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L GAGNE A ETRE CONNUE ! :

N’en déplaise aux belles âmes, le rap et le R&B ont complètement bousillé la chanson française pendant une bonne vingtaine d’années. A faire croire aux gens que n’importe quel quidam pouvait produire des textes de qualité, on obtient un bien triste résultat.  Ce fut un concours général de bêtise et d’appel à la violence, de mépris de la femme et de provocation.  Je ne dis pas qu’il n’y avait pas dans le lot quelques vrais talents comme MC SOLAAR, mais il faut avouer qu’ils étaient bien rares.  Et puis cette manie de piller le patrimoine musical des autres, en faisant croire qu’on a tout inventé avec sa petite tête…  Bref Léo Ferré, Barbara, Greco, Brassens et Brel n’étaient plus que des icônes à jeter aux ordures.

Méditation sur le temps qui passe et sur l’amélioration générale de la condition humaine.

Ce propos liminaire pour dire que je me demandais s’il allait se trouver quelque artiste qui retrouverait son chemin dans cette triste décharge qu’était devenue la chanson française ou plutôt l’éructation française.

Le grand corps malade finit tout de même par être agité de sains tremblements : Dominique A, Benabar, Jeanne Cherral, Vincent Delerm.

Depuis peu, une jeune  femme qui fait tout elle-même – textes et musique –  s’est introduite nuitamment dans le petit monde de la chanson à textes. Je dis nuitamment parce que son premier album est tout noir !

Elle porte le nom énigmatique de L - pour Raphaële Lannadère  - démontrant un goût prononcé pour le raccourci et la litote.

Ah ! Quel bonheur ! Le grincheux Archibald se mit à roucouler comme un jeune pigeon à la première écoute de cet excellent opus, intitulé INITIALE.

Rien n’était donc perdu ! Des jeunes femmes pouvaient donc se porter à la hauteur de leurs aînées et nous entraîner dans des univers sensibles et profonds de mots et de notes.

Et d’abord savoir commencer. Premières notes, premiers mots aussi :

Mes lèvres sont mortes d’ivresse

Embrassées dans un tourbillon

Carillonnant plein de promesses

En confettis et cotillons

Evidemment on se dit que la petite a des lettres, qu’elle choisit délibérément d’abandonner la facilité aux bandits de grands chemins,  pour travailler les mots en orfèvre. Elle cisèle ses couplets et ses refrains,  au point de leur donner une musicalité en dehors même du travail de composition.

Jalouse, jalouse

Des fleurs et du vent

Des danses andalouses

Et des goélands

Jalouse, jalouse

Comme les enfants

De ce qui me prend

Ton coeur un instant 

Pas de doute, ce sont bien des chansons de filles qui racontent la difficulté d’aimer, d’être ensemble, de vivre une histoire.

Je voudrais être

Ta muse SM

Ta mescaline

Ton obsession

Je voudrais être

Ta seule bohème

Tes fleurs, ton spleen

Ou ton poison ….

 Et puis cette manière de conclure bien féminine :

Je suis rien qu’une amoureuse

Au coeur étrange et blême

Je suis rien qu’une emmerdeuse

C’est rien, je t’aime

 Mais L n’aborde pas que le thème amoureux. Ses chansons nous entraînent aussi dans un voyage où les lieux se traversent au fil des mots.

A Château Rouge

La nuit porte son manteau noir,

Et quand elle tombe sur les trottoirs

Le goudron se change en vinyle.

Plus loin  un autre quartier se dévoile.

Pin up de Pigalle

Aux allures de madone

Contrebande Chanel

Perles, poudre, coco

Gangsters, demoiselles

Narchotic et pipeau

Spleen d’un soir de bal

Qui traîne et se fredonne 

Amour d’un Paris interlope qui semble renvoyer à une autre époque, celle de la fin des années 50, celle où la chanson française se cherchait du côté de l’Ecluse. Celle de Barbara, dont l’ombre plane sur tout l’album jusqu’à la dernière chanson : Les Corbeaux. Evocation fantomatique et moyenâgeuse d’une époque où  damoiselles et damoiseaux  inventaient l’amour courtois.  

L possède un très joli brin de voix qui se passe des filtres habituellement utilisés dans les grands studios. C’est une vraie voix, qui trouve ses influences dans un temps où les chanteuses plaçaient une partie de leur identité dans leur timbre. Cette légère vibration qui vient toucher le plus intime de notre être, il y a bien longtemps que je ne l’avais pas éprouvée.   L sait jouer sur une large palette d’émotions. Elle sait aussi aborder des sujets engagés. Ainsi le titre “Petite” raconte l’exclusion d’une jeune  étrangère sans papiers qui laisse aussi derrière elle une histoire amoureuse. Les mots sont simples, la mélodie presque légère, L évite l’écueil  d’un pathos qui tuerait la magie du titre.

INITIALE est  un premier album très réussi. Il est l’un de ceux qui referment la parenthèse délétère des années où les textes n’appartenaient plus au monde de la chanson française, une époque où  les voix authentiques avaient disparu. L, c’est un peu la découverte d’un nouveau monde.  

 ARCHIBALD PLOOM (2011)

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Le Facebook d'Archibald PLOOM

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