Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
LOLITA GUN de CHLOE ALIFAX par MARIE SATOUR :

LOLITA GUN pourrait nous faire  penser à Nabokov et à sa nymphette…

Certes, mais que faire du flingue ?

Et puis quelle Lolita ? Celle du roman, qui souffre ou bien celle de l'image édulcorée qu'on aurait d'une Lolita d’aujourd'hui ? On pourrait même imaginer qu’il s’agit d’un titre ou d’un personnage de manga…

Titre énigmatique qui trouve pour seule définition page 361 : « Une petite étoile enflammée. » Peut-être une façon de définir la romancière qui se cache   - mais c’est une conjecture - derrière son personnage principal. Le lecteur ne cesse de confondre Zoé/Chloé. Comme dans « Saleté ! » le premier roman de Chloé Alifax, où il était aisé de fusionner héroïne et romancière dont les patronymes se confondaient.

Mais en vérité ce roman inclassable n'appartient pas à un genre en particulier et encore moins à celui de l'autofiction.

Le récit nous permet de découvrir le quotidien de Zoé, une fille paumée, apprentie serveuse par dépit, et qui prend tous les jours la rue colimaçon pour aller travailler….

 Zoé s'ennuie terriblement.

 Pour pallier à ce quotidien monotone, elle retrouve son amie Clarysse le mercredi, elle consomme de l'herbe et trouve refuge au sein de «  l'armoire-plaine » dans son studio-salon- chambre-cuisine. Elle n'entretient pas de très bonnes relations avec ses parents qui ne comprennent pas son orientation professionnelle.

Son œil droit porte les séquelles d'un accident qu'elle a eu lorsqu’ elle avait six ans et, depuis ce jour fatidique, Zoé fait le pitre pour se faire remarquer ou peut être pour que personne ne remarque cet œil que tout le monde voit. Cette souffrance liée à son physique  la handicape dans sa relation aux autres.

Un beau jour Clarysse débarque en compagnie de Josh, son petit ami aux yeux mangas. Coup de foudre instantané de Chloé qui va vivre une lente descente aux enfers : brouille définitive avec sa famille, tensions entre elle et Clarysse, dégradation de sa santé...

Chloé Alifax s'amuse avec la langue, elle se joue de Zoé qui maîtrise mal le français. Notre héroïne hésite, se répète, bafouille, inverse des lettres et lit le dictionnaire obsessionnellement pour le plus grand plaisir du lecteur. Ces exercices de style ne sont pas sans rappeler Raymond Queneau.

 On est happé par ce roman qui se décline sur le mode des cinq sens, à la manière d'un film de Michel Gondry, bien que son propos soit probablement moins onirique et plus cinglant. On suit ce personnage perdu qui vit dans ses fantasmes et ses hallucinations enfumées.

Petit à petit, notre Zoé perd pied et se déconnecte du monde réel. On plonge progressivement dans la violence de son quotidien où les frustrations sexuelles l'obsèdent et la rendent agressive. La jouissance procurée par les mots vient en contrepoint des frustrations de l'héroïne. Elle s’enferme doucement dans la solitude et le rejet des autres.

A travers le quotidien monotone de Zoé, Chloé Alifax nous dévoile toute la gamme des émotions que va vivre l'héroïne, de l'extase à l'abandon, de l'émoi à l'incompréhension. C'est un roman qui nous fait tour à tour sourire puis ressentir le malaise grandissant de Zoé, ses peurs héritées du passé qui viennent hanter son quotidien et l'handicapent durablement.

Dès les premières lignes, on ressent le style unique de la romancière et le vent nouveau et rafraîchissant qu'il annonce dans la littérature contemporaine. Chloé Alifax est cette petite étoile enflammée, débarquée dans le cercle très fermé des gens publiés très tôt pour dépoussiérer le monde des belles lettres.  

MARIE SATOUR (2011)

 

-                                                                                                           -

 Le Facebook de Marie SATOUR

-                                                                                                        

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :