QUELLE POLITIQUE CULTURELLE POUR LA FRANCE ? :

A quelques mois des élections présidentielles, mère de toutes les batailles politiques nationales, il convient de se demander quelle politique culturelle un gouvernement de gauche pourrait proposer aux français ?

Le ministère de la Culture doit remplir trois missions : protection du patrimoine, aide à la création, aide à la diffusion / démocratisation. La première, la plus régalienne, est aussi la plus coûteuse. L’achat et l’entretien du patrimoine immobilier coûte cher, très cher. Mais ni la gauche, ni la droite non jamais trouvé quoi que ce soit à changer dans ce domaine. Après tout nous sommes en France et la France a un rang à tenir. Le patrimoine culturel est lié à notre destin national.

La seconde mission a connu des succès importants : le soutien au cinéma national à travers le CNC, celui à l’édition française, aux galeries d’art, aux théâtres. Dans ces quatre domaines la France reste une nation où la Culture continue à conserver une réelle considération.

La troisième mission part du principe que l’accès à la Culture reste fondamentalement inégalitaire. Ici les progrès sont très lents. Certains diront que l’on fait du sur place, voire même que l’on recule. Pourtant il existe une vraie politique de démocratisation mais elle n’est pas forcément nationale, elle est aussi le fait des départements, des régions, des communes – le nombre des médiathèques a explosé - et des grands musées qui ont développé des services éducatifs qui produisent des effets réels.

Cependant il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt : les 35 heures, l’augmentation du temps libre des français a largement profité au moyen de diffusion culturelle le plus économique et le plus populaire, j’ai nommé la télévision. Combien de chaines culturelles ? Une seule : ARTE !

Soyons clairs. Dans le domaine culturel, les 35 heures ont largement profité, pendant la dernière décennie à TF1, M6, et finalement aux émissions de téléréalités. C’est navrant, mais c’est un constat sans appel. Quand on analyse les contenus proposés par ce média on ne peut que s'inquiéter du devenir culturel du pays.

Français encore un effort ! 

Je l'avoue, je ne fais pas partie de cette petite frange de la population qui fréquente constamment les musées, les salles de théâtre où les galeries d'art. Mais j'ai aussi conscience d'appartenir à une catégorie de français qui passe du temps dans les librairies, ne craint pas d'assister à une exposition d'art abstrait et qui se rend tout de même au théâtre plusieurs fois par an. En d'autres termes, j'appartiens à la France qui ne regarde jamais TF1 et qui n'a pas besoin d'être aidé dans le domaine culturel. Je sais aussi ce que je dois à la médiathèque de ma commune qui m'a permis, durant mes années de lycée et de fac, de lire gratuitement une invraisemblable quantité de bouquins, me donnant l'impression d'être plus riche que le plus riche milliardaire américain... C'est aussi cela la politique culturelle en France : permettre à un gamin désargenté du fin fond de la banlieue d'accéder à des richesses qui étaient étrangères à ses parents. Quand on sait ce que ça coûte vraiment au pays, on peut dire que cette politique constante depuis Malraux est d'un bon rapport qualité-prix.

Cependant l'honnêteté intellectuelle veut que l'on ne réduise pas les résultats d'une politique aux bénéfices individuels qu'on en a tirés. Il faut l'avouer, la multiplication des institutions culturelles n'ont pas permis la maturation de nouveaux publics. On peut même craindre que l'augmentation quantitative des pratiques culturelles soit avant tout le fait des héritiers, c'est-à-dire de ceux qui ont déjà été largement dotés sur le plan culturel, pour faire court les citadins hyper diplômés ! En termes moins sociologiques : on ne parvient pas à tirer les masses de leur trou d'opium télévisé où les régies publicitaires des chaines privées s'échinent à créer "du temps de cerveau disponible" afin d'augmenter leur taux de profit. 

Ici on peut souligner un certain échec de la gauche qui s'est souvent limitée dans le domaine de la démocratisation culturelle à des incantations inefficaces. L'aide à la démocratisation ayant généralement effectué un mouvement latéral et discret vers la plus commode aide à la création.

Reconnaissons d'ailleurs la difficulté et la complexité du problème à résoudre. La démocratisation de l'accès à la culture a profité aux centres villes, au détriment des périphéries, aux élites plutôt qu'au public populaire. Ce n'était pas le but mais c'est le constat objectif qui peut être fait aujourd'hui. Notons par ailleurs que de nombreuses institutions culturelles souffrent d'un manque de renouvellement patent, les personnalités se voyant constamment reconduite à leur poste – sauf pour l’infortuné Olivier Py qui vient de faire les frais du jeu de chaises musicales élyséen - ce qui n'est guère un gage d'innovation pour le présent et le futur. Enfin le statut accordé par la République française à ses artistes a encouragé les vocations qui seront loin d'être toutes reconnues par la postérité, débouchant inéluctablement sur des existences de fin de mois difficiles et de frustration. D’aucun diront qu’il faut beaucoup de matière pour produire quelques chef d’œuvres…

Tout est question de moyens et, en ces temps de restrictions, il faudra pourtant prendre des arbitrages et améliorer certains outils. Ainsi la politique consacrée au patrimoine culturel pourrait n'être pas seulement orientée vers l'acquisition de nouvelles collections mais aussi d'arbitrer le budget en revendant les œuvres qui paraissent moins intéressantes et qui encombrent les réserves des grands musées, ce qui est actuellement interdit . Ce manque de souplesse ne permet pas aux conservateurs de mettre en place une politique de collections raisonnée et maitrisée. On en reste à une stratégie d'accumulation qui est loin d'être toujours pertinente. 

Par ailleurs il convient de s’interroger rapidement sur la question de l’offre culturelle. Sachant, comme nous l’avons souligné plus haut, que cette offre profite à ceux qui sont déjà fortement dotés, la politique culturelle devra s’orienter vers les deux seuls lieux où l’on peut encore former les publics non initiés : l’école et la télévision.

Reste à savoir si le projet d’éducation artistique qui semble se mettre en place à l’éducation nationale pourra devenir pérenne. Soulignons parallèlement l’état épouvantable des bibliothèques de nos universités qui ont besoin d’un solide plan de réhabilitation pour parvenir au niveau de ce que font les grands pays dans ce domaine.

Enfin le ministère de la culture devra s’orienter vers une politique sérieuse de subventionnement des programmes culturels à la télévision. Des programmes qui devront conjuguer l’inventivité, la qualité et la capacité à toucher le plus grand nombre. Là aussi, il faudra trancher et peut être faire le choix de sacrifier une partie des subventions à des spectacles vus par un public éclairé, et qui le restera de toute façon, au profit des masses précipitées dans le vide sidéral de programmes qui flattent la part la plus désolante de l’humain dans un but unique de profit rapide.

Pour conclure, la politique culturelle de demain devra faire preuve de courage pour affirmer une véritable réorientation des budgets au profit des citoyens qui sont encore et toujours privés de Culture.

 

BERTRAND JULLIEN (2011)

 

Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :
14/01/2013
13/01/2013
01/01/2013
28/12/2012
16/12/2012
16/12/2012
30/11/2012
18/11/2012
18/10/2012
14/10/2012
11/10/2012
07/10/2012
23/09/2012
08/09/2012
05/09/2012
24/06/2012
15/01/2012
15/11/2011
15/11/2011
15/08/2011
04/07/2011
09/06/2011
26/05/2011
03/05/2011
07/04/2011
19/03/2011
08/03/2011
06/03/2011
03/11/2010