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L’ETE DES CHAROGNES de Simon JOHANNIN :

Ce petit roman tout léger et tout fin pèse son poids d’or. Une densité incroyable. J’ai eu la sensation étrange que le livre gonflait, que chaque page prenait l’air et respirait.

Simon Johannin stimule tous nos sens. Il travaille spécialement l’odorat, le toucher et le goût, des sens souvent écartés par les romanciers. Certains lecteurs n’hésitent pas à comparer son texte au parfum de Suskind (1986) et je les comprends. L’écriture est impressionnante. Je place ce roman parmi les meilleurs textes que j’ai lu depuis le début du siècle.

On accompagne la vie d’un adolescent pendant une dizaine d’années et on n’a pas son prénom. Le narrateur évolue dans un monde agricole intransigeant et rustre.

Attention ! Les images sont parfois difficiles.

Il vit à « La fourrière », une ferme figée dans le temps et dénuée de confort. Il est houspillé, la vie est rude, il pleut des baffes. Mais ces baffes sont spéciales, elles ne provoquent pas de douleur. Le garçon n’est pas en souffrance et ça se sent dans la lecture. L’amour filial s’est glissé entre les pages. Invisible. Il soulève l’histoire comme un levier.

Il y a les mouches, des paquets de mouches. Elles bourdonnent et on a envie de les chasser de la main. Les chiens dégagent une chaleur moite et écœurante, les brebis déposent une odeur de suint et il y a comme un film gras sur nos doigts.

Le narrateur et son ami Jonas inventent des jeux à l’image de la vie qu’ils mènent. L’été des charognes, c’est l’été où 50 moutons sont morts. L'équarrisseur n’a pas pu venir tout de suite et les cadavres ont pourri pendant 2 semaines. Les enfants ont joué dans cet amas en décomposition, ils se sont vautrés dedans. Cet épisode a marqué toute la communauté.

L’adolescent est propulsé dans un monde d’adultes avant l’heure. Il prend le volant et il ramène au bercail les parents et les voisins qui ont abusé d’alcool.

Il devient un jeune homme. Il tombe amoureux et ce n’est pas une allégorie, il tombe réellement. Touché, coulé. Il tombe au fond de son chagrin et ne se relève pas. Il sombre. Il se réfugie dans les paradis artificiels. Il décrit l’effet des substances sur lui et c’est une prouesse. Les mots jaillissent de ses tripes et son écriture n’a rien à envier à celle de Baudelaire. Vous allez dire que j’exagère alors j’en rajoute une couche. Il en parle mieux que Baudelaire.

Simon Johannin transmet des émotions pures et des émotions brutes. Il a un don.

Ce roman est une leçon d’écriture du début jusqu’à la fin.

Ne passez pas à côté de l’été des charognes. Achetez-le. C’est un ordre.

Annick FERRANT  

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