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TROIS TEXTES de Paul VALERY :

 Les éditions Louise Bottu nous ont désormais habitués  à la publication d’oeuvres courtes, mais au contenu roboratif,  que l’on peut acquérir pour quelques euros. La collection “Inactuels/Intenpestifs” nous offre des ouvrages d'un format facile à glisser dans une poche ou un sac et qui  feront office de viatique à des lecteurs soucieux de lire ou relire des textes incontournables de la pensée européenne. Après Nietzsche et  Péguy  nous voilà en compagnie de Paul Valéry (1871-1945), intellectuel qui a bien du mal à faire encore entendre sa voix de nos jours alors qu’il a été l’un des penseurs les plus écoutés de son époque. La réédition de “La soirée avec Monsieur Teste”, “La crise de l’esprit” et “Notion générale de l’art” au sein d’un même volume constitue  un événement en soi.  Elle permettra à ceux qui  connaissent mal Valéry de le découvrir.

   Chacun des textes rappelle à quel point cet esprit fut vif et doté d’une incroyable capacité à examiner le monde qui l’entourait.  Ainsi Monsieur Teste fut-il, d’une certaine manière, un double littéraire qui ne le quitta jamais.  Teste est certainement un déconstructiviste avant l’heure. Il s’observe jusqu’à s’espionner et parait relativement indifférent à ceux qui l’entourent. Tel un démiurge Teste ne semble s’intéresser qu’au possible.  A ce titre son regard sur le monde  est impitoyable. On pourrait le trouver orgueilleux mais l’est-on quand le regard que l’on tourne vers soi est aussi impitoyable ?  Teste recèle, en lui même, une forme de perfection  de la volonté intellectuelle. “La bêtise n’est pas mon fort. J’ai vu beaucoup  d’individus, j’ai visité quelques nations, j’ai pris ma part d’entreprises diverses sans les aimer, j’ai mangé presque tous les jours, j’ai touché à des femmes. Je revois maintenant quelques centaines de visages, deux ou trois grands spectacles,  et peut être la substance de vingt livres. Je n’ai pas retenu le meilleur ni le pire de ces choses : est resté ce qui l’a pu.” A quoi tient une vie …

   “La crise de l’esprit” rédigé en 1919 s’interroge sur le recul de la culture et de l’intelligence balayées par la grande guerre et les avancées technologiques de l’époque (TSF, téléphone…). Pour Valéry la futilité et l’insignifiance semblent guetter un monde européen où les croyances semblent s’effondrer et où même la science a renoncé à l’idéal d’unification.  La civilisation européenne n’a jamais eu tant conscience de la possibilité de sa disparition.

   Enfin dans “Notion générale de l’art”  Paul Valéry considère que l’art confère de l’utilité à l’inutile mais que dans ce domaine l’inégalité  entre les agents  producteurs d’oeuvre d’art est patente : “En résumé, l’ART, en ce sens, est la qualité de la manière de faire (quelqu’en soit l’objet) qui suppose l’inégalité des modes d’opération, et donc celle des résultats,  - conséquence de l’inégalité des agents.”

 Ces soixante dix pages d’une lecture stimulante nous permettent de redécouvrir un penseur injustement oublié alors même que ses analyses éclairent fondamentalement notre modernité. Ne boudons pas notre plaisir.  

Archibald PLOOM  

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