Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
L’ECHELLE DE L’AMOUR par Denis PARENT :

Je pensais ce matin à l’échelle de l’amour. L’échelle, je veux dire l’instrument de mesure, pas l’outil pour monter sur le toit. A quelle échelle est l’amour qu’on porte ? Et je n’en savais rien répondre, même assis sur le toit. Pire : je n’étais pas sûr que nous parlions tous de la même chose. S’il est un mot qui est le plus prononcé, repris, reproché, promu c’est pourtant bien le mot « amour ». Et on veut toujours le mesurer pour savoir qui aime plus fort, mieux, plus grand, plus longtemps, car au bout d’un moment, l’amour devient une rivalité. Mais à quelle hauteur l’amour ? Il y en a qui regardent l’amour d’autrui de haut. D’autres qui ont besoin de s’agenouiller devant leur amour. Il y a des amours tragiques qui ne se peuvent résoudre que dans la destruction des deux (c’est la deuxième fois que je fais le pédant avec mes négations). Des amours qui sont frénésies charnelles, d’autres des inhalations intellectuelles, il y a l’amour vache qui oscille entre la haine et la possession, oui mais l’amour ? Il y a deux bons instruments de mesure en fait, même s’ils sont approximatifs : on peut mesurer l’amour qu’on éprouve pour quelqu’un au désordre qu’il vous crée parce qu’il ne vous aime pas. Ou plus. On peut mesurer l’amour qu’on a éprouvé pour quelqu’un quand on l’a quitté. Finalement le bon outil c’est la souffrance ou l’indifférence. Au moment du plaisir, du partage, de l’état  « amoureux » qui, paraît-il, ne dure que quelques mois selon les scientifiques et les vendeurs de crème, quand notre corps déballe sa quincaillerie hormonale ( mais je refuse cette théorie des hormones, mieux je l’emmerde, je ne suis pas un tas d’humeur, je suis un homme qui aime une femme et la littérature est plus forte que la physiologie ), à ce moment-là on ne mesure pas l’amour, on le partage, on s’en abreuve l’un à l’autre, il vous précède l’amour, il vous dépasse, il vous étonne. Il existe presque en dehors de vous. Après chacun s’en accapare une partie, bienvenue dans le couple. Nous avons tous la mélancolie des débuts, de l’éblouissement, quand tout est à découvrir. On se souvient de la stupeur de plaire à ce point-là, d’éprouver pour l’autre cet envoûtement-là, on se souvient les nuits, les rendez-vous, les voyages, la première engueulade. On se souvient s’être confié qu’on s’aimait. D’attendre le coup de fil. D’ouvrir le mail, ou mieux, tellement mieux, la lettre manuscrite. On peut se souvenir aussi du texto mais gare aux fautes d’orthographe… Quand on aime l’hiver, on devient l’hiver. Quand on aime en été on trouve que c’est légitime. Mais toujours restent ces moments, comme des diapositives qu’on se projette et qu’on se raconte, qui deviennent des photos anciennes, aux bords dentelés. Parfois, quand c’est fini, on jette. Oui on s’arrache le cœur mais on jette. La génération d’avant était capable de faire cinquante ans et nous leurs enfants ou petits-enfants on en riait. Comment faire toute une vie avec une seule personne ? Cinquante ans fermes, sans conditionnelle. Et aujourd’hui une poignée d’années ensemble et déjà on fait vieux couple. Il m’arrive de le regretter, d’espérer être le petit vieux avec sa petite vieille. Avec nos petits mots, et notre grand livre de souvenirs. L’amour est un mal nécessaire et une merveilleuse thérapie contre soi. Il est évident au début, l’amour, on s’étonne même qu’il soit si simple. Et puis à l’épreuve, il se révèle compliqué. C’est que le soi revient, toujours, qu’il se rebelle et n’apprend rien du temps et de l’autre. Le soi exige que cela soit chacun pour soi. Parfois il gagne. Parfois on reste sur son quant-à-soi. Parfois on l’oblige à se taire, on prend sur soi. On repart à la découverte de l’autre, on se donne rendez-vous au milieu du gué. Et on regarde passer l’eau.

DENIS PARENT 

Denis Parent est écrivain, il vient de publier Grand Chasseur Blanc

© Culture-Chronique -                                              -

--  Commander Grand Chasseur Blanc de Denis Parent   

--  Le facebook de Denis Parent

--  Le dernier roman de Denis Parent   

- -  S'inscrire à la Newletter

 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :