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SEANCE 22 : LA VIEILLESSE :

Pendant de nombreuses années, j’ai été préservée de la vieillesse.

Mes grands-pères sont morts avant ma naissance, une de mes grands-mères quand j’avais 6 ans, et j’ai peu fréquenté l’autre.

Et puis, un jour, la vieillesse m’est tombée dessus sans prévenir.
Pas la mienne, la vieillesse des autres, qui de toute façon m’a renvoyée à la mienne.

Et depuis je la vois partout, dans les supermarchés, dans les rues, aux restaurants.

Je ne peux pas dire qu’elle me hante mais une chose est certaine, je vis maintenant avec cette conscience un peu encombrante que nous serons tous vieux un jour, si nous ne mourrons pas jeunes.

Avant je n’y pensais jamais, comme ci cela n’existait pas, comme si tous nous étions voués à une éternelle jeunesse, comme si les vieux étaient pour moi transparents, invisibles, inexistants. Et puis ils ont pris forme brutalement, quand j’ai visité ma mère pendant 3 mois au service gériatrie d’une clinique.

Ce n’était ni un concept, ni une idée qu’on peut ranger au fond de sa tête, c’était une réalité qui ne m’épargnait  pas, une réalité aux os saillants, au visage émacié, à la voix gémissante, aux yeux creusés. Une réalité comme une gifle en pleine figure dont on garde longtemps la trace sur la peau et les marques en son cœur.

Soudain j’ai eu envie de fuir, de m’être trompée de lieu, de personne, de vie.

Et puis il y a cette force, qui malgré vous vous fait résister à l’insoutenable, vous fait sourire quand vous auriez envie de pleurer car vous savez que vous ne faites que  passer, que vous ne resterez pas, que vous entrez dans cet air confiné et que vous ressortirez respirer à l’air libre.

Depuis je suis devenue sensible à la vieillesse, j’ai la vieillesse  à fleur de peau, je ne peux m’empêcher de les regarder, de regarder leurs yeux, si peu ont encore les yeux vivants. J’ai un oncle de 80 ans qui a gardé ce regard vif, où l’on sent  une énergie de vie, mais tant sont déjà comme dans la mort, qu’il vous prend peur d’être aspiré avec eux.

Qu’est-ce qui fait la différence ?

Qu’est-ce qui se joue ?

Pourquoi la vie habite certains d’entre eux jusqu’au bout et pourquoi d’autres sont déjà absents de leur vie avant même d’être morts ?

Est-ce qu’on peut choisir l’option ?

A-t-on le choix ?

Comment se préparer à vieillir en vie ?

Je ne parle pas des rides, ni de la peau qui ramollit, je parle d’avoir une vieillesse vive, celle qui n’impose pas de faire semblant de rester jeune, mais qui ne signifie pas pour autant  d’arrêter de vivre.

Il me reste des décennies pour étudier le sujet et espérer avoir le choix au final.

ALICIA RAHO (2011)

 Lire l'épisode 23

Texte tiré de  Monologue avec mon Psy  ©

Le Facebook d'Alicia RAHO 

 Le site de l'illustratrice

 

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