LE DERNIER STADE DE LA SOIF :

Les pérégrinations nocturnes dans NYC se poursuivent pour notre plus grand bonheur, mais comme mon compagnon de voyage aime le sommeil de façon immodéré quand je considère que c'est un luxe bourgeois, j'ai le temps de vous parler de mes lectures ici bas.

En premier lieu, "le dernier stade de la soif" de Fredereick Exeley. Un livre qui me fut conseillé par un libraire du 15ème, librairie d'excellente facture que je n'aurais jamais découvert si mon ami Bertrand Guillot n'y avait signé B.A.BA. Quelques mots avec le préposé aux rayons m'avait fait comprendre que je pouvais suivre ses goûts, un type qui aime Frédéric Berthet ne peut pas avoir mauvais goût.

Comme le titre l'indique, c'est un livre sur la boisson et pas la grenadine. Un classique en littérature en somme, alors, pourquoi celui là ? Parce que, contrairement à l'étalage immodéré de dégueulasseries drolatiques de Bukowski, qui saoûle au bout de cent pages, Exeley a la verve insolente et drôle d'un Kennedy Toole, l'auteur du culte la conjuration des imbéciles. Il dépeint avec un humour féroce une Amérique trop triomphante, trop porté sur le succès pour un narrateur écrivain non écrivain, baiseur non baisant, et prof non professant... Parfois la douleur de l'alcool le submerge et il lui faut repartir sur les traces de son passé en fouillant difficilement dans sa mémoire embuée et on y est. L'alcoolisme définit sans pathos mais avec une grande justesse de la souffrance qu'il cause, je n'avais pas lu ça depuis Lunar Caustic de Malcom Lowry....

Autre évocation réaliste mais quelques kilomètres au sud, Mal Tiempo de Fauquenberg. Là, c'est le négatif de Million Dollar Baby. A savoir un homme, noir, cubain, qui lutte en poids lourd sans savoir pourquoi. Sa droite est dévastatrice mais il ne boxe pas pour le succès ou pour l'argent, il boxe pour survivre à sa propre folie. Le rendu est assez bluffant, on s'y croirait, on accompagne le narrateur dans ses montées et bouffées de haine, jusque dans ces remords d'avoir laissé des types gisants.

Demain, nous poursuivrons nos explorations new-yorkaises, quoi qu'il en coûte à notre foie...

Vincent EDIN (2011)

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