Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
DAY NUMBER 48 :

 8 février 1932 8 mai 2017 : « La vie, lorsque je ne travaille pas, devient soudainement pauvre, dénuée d’intérêt. Lytton est mort et rien de particulier ne le signale. Et puis l’on écrit sur lui des articles bien désinvoltes…comme si Lytton n’avait guère compté. » Chère Virginia,  je comprends votre tristesse après la mort de votre ami. J’avais pris tant de plaisir à lire votre correspondance avec lui. Vous aviez l’un et l’autre une façon vivifiante d’aborder la maladie : l’art de vous échauffer et de traiter avec de mordantes piques tout apitoiement sur vos sorts respectifs. Je n’ai malheureusement jamais retrouvé ces lettres. Rassemblées dans un recueil, parmi d’autres correspondances,  j’ai oublié le titre de l’ouvrage. Vous aviez avec Lytton Strachey une amitié tumultueuse mais néanmoins revigorante. Votre jalousie légendaire envers toute personne qui écrit, a sans doute pesé mais je perçois, qu’au-delà de ces embrouillaminis contextuels, une complicité indiscutable liait vos deux êtres. En plus de cette correspondance, Lytton Strachey reste pour moi un des membres fameux du groupe de Bloomsbury et tout particulièrement, l’homme aimé par Carrington. Dans le film du même nom, réalisé par Christopher Hampton, Emma Tompson interprète magnifiquement le rôle de la jeune peintre amoureuse du brillant intellectuel homosexuel et cet amour impossible et passionnel. Ce film se veut aussi être la biographie  de Lytton. Bizarrement là encore, je ne peux le retrouver, inexistant en dvd, version française. Je n’ai pour me consoler que le livre de Michael Hollroyd, soigneusement conservé dans ma bibliothèque. Vous avez toutefois raison, ma chère Virginia, qui se souvient aujourd’hui de Lytton Strachey ? Sa vie d’esthète aura connu une courte splendeur au sein de votre groupe et dans les élans de votre relation épistolaire mais qui lit Lytton aujourd’hui ? Son esprit et son humour demeurent pourtant savoureux. En ce huit février 1932, vous avez accepté de donner un second volume au Commun des lecteurs, livre qui regroupe vos essais critiques publiés pour le supplément littéraire du Times. Votre second volume s’appellera « Comment lire un livre ? ». Vous y saluez le bon sens des lecteurs purs de tout préjugé littéraire, qui lisent pour leur propre plaisir, plutôt que pour transmettre des connaissances ou corriger l’opinion des autres. Je peux dire que mon approche de Lytton Strachey s’inscrit dans cette veine innocente. J’aime ce personnage pour son statut de personnage et j’ai lu sa correspondance, comme le livre de Michael Hollroyd, comme je suis allée voir au cinéma plusieurs fois Carrington, sans me préoccuper de jugements esthétiques. C’est à coup sûr une faute de goût quand on connait le raffinement de l’esprit cinglant de Strachey, mais c’est aussi peut-être la seule manière de le découvrir, de le faire vivre et de vous rassurer sur la pérennité de sa vie d’écriture. Je pourrais paraphraser Danièle Sallenave et me dire que c’est le don singulier que me fait ce mort. Je traque désespérément la sortie du film : dès que j’aperçois un vendeur de dvd, je lui pose ma rituelle question, en vain jusqu’à présent, mais je ne désespère pas que la réitération de cette demande finisse par susciter l’offre. La société de consommation répond parfois à des lubies plus étonnantes. Je ne peux même pas en votre nom aller déposer quelques brins de muguet sur sa tombe car il a été incinéré sans cérémonie à Golders Green. Seule une plaque commémorative fut placée dans la chapelle familiale des Strachey, à l’église de Chew Magna, dans le Somerset. Il s’est à sa façon envolé. Cela lui va comme un gant. Les poches pleines de pierres, vous avez lui avez, au tout dernier moment, répondu en vous noyant. Lui volatilisé en cendres et vous liquéfiée dans les profondeurs : je suis certaine qu’il a apprécié votre dernier pied de nez à son encontre. C’est décidé : j’apporterai plein de petits galets doux et de poussières fumantes au premier qui me déniche Carrington. 

CULTURE-CHRONIQUE.COM encourage ses lecteurs à se rendre en librairie  afin de soutenir le réseau des librairies françaises. Vous pouvez aussi cliquer sur le logo "Lalibrairie.com", votre commande sera alors envoyée chez le libraire de votre choix. Enfin, hormis "Amazon", la plupart des librairies en ligne que nous vous proposons sont aussi des librairies de centre-ville que nous vous encourageons à découvrir. La santé du livre dépend de la santé des librairies. 

© Culture-Chronique --                                                

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--   S'inscrire à la Newletter        

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :