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TON PERE POUR LA VIE d’Antoine SILBER :

 Antoine Silber continue sa quête littéraire entamée en 2011. Après “Le silence de ma mère” puis une station ensoleillée du côté de le Grèce - “les Cyprès de Patmos” – en 2014, il nous propose aujourd’hui une méditation sur son père avec “Ton père pour la vie”. Comment ne pas nourrir d’emblée une certaine affection pour un homme qui passait une partie de sa vie au lit après la mort de son épouse. Il vivait rue de l’Odéon, adresse enviable, où il suivait les différents développements de la vie de ses enfants : évolutions professionnelles, crises affectives, petits enfants. Un père souvent sévère qui s’interrogeait sur la relation qu’il avait avec ses enfants. Antoine Silber qui était journaliste à l’époque craignait le jugement de son père à propos de ce qu’il écrivait. Portant ce grand amateur de littérature aurait pu l’aider. “ si je lui avais fait confiance, j’aurais bénéficié de toute son indulgence. Il m’aurait dit que ce que j’avais écrit n’était pas mal, mais que je devais travailler encore. Il m’aurait cité Colette : Pas de littérature, surtout ne faites pas de littérature…; ou Simenon : Coupez ! Le secret, c’est de couper…, il m’aurait donné des pistes à suivre, indiqué des directions. Il aurait ensuite relu mes épreuves, ajouté un détail ici, coupé une phrase là.” Complexité des rapports entre un père et son fils, difficulté à s’accorder sur l’essentiel, Antoine Silber décrit avec une grande délicatesse l’impossibilité de trouver un équilibre dans les rapports filiaux. “Peut-être aurais-je mieux compris, grâce à lui, pourquoi et comment mon grand-père se précipitait au casino dès qu’il avait fait une bonne affaire, comme pour se débarrasser de l’argent qu’il venait de gagner, qu’il devait considérer comme impur. Tout aurait été différent. Mais est-ce que je ne voulais pas lui prouver ou me prouver à moi-même que je n’avais pas besoin de lui. ” On oublie souvent qu’un père a eu lui même un père et que cette occurrence produit des effets sur notre propre histoire. Le vieil homme réussit à surmonter la mort de sa femme, du moins le laisse-t-il supposer à son entourage. “ Il vivait et recevait couché, ne se levait qu’exceptionnellement, pour accueillir ceux ou celles qu’il considérait comme des invités de marque. C’est même à cela qu’on les reconnaissait…” L’homme est profondément cultivé, il connaissait par coeur des pans entiers des La légende des siècles ou d’Anna Karénine. Antoine Silber décrit ses fantaisies avec délices et l’on sent que le temps passant son père constitue l’un des rendez vous manqué de sa vie, comme c’est d’ailleurs souvent le cas pour beaucoup d’entre nous. Le passé de diamantaire de son géniteur à Anvers, les traditions juives askhenazes qui remontent à ses ancêtres polonais de Cracovie, sont autant de réalités qui appartiennent à la l’existence du père d’Antoine Silber. Elles ont traversé le temps et l’Europe pour se transporter jusqu’à ce petit appartement de la rue de l’Odéon. Intellectuel discret mais profondément attachant, il cultivait les relations littéraires de Jean Dutourd à Vladimir Nabokov et avait publié une quarantaine de traductions de l’anglais dont les romans de science-fiction de Robert Heinlen, Théodore Sturgon ou James Blish, “Les armées de la nuit” de Norman Mailer et aussi l’”Essai sur la révolution” d’Hannah Arend.

Silber éclaire son texte de quelques unes des lettres que lui écrivit son père. Lettres affectueuses qui cherchent la juste distance avec un fils qu’il ne parvient pas à atteindre comme il le voudrait. Lettres où se manifestent l’affection d’un homme que redécouvre son père des années après sa disparition. Comme toujours avec Silber, passé et présent se rencontrent à travers l’évocation d’un être qui influença définitivement sa vie. Mais tant de questions restent sans réponse, tant de réponses sont finalement tellement insuffisantes quand il s’agit de ceux qu’on aime. Silber conclut sur la fameuse citation de Shakespeare tirée de Macbeth : “ Demain, puis demain, puis demain glisse ainsi à petits pas jusqu’à la dernière syllabe que le temps écrit dans son livre. Et tous nos hiers ont éclairé pour quelques fous le chemin de la mort poudreuse. Eteins-toi ! Eteins-toi court flambeau ! La vie n’est qu’une ombre errante, un pauvre comédien qui se pavane et se lamente pendant son heure sur le théâtre et qu’après on n'entend plus. C’est un conte, dit par un idiot, plein de fracas et de furie, et qui ne signifie rien.” Une conclusion qui n’aurait pas manqué de plaire au père de l’écrivain.

Archibald PLOOM 

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