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HAVRE NUIT d’Astrid MANFREDI :

Astrid Manfredi a un petit plus, un petit quelque chose que d’autres auteurs n’ont pas. Son écriture, c’est comme une signature. Son écriture est immédiatement identifiable.

Une femme prend Laszlo en stop entre Paris et Le Havre. Ce n’est pas vraiment du stop, il est assis dans un relais d’autoroute et veut rallier Le Havre. Il se présente : Laszlo Kovak. C’est un 31 décembre. La femme ouvre sa portière et Laszlo monte à bord. Pendant le trajet, ils hésitent. Ils basculeraient volontiers dans le plaisir sans lendemain mais non, elle le conduit à destination et l’invite dans une soirée de réveillon. Elle le perd dans l’alcool et la fumée. Une jeune Estelle est collée à lui.

La jeune Estelle passe aux informations le lendemain, elle a été assassinée.

Cette femme qui a pris Laszlo en stop est la narratrice de « Havre nuit » Elle a perçu la dangerosité de l’homme. Elle raconte l’histoire de Laszlo, jeune homme torturé, né de Kovak, un père comparable à un Dieu vivant et de Lisette, raide dingue amoureuse de son amant. Kovak est mort comme James Dean et personne ne s’en est jamais remis.

Laszlo est beau et nonchalant, comme son père. Il multiplie les conquêtes et s’enivre quand les rapports physiques frôlent la violence.

Il tombe amoureux d’Alice Casabelle. Elle a dans les yeux une lueur qui le cloue sur place. Il recherche Alice et il la fuit. Elle s’installe en lui comme une obsession frustrante.

Laszlo court le monde. Son obsession pour Alice ne cesse de grandir et il se transforme en tueur en série.

Il bourlingue depuis une vingtaine d’années quand il est pris en stop par la narratrice. Il se rend au Havre pour se rapprocher d’Alice, sa clé de voûte.

La narratrice remonte le cours de la vie de Lazlo puis celle d’Alice mais elle remonte aussi les vies de Fabio et de Louise, les parents d’Alice et elle raconte Lisette et Kovak, les parents de Laszlo.

Astrid Manfredi tutoie et vouvoie ses personnages. Elle déploie un talent de loup pour embrouiller le lecteur. On est bousculé par les « tu » et les « vous » car Havre nuit est écrit à la deuxième personne. Cette construction originale impose un petit effort au lecteur. Ecriture « rentre dedans » Genre je t’attrape, je te secoue, je te balance les mots à la figure et toi lecteur, tu ne bronches pas d’un poil parce que c’est franc, direct, c’est très rythmé et ça plait !

Un deuxième roman, c’est un envol ou un crash. Astrid Manfredi vole bien haut désormais. Elle est passée Maître dans l’art d’écrire des petites phrases épouvantablement efficaces. « Havre nuit » ne laisse pas indifférent, il interpelle.

La fin se referme comme un coffret et Astrid nous remet les clés.

Magnifique !

Annick FERRANT 

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