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SOFAR BLUES de NAYLA DEBS :

A quelques semaines des vacances, vous songez peut-être à la valise idéale et à son contenu. Qu'emporterez-vous et que lirez-vous  ? La même chose que votre voisin de serviette ? Romans ou essais ? Fiction ou non ? Mots croisés ou mots casés ?

« Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse » n'est-ce-pas ?

Changeons de lieu et remontons le temps : Liban, été 65.

Sofar, lieu de villégiature prisé de l'époque abrite le grand hôtel d'Egypte et Dimitry, 14 ans s'apprête à contre-coeur à y passer des vacances en famille. Il ne se doute pas que ce sera pour lui un été inoubliable.

Arrivé en traînant des pieds, l'adolescent ne souhaitera plus repartir.

Il va faire la découverte de la farouche et mystérieuse Layna qui va s'habituer progressivement  à sa présence. Ils se lierons bientôt d'amitié et tomberont petit à petit amoureux.

Placé sous le signe du souvenir et de la nostalgie, le roman est divisé en deux périodes : juillet  1965 et novembre 2005. L'été, période solaire, symbole de l'enfance et de l'insouciance. Moment de tous les possibles, de la fête, du partage et du bonheur. Novembre 2005, Beyrouth une ville ravagée par la guerre, le manque, le désespoir et la mort.

Nayla Debs dépeind ces deux moments du récit avec précision. Les descriptions du passé sont très détaillées. On suit ces adolescents dans leurs jeux, on découvre  cette micro-société bourgeoise qui profite pleinement de ce moment de farniente dans un hôtel  bruissant d’activité. On sent le linge bouillir à la buanderie, on se délecte des goûters et des repas mitonnés pour les hôtes. L'atmosphère est dépeinte à travers les petits détails du quotidien et l'on revit cet âge d’or, rempli de jeux et d'insouciance, avant les  affres de la guerre.

Les descriptions du Beyrouth en 2005 sont morcelées, on découvre des quatiers de cette ville détruite à petit feu. Ces deux visions sont entrecoupées par les lettres échangées par les amants suite à leurs retrouvailles.

Dimitry devenu journaliste et vivant en France, va revenir dans le pays pour des raisons professionnelles. Au coeur de Beyrouth dévasté, au fond d'une impasse, dans une maison entourée d'un jardin luxuriant, telle une oasis au milieu de cette désolation, il va interviewer une femme pour recueillir son témoignage sur sa vie durant un conflit et toutes les difficultés qu'il engendre. Cette femme n'est autre que la Layna de ses vacances.

La Grande Tisseuse de destin, offre à nos deux héros une seconde rencontre, leur offrant l’occasion de reprendre l'histoire débutée quarante ans plus tôt.

 Le roman alterne ces deux « saisons », le passé idyllique, solaire, au coeur de la nature libanaise et le présent âpre, dans une ville dévastée.

Les deux amants vivront la relation née  durant leur adolescence. Leur union à distance est-elle possible ? Est-il envisageable de construire une relation sur des souvenirs ? Ces retrouvailles seront-elles à la hauteur des espérances de chacun ?

« Sofar blues »,est un titre musical qui évoque un son du passé, mélancolique. Tout comme pour les esclaves africains d’Amérique travaillant dans les champs de coton pour se donner du coeur à l'ouvrage, la musique constitue pour Layna une échappatoire. Elle se réfugie dans la chanson française et dans cette langue plus accessible à ses yeux que l'arabe pour oublier les affres d'un pays en guerre. On retrouve avec bonheur : Jonasz, Berger, Clerc, Sanson ou Souchon. Les paroles de « Je vous aime » de Jean Ferrat ouvrent le bal du roman. 

Culture et  langue arabes sont également intimement liées à ce récit. D'ailleurs, si l'on devait résumer ce roman en un mot, ce serait Mektoub. Littéralement en arabe, ce qui est écrit. Le « personnage » de La Grande Tisseuse, sorte de Parque du roman joue avec les trames de leurs vies. Elle incarne par sa puissance ce destin qui échappe toujours à la volonté de nos deux héros. Ces saisons qui défilent à Sofar ou à Beyrouth se retrouvent aussi dans cette notion de destinée, d'évolution naturelle. On débute par une période lumineuse pour évoluer vers les ténèbres de la guerre.

Cette relation compliquée entre deux êtres semble symboliser les difficultés existantes entre deux parties du monde : le Moyen-Orient et l'Europe. En effet on y retrouve les problèmes de communication, la relation de maître à esclave, la barrière de la culture. Cependant, on peut aussi y voir aussi autre chose , peut être une tentative d'ériger un pont qui permettrait de franchir les obstacles. Ce roman peut êtreaussi envisagé comme une invitation au rapprochement entre les cultures. Il célèbre la différence et les héritages multiculturels qui devraient être considérés comme une richesse plutôt qu'un fardeau.

En définitive un excellent roman à emporter dans votre valise, pour changer un peu des 'best-sellers' pré-formatés de l'été.

 

MARIE SATOUR (2011)

 

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