Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
DAY NUMBER 46 :

« Non, je ne laisserai pas cette journée être une mauvaise journée, bien que tout annonce qu’elle en soit une. » Vous vous êtes disputée avec Léonard au sujet d’une visite dans sa famille, vous avez la migraine, vous avez eu un « discours ténébreux et délicieusement pénible » avec un ami. Cette impression que tout s’annonce mal, je la connais souvent ces derniers temps. Les tensions de la fin de vie d’un couple s’affichent comme le nez au milieu de la figure et particulièrement sur l’écran de mon téléphone portable, la maladie approche trop près des gens que j’aime, l’énergie pour que la maison devienne ma maison, inaugurent parfois de très mauvaises journées. Je n’ajoute même pas à tous ces soucis personnels, les nouvelles du monde qui n’en finissent pas d’égrainer des violences guerrières, terroristes et des perspectives politiques angoissantes. Comme vous, je me dis que : non, je ne laisserai pas ces jours être mauvais. Pour faire face et inverser le courant, vous prônez : « calme et maîtrise de soi », ce qui n’est pas si simple mais aussi, ce qui est plus réjouissant et inattendu, de  « manger des pommes et de faire la sieste » avant de vous remettre aux épreuves des Vagues. Face au peu de coups de crayons de correction à apporter, « votre humeur s’allège » et vous vous frayez « un chemin dans la mer, malgré les migraines et malgré l’amertume ». Je ne pourrais pas appliquer à la lettre votre potion. Je n’ai plus de pommes sur ma table. Dans votre sillon, il me faut inventer d’autres remèdes : un morceau du chocolat, déniché chez un chocolatier, près de la rue Sabin remplacera les pommes et un petit tour en bicyclette jusqu’aux écluses, la sieste. Il faut bien éliminer ma  gourmandise. Je pédale comme si je retrouvais des sensations d’enfant. Je fais rouler des roues toutes neuves. Prise d’une folie insoupçonnée, je suis entrée hier dans une boutique avec une lourde et vieille carcasse de Gitane, aux pneus poreux, aux garde-boue branlants, aux freins tyranniques, et profitant d’une promotion de fin de série, je suis ressortie au guidon noir d’un vélo parme, 18 vitesses et léger comme une gazelle. Je longe la Seine pendant plusieurs kilomètres pour la seule joie de me sentir avancer sans effort. Je crois alors, presque sincèrement, que tout roule et avance dans ma vie comme ces roues neuves qui découvrent le monde pour la première fois. Ma première bicyclette, celle de mes quatre ans, était blanche, offerte par le père Noël en personne. Ne croyant plus, hélas, en ce lascar, je suis passée au violet et j’ai payé de ma poche : façon comme une autre de ne pas laisser les mauvais esprits venir se mettre en travers de mon chemin. Quelques bons coups de pédales, et la vie redevient  fluide. Je garde votre idée de pommes et de sieste pour une prochaine journée qui tournerait mal. N’ayant pas de corrections d’épreuves sous le coude, je remplace cette option par la lecture de deux textes : celui d’Anne Walter Paula en profil perdu paru chez Actes Sud et le dernier roman La Sœur de mon frère de Catherine Weinzaepflen aux éditions des Femmes. Avec tout cela, je me sens parfaitement d’équerre et la journée devient lumineuse. L’énergie revenue, le jardin bénéficie de mes soins avant l’arrivée de la nuit. Je coupe alors mon téléphone, histoire ne pas voir s’afficher quelques lignes glaciales  et ne garder que le bon au chaud jusqu’à demain. Avez-vous remarqué ma chère Virginia, qu’à cause de vous, je ne m’autorise plus qu’à lire des femmes dont le nom commence par W ? Votre influence devient inquiétante. Je me rassure en me disant que le W est aussi le début de warm, chaud en allemand. C’est donc un coin de chaud que vous déposez en moi, et ce double V signe une double victoire : ensemble, nous sommes encore parvenues à sauver un 10 du mois.

Marcelline ROUX

CULTURE-CHRONIQUE.COM encourage ses lecteurs à se rendre en librairie  afin de soutenir le réseau des librairies françaises. Vous pouvez aussi cliquer sur le logo "Lalibrairie.com", votre commande sera alors envoyée chez le libraire de votre choix. Enfin, hormis "Amazon", la plupart des librairies en ligne que nous vous proposons sont aussi des librairies de centre-ville que nous vous encourageons à découvrir. La santé du livre dépend de la santé des librairies. 

© Culture-Chronique --                                                

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--   S'inscrire à la Newletter       

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE   

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :