étincelles dans votre groupe Bloomsbury.  J’en connais même qui, anglophiles, visitent à deux pas de chez vous l’institut Warburg et séjournent régulièrement au Crescent Hôtel, tout proche de votre de Tavistok square. Cela vous facilitera l’entrée en matière.

Marcelline ROUX 

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