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DAY NUMBER 45 :

 Dimanche 26 avril 1931 - dimanche 26 mars 2016 : Nos dimanches sont presque en résonance de dates. Ce que vous dites toutefois de votre séjour à Poitiers, notamment du froid dans la campagne ne correspond pas à la journée de printemps ensoleillée que je vis. Les tortues ont mis fin à leur hibernation. J’ai sorti ma table de travail dans le jardin et les draps sèchent au soleil. J’aime entrer dans le printemps en faisant une grande lessive : oser tout mettre au vent après l’enfermement de l’hiver. Frigorifiée par la bise, vous trouvez refuge dans un hôtel où vous savourez un bon dîner mais point de chauffage central. La seule façon de vous réchauffer est de vous mettre au lit. Le mien, à l’opposé,  prend l’air. Ce dimanche est une parenthèse pour recharger mes batteries, refaire mon lit, au propre comme au figuré, et savoir que ce soir je pourrais aussi m’y sentir protégée. Vous évoquez toutes les lessives qui pendent dans les hôtels où vous logez et je contemple la mienne en écrivant cette chronique : cette volontaire mise en abyme me réjouit.  Je joue à la lavandière, buandière, blanchisseuse en ce jour de changement d’heure, manière de remettre les pendules à l’heure en lavant mon linge sale, une nouvelle fois  au propre comme au figuré. Etendre du blanc pour étaler de grandes pages, c’est la meilleure façon d’accueillir ce qu’il doit advenir, de rester ouvert sans noircir. Je m’identifie aux tortues même si vous vous moquez des animaux que vous rencontrez en France. Mes copines carapacées témoignent d’une grande force et sagesse : après avoir traversé le froid de l’hiver, elles exposent leur dos et emmagasinent  la lumière. Immobiles, côte à côte, elles ne se ruent pas sur les feuilles de salade que je leur présente. Le soleil est un atout plus puissant. Je suis la leçon et me saoule d’éclaircies, de pâleur, de clarté. Je regarde flotter les housses de matelas et d’oreillers et ce chatoiement me traverse de part en part. Puissé-je  incruster une petite lueur au creux de mes yeux.  A ce rythme-là, ma chère Virginia, vous allez me donner goût à la page qui reste vierge et me transformer en parfaite ménagère. Il va falloir que je me surveille. Dans le calendrier marchand,  ce n’est pourtant  plus le mois du blanc. Il est claironné en Janvier, mois du renouveau, du creux des ventes qu’il faut relancer. J’ai cherché sur le net et ce mois du blanc viendrait  aussi d’une histoire de résistance vendéenne, du côté de Cholet,  ville de textiles et de la mort de Louis XVI, qui refusant la corde, aurait sorti son mouchoir blanc : une vraie explosion de sens dans un tissu. Reste que ce soir, je serai dans de beaux draps quelle qu’en soit la signification. Une fois de plus, vous m’aurez accompagnée.  L’étape suivante serait de pouvoir tourner la page et d’oser y mettre des couleurs pour reprendre le fil de la narration et ne pas rester desséchée sur l’étendoir. Je n’ai pas atteint la moitié de ma vie avec vous, voilà un contrat que je pourrai mener à son terme ! Il est toutefois une chose obscure : comment avez-vous vous pu vous jeter dans la rivière Ouse un 28 mars ? N’avez-vous pas croisé sur votre chemin des fruitiers en fleurs, entendu les chants vigoureux des merles, moqueurs ou pas, senti bondir les pointes violettes des muscaris ? Seules les pierres ont hélas rempli vos poches. Pour tenir la résonnance,  je dénouerai mon lien conjugal un 27 mars un jour avant que vous ayez défait celui de votre vie. Cette deuxième mise en abyme est un signe puissant qui mérite d’être déposé sur cette page. Mais je m’égare car, en cette année 1931, vous avez encore dix ans devant vous ! Je ne vais pas bouder ce plaisir juste parce que je connais la fin de votre histoire. Il ne faut jamais brûler les étapes. Vous êtes pour l’instant en villégiature sur les traces de Jeanne d’Arc et de son feu. J’aime croire que ce personnage historique féminin ne reviendra pas hanter mon présent en servant d’alibi à l’élection d’une femme frontiste. Le bégaiement de l’histoire et cette troisième et ultime mise en abyme serait celle de trop. Pour le coup, j’aimerai que l’abyme et le blanc effacent toutes les traces de cet oiseau de mauvais augure au chant criard et au plumage bleu marine.

Marcelline ROUX 

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