
Sont-ce les inégalités galopantes qui attisent l'envie de reconnaissance des minorités opprimées ou faut-il résoudre nos inégalités identitaires pour aller vers une société plus juste ? Ni l'un ni l'autre nous dit -évidemment- Nancy Fraser. Il faut en bonne vieille taupe, creuser le système pour arriver au coeur des mécanismes de pouvoir, pour en renverser les logiques et réinstiller une dynamique vertueuse qui permettrait une société redistributrice et permettant à chacun de s'épanouir en étant reconnu...
Sur le papier, (ce qui reste une option majoritaire dans le cas des livres, mais ne désespérons pas les « Kindle surprise ») je vote pour, mais en pratique je paye ma tournée de mousseux si ça marche. La vraie question de cette nouvelle gouvernance redistributrice se situe dans les chapitres de fin "Quelle nouvelle échelle géographique pour cette redistribution ?". En effet, tant que certains modèles libéraux restent offerts comme une échappatoire rapide pour ceux qui veulent fuir un modèle resdistributif, point de salut. L'Irlande et d'autres "paradis libéraux" se sont récemment écroulés, mais les Etats-Unis n'ont pas perdu de leur superbe et cela permet de légitimer des politiques iniques chez nous, même sur des petits territoires. On se raccroche à de chimériques et ineptes comparaisons pour réfuter l'idée d'une, pourtant nécessaire, refonte de la fiscalité régionale... Bonjour tristesse. Surtout que Fraser démontre très bien que les inégalités de reconnaissance viennent se greffer sur les inégalités de redistribution avec une figure archétypale: le professeur. Le professeur est de moins en moins bénéficiaire de la redistribution et de moins en moins reconnu, quand le banquier, ancien usurier, devient notre nouveau Zorro... Et Zorro, question justice, ça reste Walt Disney...
VINCENT EDIN (2011)
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