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DAY NUMBER 41 :

 Vendredi 20 janvier 2017 - Jeudi 20 février 1930 : « Comment bondir sur le dos de la vie pour se cramponner à son cou ? ». Décidément, vous avez l’art de la formule que j’aimerais avoir trouvée. Cette question choc surgit après la visite d’une certaine Margaret Snowden. Vous notez « sa façon de baguenauder, de se laisser flotter, sans se donner à quoi que ce soit, cette façon de toujours se retenir, de tripoter et de découper les choses en petites plaisanteries et facéties. » Vous trouvez cela destructeur et vous remerciez le ciel de vous avoir muni « d’un caractère suffisamment fort pour qu’il marque son empreinte chaque minute » de vie. Frustration, insignifiance, sentiment d’avoir été mise au rancart et de voir passer les choses,  cette femme, selon vous, n’a pas vécu et sait sa vie finie. Vous avez 48 ans et il n’est pas question pour vous de ressembler à ce visage aux « fanons de l’âge mûr », mais encore innocent « comme si la vie l’avait mis au réfrigérateur ». Comme je comprends cet instinct qui vous secoue. Je ressens aussi chez certaines personnes cette façon d’avoir baissé les bras et de laisser les choses décider. Même s’il n’est pas facile de garder le cap et de se battre pour infuser de la force à nos élans profonds. Je crois comme vous qu’il faut savoir bondir sur le dos de la vie, quitte à devoir se cramponner à son cou et même qu’il n’est jamais trop tard pour le faire. J’étais très touchée d’entendre un ami dernièrement  écoutant une conférence sur Althusser me dire qu’enfin il entendait cette pensée sans avoir à se battre pour ou contre mais en en saisissant les nuances philosophiques. Il était heureux de pourvoir faire cette expérience de la pensée, le temps ayant fait son œuvre. A sa façon, j’ai senti qu’il bondissait sur le dos de la réflexion pour se cramponner à la soif de comprendre. C’était vivifiant.

Je ne sais si vous avez connu votre contemporain américain William Carlos William. J’ai hier vu Paterson,  une œuvre qui lui rend hommage. Ce film est une marche quotidienne en poésie. Il s’inscrit à contre courant du rythme de mon époque et des idées toutes faites sur l’écriture. Un chauffeur de bus, lit et écrit des poèmes chaque jour avant le départ de sa tournée, à l’heure de sa pause repas ou dans sa chambre à lui, nichée dans le sous-sol de sa maison. Il n’est guère excentrique, plutôt routinier dans sa façon de vivre et pourtant, tout comme vous, il marque de son empreinte chaque minute de sa vie. Sur son visage, on ne discerne pas cette fausse innocence due à l’inexpérience de la vie mais un sourire intérieur, secret, un regard qui s’accroche à toutes les infimes aspérités de l’existence. Même quand sa déambulation devient triste à la suite de la disparition de son carnet, il marche lentement comme s’il cramponnait ses pas à la ville. Je ne sais pas toujours le faire, je vous l’avoue. Parfois, la rudesse de la bataille me laisse échouée sur un lit à m’accrocher aux chiffres du réveil. Ce n’est pas grandiose mais je sais que je préfère que les traits de mon visage se creusent de sillons d’expression, se marquent de toutes les émotions, tensions, espoirs soutenus plutôt que de ressembler à une lisse page blanche. Il suffit parfois que je jette un œil par la fenêtre et observe les mésanges, le rouge-gorge et le minuscule troglodyte parcourir troncs, sol, branches en quête de nourriture pour survivre en ce temps hivernal pour retrouver en moi l’envie de m’agripper au cou de la vie. Les tracas administratifs n’en finissent pourtant pas d’occuper ma plume plus qu’il ne devrait être permis et ma tête a de plus en plus de mal à lâcher prise, tournant sur elle-même comme une toupie, relancée par les bords de ma vie encore très fragile. Dans votre question, Virginia, c’est le comment qui me tourmente. En effet, on peut bondir en tous sens, sans atterrir sur le dos de la vie.  Qu’y a-t-il derrière ce « comment » ? Pour vous, sans doute la littérature, l’écriture, les amis, les soirées londoniennes, la campagne de Rodmell : tout ce que vous n’avez jamais lâché. Si élaborais ma propre liste d’accroches pour la comparer à la vôtre, ce serait un beau pied de nez à mes insomnies.

Marcelline ROUX 

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