Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
HISTOIRE DES MAISONS HANTEES de Stéphanie SAUGER :

Juré, craché, je ne crois pas aux fantômes, aux maisons hantées,  au grand veneur de la forêt de Fontainebleau qui effraie les promeneurs en galopant sur un cheval invisible ! Peut-être parce que j’ai habité sans le savoir dans une maison hantée pendant des années.  Oui, oui, je vous assure… une vieille maison de famille que mes arrière- grands-parents avaient fait construire.  Bon, c’est vrai je suis impressionnable, mais les histoires de fantômes m’ont toujours amusé, j’adore les écouter. C’est mon côté gamin ! Comme tout bon littéraire qui se respecte dans “histoire de fantômes”  c’est surtout le terme “histoire” que je retiens… Un vrai gosse je vous dis, qui reste bouche bée aux récits d’envoûtement, de murs qui parlent et d’escaliers qui craquent.

 Il se trouve que dans la vieille maison familiale, où je vécus plusieurs mois tout seul au début de mes études, les escaliers craquaient sacrément, surtout la nuit, et tout un bestiaire attendait minuit pour se déchaîner dans les combles. J’aurais pu m’inventer tous les fantômes du monde mais je m’en gardais bien, trop attaché à mon sommeil.  Reste que celui qui s’installa après moi  avec sa compagne, commença à parler de phénomènes étranges, au point qu’il fît venir des spécialistes de la question, qui trouvèrent évidemment toute une famille d’esprits qui nichaient en différents endroits de la vénérable demeure.

J’appris avec effroi que j’avais vécu au milieu d’ectoplasmes récalcitrants qui refusaient de gagner le ciel.

Diantre, l’esprit des Lumières avait tant infusé en moi, que je ne crus pas un mot des terribles récits sur lesquels les veillées familiales venaient systématiquement s’échouer. Désormais la famille se divisa en deux : ceux qui prirent le parti des fantômes, et moi,  finalement bien seul face aux forces obscures qui avaient gagné l’imaginaire familial.

Toute cette histoire, si elle n’a pas amélioré mon rapport aux fantômes, m’a tout de même plongé dans un abîme de perplexité ! Comment  les fantômes se débrouillent-ils pour nous hanter, qu’on y croit ou non ? Mine de rien je cherchais des réponses et je fus exaucé en tombant  dernièrement sur un excellent ouvrage historique “Histoire des maisons hantées” chez Tallandier. L’auteur, Stéphanie Sauger, a centré son approche sur le XIXe siècle,  période où l’imaginaire collectif voit le “cosy” rencontrer le “creepy”; en d’autres termes, le goût du “chez soi” concorda avec une arrivée massive d’invités non désirés, qui  tentèrent de spolier les bons bourgeois  qui pensaient jouir de leur bien.  L’arrivée d’un revenant dans une maison est toujours  finalement une forme d’expropriation 

Stéphanie Sauger souligne d’ailleurs le glissement sémantique progressif du terme “hanté”, qui au départ renvoyait plutôt à une obsession psychologique, et qui  dériva sous l’influence des Anglo-Saxons vers les rivages de la possession  fantomatique.  L’historienne a examiné plus particulièrement l’histoire des revenants français, anglais et américains… C’est fou d’ailleurs comme certains  bigots peuvent être infestés par les entités spectrales… La foi du charbonnier ne protège pas des fantômes. D’ailleurs  le monde catholique est relativement poreux aux forces de l’au-delà, d’où la nécessité d’entretenir des brigades d’exorcistes.

 L’ouvrage de Stéphanie Sauger est passionnant de bout en bout et fort bien documenté : cartes, tableaux  et  descriptions nombreuses de cas précis.  Je ne peux  résister à la tentation, démoniaque évidemment, de vous suggérer d’aller faire un tour sur internet sur le site de la Winchester House créé par Sarah Winchester qui, héritière  de la société de fabrication de carabines du même nom,  se sentait poursuivie par les fantômes des victimes de cette arme fort répandue au XIXe siècle.  Elle dormait dans une pièce différente chaque nuit pour leur échapper, et construisit une demeure de 190 pièces que l’on peut visiter aujourd’hui,  et qui était pensée comme un véritable piège à fantômes ! Escaliers qui ne mènent nulle part, couloirs qui se perdent dans des dédales, fenêtres qui s’ouvrent sur  des murs…  Décidément  les revenants  rendent créatifs !

Au final, Stéphanie Sauger m’a conforté dans mon approche  wildienne de nos chers revenants et dans ma détermination à ne croire … qu’aux vampires !

ARCHIBALD PLOOM 

Regarder le documentaire sur la Winchester House

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :