Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
DAY NUMBER 52 :

Jeudi 14 septembre 2017 - Jeudi 14 juillet 1932 : En ce jour, vous vous sentez en état « d’immunité ». « Etendue dans (une) chaise longue(…). C’est une sensation bénie, paisible, satisfaisante, sans défaut. Etre immunisé(e), c’est être à l’abri des frictions, des chocs, de la souffrance. Etre hors de portée des flèches ; avoir assez de ressources pour vivre sans rechercher la flatterie, le succès ; n’avoir pas besoin d’accepter les invitations ; ne pas (se) soucier que d’autres soient loués ; éprouver ceci…(s)’asseoir pour respirer derrière (son) écran, seule, est suffisant. » Si l’on donnait cette phrase à lire et que l’on cherchait qui en est l’auteur, comme s’amuse à faire Les papous dans la tête sur France Culture, personne ne penserait qu’elle est de vous. Des petits malins citeraient volontiers Christophe André, Matthieu Ricard, à la limite Fabrice Midal mais Woolf assurément non ! Et pourtant, j’ai recopié sans tricher. Il est bon de décaper l’image que l’on se fait trop souvent de vous : systématiquement neurasthénique, fragile et pessimiste. Toute l’énergie que vous mettez à mener vos travaux d’écriture, à lire les manuscrits pour la Hogarth Press, à sortir avec des amis, à vous promener dans la campagne, à vous battre pour le droit des femmes est trop souvent passée sous silence, comme s’il fallait vous cataloguer une fois pour toute pour que vous fassiez moins peur. Je me réjouis donc de consigner votre jeudi 14 juillet dans mon jeudi 14 Septembre. En plus, cela portera chance à une jeune fille qui fête aujourd’hui ses 12 ans : un cadeau d’immunité n’est pas banal et peut servir.

En ce milieu de notre vie ensemble, nous avons tranquillement dépassé la moitié de nos cent jours, je pourrais faire le constat que de plus en plus souvent je tends moi aussi vers cet état d’immunité. Je ne sais si c’est la sortie de mon premier livre, le fait de vivre en solo dans une maison, d’avoir une nouvelle toile pour ma chaise longue, ou que des amis aiment partager leur soirée avec moi, que je prépare un nouvel atelier pour accueillir des artistes, que je parvienne de plus en plus souvent à poser mon souffle dans mes longueurs de crawl ou qu’un rayon de soleil traverse les nombreuses averses automnales, mais comme vous, ma chère Virginia, j’aime cet état d’immunité et tente de le rejoindre plus souvent. Ce n’est guère pour me constituer une bulle narcissique mais pour évacuer la jalousie et l’envie qui assaillent trop souvent le présent : juste oser me réjouir de ce qui arrive. Si l’on m’avait dit que nous partagerions ce genre propos, je ne l’aurais pas cru mais votre journal m’y conduit aujourd’hui. Alors pourquoi ne pas ajouter une touche zen à nos jours ? Nous n’en n’avons pas abusé jusqu’à présent : bousculons nos habitudes ! Dans la foulée des changements, je vous annonce que nous serons trois pour quelques temps. Une dessinatrice rejoint notre déclinaison de jours. Elle vous croquera à sa façon et m’obligera à tenir la plume pour lui fournir de la matière. Vanessa vous peignait déjà, amusons-nous à poursuivre la collection de vos portraits ! J’espère que vous n’êtes pas fâchée que notre duo devienne trio. Vous appréciez le groupe : Bloosmbury en est la preuve. Je reste modeste dans ma façon de faire groupe. J’ai beaucoup à apprendre de vous en la matière mais le trois est un début ! En réalité, nous sommes déjà plus : il y a, cachés dans les coulisses, ma première lectrice - correctrice et l’éditeur qui nous héberge. C’est déjà une petite tribu woolfienne. D’ailleurs, mon époque vous plairait. Il y a un retour au collectif du point de vue de la création : le général Instin, les oulipiens, l’aiR Nu, les auteurs de la revue Inculte, le collectif Ajar…pour n’en citer que quelques-uns. Cette force de l’ensemble est réjouissante et mine délicieusement l’ego de l’auteur isolé dans sa tour d’ivoire. Voilà, votre immunité aide à remettre quelques pendules à l’heure. Je ne dérange pas plus longtemps votre état de suspension et vous laisse reprendre votre lecture des lettres inédites de S.T. Coleridge, que je ne connais pas et que je pourrais avoir l’envie de découvrir.

Marcelline ROUX  

CULTURE-CHRONIQUE.COM encourage ses lecteurs à se rendre en librairie  afin de soutenir le réseau des librairies françaises. Vous pouvez aussi cliquer sur le logo "Lalibrairie.com", votre commande sera alors envoyée chez le libraire de votre choix. Enfin, hormis "Amazon", la plupart des librairies en ligne que nous vous proposons sont aussi des librairies de centre-ville que nous vous encourageons à découvrir. La santé du livre dépend de la santé des librairies. 

© Culture-Chronique --                                                

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--   S'inscrire à la Newletter       

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE

Partager cette chronique: