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ENTRETIEN SUR LES VAMPIRES AVEC FRANCOISE GRENIER :

Françoise GRENIER n’est pas seulement l’auteur de l’excellent roman « Le piano maléfique »  que je vous déconseille de lire  après minuit surtout si vous êtes impressionnable , elle est aussi une authentique chasseuse de vampires qui les traquent au cœur des archives  poussiéreuses et des cryptes centenaires depuis  des années.  Elle est devenue, à ce titre,  l’une des spécialistes du sujet. Redécouvrons avec elle ce monstre attachant et goulu qui traverse le temps avec pugnacité.  Un dernier conseil !  Après la lecture de cet entretien si vous deviez sortir en pleine nuit,  faites attention de bien marcher dans la lumière des réverbères

Archibald Ploom : Quels sont les personnages fondateurs du mythe du vampire ?

Françoise Grenier : Il y a d'abord le Comte de Dracula, de Bram Stoker, publié en 1897, qui suscite l'effroi. Il a des pouvoirs surnaturels et en même temps nous interpelle car il ne l'a pas fait exprès d'être un damné. "L'auteur de Dracula s'est inspiré des légendes, associant Vlad Tepes à un monstre sanguinaire, proche du diable, qui était un commandant de Valachie (Roumanie à l'époque médiévale) surnommé « Dracula », du fait qu’il était dans l’ordre des Dragons... Drag devenant Dracula, et réputé particulièrement cruel. Néanmoins, son personnage n'est pas à proprement parler Vlad Tepes, devenu vampire (source Wikipédia) puisque, si les horreurs commises par Vlad sont vraies, elles ont été perpétuées par la seule volonté humaine d'écorcher, bouillir, décapiter, aveugler, étrangler, pendre, brûler, frire, clouer, enterrer vivants, mutiler atrocement et bien sûr empaler tous ses contradicteurs, alors que ce n’est pas le cas du vampire imaginaire.

Les Vampires littéraires se repaissent, certes, de sang humain (non coagulé) par malédiction, indépendamment de leur volonté, car ils doivent maintenir leur survie, en aspirant le sang humain. Ils peuvent y trouver du plaisir et c’est le ressort d'une littérature plus bas de gamme, leur façon de planter leurs canines dans le cou des victimes jouant une partition sexuelle du côté victime aussi, attirance et répulsion se donnant la main.

D’autre part, ce Comte de DRACULA doit se débrouiller avec des sentiments contradictoires, des questions assez psychanalytiques comme celles des limites (entre la bête et l'homme, la vie et la mort ou le Bien et le Mal).

 Archibald Ploom :  Quelles sont les caractéristiques du Vampire ? 

Françoise Grenier : Stoker introduira plusieurs caractéristiques qui étaient, jusque-là, absentes dans le mythe folklorique du vampire ou de ses incarnations littéraires :

– l'absence de reflet dans les miroirs,

– la capacité à se transformer en chauve-souris (l'association du vampire et de la chauve-souris remonte à la découverte de l'espèce sud-américaine Desmodus rotundus, buveuse de sang, mais c'est Stoker qui la rend incontournable),

– la jeunesse éternelle,

– l'hibernation,

– personnification de la mort,

– incarnation de la bestialité,

mais également :

– symbole de la sexualité et de la sensualité,

– archétype du séducteur irrésistible.

Archibald Ploom : Quels sont ses pouvoirs ?

Françoise Grenier : Il peut se transformer en chauve-souris, en chien, en loup, en grains de poussière sur des rayons de lune, en brouillard, se faire grand ou rapetisser, se rendre maître des éléments (tempête, brouillard, tonnerre) mais dans un espace limité, se faire obéir de certains animaux tels que le loup, le renard, le rat, le hibou, la chauve-souris ou la phalène, pénétrer la pensée des êtres dont il a bu le sang - entre autres - il connaît la nécromancie, la télépathie, l’hypnose. Quant au sang qu'il boit, celui-ci le fait rajeunir et devenir plus fort, mais le fait de ne pas en boire ne remet pas en cause son caractère immortel. 

Archibald Ploom : N’y a-t-il pas des freins à ce pouvoir ?

Françoise Grenier : Oui, ses incapacités : Dracula ne peut pénétrer chez quelqu'un sans y avoir été préalablement invité, ne peut dormir qu'en terre consacrée, ne peut traverser une eau courante, ne peut franchir des eaux vives qu'à marée haute ou lorsque la mer est étale, ne peut bénéficier de ses pouvoirs pendant le jour. Il ne peut se déplacer qu'à minuit ou à la tombée du jour et ne peut séjourner que dans la terre dans laquelle il a été enterré de son vivant, dans la tombe d'un être qu'il aurait vampirisé ou dans celle d'une âme damnée — un suicidé par exemple. L'ail, un crucifix, une hostie ou de l'eau bénite le repoussent ; une branche de rosier sauvage, posée sur son cercueil, l'empêche d'en sortir. La lumière du jour lui est fatale.

Archibald Ploom : Y a-t-il un moyen de le détruire ? 

Françoise Grenier : Pour cela, il est conseillé de lui transpercer le cœur à l'aide d'un pieu, de le décapiter ou tirer une balle bénite dans sa tombe. Avec Murnau, qui a adapté ce roman en créant « Nosfératu » on peut ajouter, une femme pure doit retenir le vampire toute la nuit et lui faire oublier le chant du coq.

Mina Harker, dans le roman, a de la pitié : « Le pauvre être qui a causé toute cette souffrance est le plus malheureux de tous. » Dracula aspire à la paix de son âme et donc aimerait pouvoir mourir, ce qui lui est impossible. Le détruire l’amènerait au repos de son âme.

Personnellement, sa condition extra-humaine me touche et permet en littérature toutes sortes de scénarios imaginaires puisque ce mythe ne repose sur aucun témoignages vérifiés.

Archibald Ploom : D’où vient ce mot, Vampire ?

Françoise Grenier : VAMPIRE... a été nommé ainsi, faute d'autre nom. On peut trouver une étymologie approximative :

"La spontanéité avec laquelle le mot est apparu pose problème. Comment en est-on arrivé là ? Montague Summers opte pour une base venant du magyar (un groupe ethnique d’Asie centrale à l’origine de la Hongrie) ayant lui-même une origine slavonne très proche du russe upyr (upir, oupier) qui est lui-même quasi-similaire en tchèque et polonais. Ce qui aurait donné oupire une fois francisé à la fin du XVIIème siècle. Le bulgare proposerait des variantes de ce mot comme vapir ou vepir et le ruthénien (Ukraine) proposerait vepyr, vopyr, opir…

Dans Etymologie Wörterbuch der Slavien Sprachen, Miklosich (linguiste Slave) explique que le mot vampire, dérivé de upir, est apparenté au turc uber qui signifie sorcière. Une autre source possible est la racine indo-européenne pi, que l’on retrouve dans le sanskrit pî-bami, le grec pino et le latin bibo, signifiant tous les trois « je bois ». Dans The song of the Russian People, Ralston apparente le mot vampire à deux verbes lithuaniens, très proches phonétiquement mais très différents sur le plan sémantique, le verbe wempti qui signifie boire et le verbe wampiti qui signifie grogner ou gémir. Le deuxième verbe se justifie, en accord avec des traités de démonologie du Moyen Age, puisque le mort qui n’a pas trouvé la paix pousse des gémissements/grognements (Cité dans vampirisme.com).

Ce thème du Vampire apparaît dès 1819 en Angleterre et sera exploité par de nombreux auteurs (Théophile Gautier, Charles Nodier en France). Aux États-Unis, il y a la fameuse Anne Rice et « Entretien avec un vampire ». Elle a donné une noblesse, une sensualité inédite aux damnés, comme Louis.

Le personnage de Dracula a tiré sa popularité actuelle davantage du cinéma que de la littérature.

Archibald Ploom : Ont-ils vraiment existé ces satanés buveurs de sang ?

Françoise Grenier : Presque tout le monde s’accorde à dire que NON ! Comment le savoir, étant donné la chasse et les exécutions post-mortem données aux prétendus vampires, comme l’atteste l’abbé Don Augustin Calmet qui livre des témoignages pour le moins énigmatiques ! Il a relevé des faits troublants.

Cet Abbé a été le « porte-parole » des paysans-témoins de ces morts qui reviennent à la vie pour persécuter les vivants en cherchant à « sucer » leur sang. Il a consigné méthodiquement ces faits dans un ouvrage fameux : " Dissertation sur les affaires des anges, des démons, des esprits et sur les revenants de Hongrie, de Bohème, de Moravie et de Silésie " vers 1746 et 1749, puis une version de 1751.

« Les Vampires sont une sorte de revenants qu'on dit infester la Hongrie, la Moravie, la Bohême, etc. Ce sont des gens qui sont morts depuis longtemps et qui reparaissent, se font voir, marchent, parlent, sucent le sang des vivants, en sorte que ceux-ci s'exténuent à vue d'oeil, au lieu que les cadavres, comme des sangsues, se remplissent de sang en telle abondance qu'on le voit sortir par les conduits et même par les pores. Pour se délivrer des Vampires, on les exhume, on leur coupe la tête, on leur perce le coeur, on les empale, on les brûle. »

Calmet définit donc le vampire comme une personne qui avait été morte et enterrée et est ensuite ressortie de sa tombe pour perturber la vie de ses proches en suçant leur sang et même causer leur mort par différents moyens. Le seul remède pour contrer le vampirisme était de creuser le corps du vampire, rompre sa tête ou enfoncer un pieu dans la poitrine, puis de brûler le corps.

Il a assisté à ces chasses aux vampires qui consistaient à retrouver la tombe du soi-disant vampire pour l’ouvrir et appliquer les rites funéraires appropriés. Condamnant la profanation des tombes, il constata que le supposé damné avait l’apparence d’un vivant, pas de raideur post-mortem, les cheveux, la barbe et les ongles avaient continué à pousser, la peau était souple et du sang maculait les lèvres du cadavre. Lorsque le pieu transperçait la poitrine du « mort », celui-ci poussait un hurlement puissant comme s’il était vivant ! Et toutes ces bizarreries étaient attestées par des rapports officiels et les instances religieuses !

Don Calmet a laissé toute l'affaire ouverte, mais semble favoriser l'existence des vampires, en notant que «... il semble impossible de ne pas souscrire à la croyance qui prévaut dans ces pays ... des apparitions sortent de la tombe et sont capables de produire les effets terribles qui leur sont attribués. Il a ainsi mis en place les conditions pour le débat houleux qui devait s'ensuivre au cours des années 1850.

Archibald Ploom : Hum... toutes ces descriptions glacent le sang ! Pourquoi a t-on pourchassé les vampires à travers le temps ? Leur existence semble intimement liée à l’idée de la mort.

Françoise Grenier : Certainement par peur de phénomènes inexplicables à l’époque du Moyen Age, comme les morts cérébrales (les gens enterrés devaient se réveiller dans leur cercueil et tambouriner, faire du bruit et même en sortir). Certaines maladies étaient terrifiantes et les vampires étaient considérés comme une épidémie à combattre.

Ranft, philosophe allemand, présenta sa dissertation sur les vampires devant l'Académie de savants de Leipzig (« De la mastication des morts dans leurs tombeaux »). Il prend comme références de nombreux extraits de textes évoquant les cas de vampirisme en Europe de l'Est.

Les vampires étaient appelés à cette époque les " revenants en corps ".

Ranft rappelle l'histoire de Peter Plogojovitz qui entraîna la mort de neuf personnes en moins d'une semaine. Revenu d'entre les morts, Plogojovitz se couchait sur ses victimes ou les étranglait jusqu'à ce qu'elles rendent l'âme.

Un officier impérial dépêché sur place ainsi que le Pope constatèrent la non-décomposition du corps du vampire. Son corps était frais, à part le nez qui s'était détaché, et ne dégageait pas d'odeur cadavérique. Le vampire, suçant parfois le sang de ses proies, avait encore du sang sur la bouche. Afin d'enrayer la contamination et la succession de décès, le corps du vampire fut percé d'un pieu puis brûlé.

« En Russie, les vampires sont actifs de midi à minuit et se gavent littéralement de sang. Le corps des vampires est imputrescible et leurs yeux sont rouges. Certains respirent mais restent immobiles dans leur cercueil. En leur présence, les animaux ont peur ou deviennent agressifs sans raison. Certains vampires prennent la forme d'un spectre ou d'un chien ».

Calmet évoque le cas d'Arnold Paul qui tua quatre personnes. Après que son corps fut détruit, on comptabilisa 17 victimes de plus. Arnold Paul ayant attaqué des animaux, les villageois furent contaminés en mangeant leur chair. Les victimes des vampires, pâles et amaigries, souffrent de faiblesse extrême. Des taches bleuâtres apparaissent là où le vampire a sucé leur sang. En Hongrie, les victimes perdent tout appétit et meurent de langueur en une dizaine de jours, sans aucune fièvre. La victime voit un spectre qui la suit.

Une des maladies incriminée, qui peut avoir existé à cette époque, provoquant des caractéristiques attribuées aux vampires : une photosensibilité sévère, une blancheur de peau, serait « la porphyrie érythropoïétine congénitale qui présente les symptômes s’apparentant le plus aux vampires... il est possible que les individus atteints de cette pathologie aient été la source de la légende vampirique ».

Archibald Ploom : Y a-t-il d’autres monstres proches du vampire ?

Françoise Grenier : Dans « Le dictionnaire infernal » de Jacques Collin de Plancy (1818) Fetjaine, de nombreuses anecdotes se réfèrent à des monstres apparentés aux vampires. Les incubes et les succubes, également appelés les cauchemars, étaient des démons paillards et lascifs. Ils changeaient fréquemment d'apparence pour tromper leurs victimes. Ces démons ne craignent ni la croix ni l'eau bénite. Lilith, la maîtresse des succubes, prenait l'apparence d'une belle femme pour séduire les hommes. L'apparence des lamies était particulièrement monstrueuse, avec leur buste de femme et leurs pieds ornés de têtes de dragons. Les lamies hantaient les cimetières et les champs de bataille pour dévorer les cadavres. Elles pouvaient se transformer en loup ou en hyène. Dans les croyances, les vampires étaient également associés aux lémures. Ces décédés de mort violente revenaient sur terre comme des spectres malfaisants. Se frotter le corps avec le sang du vampire, ou même le mélanger à de la farine pour en faire du pain, était censé empêcher d'être transformé en vampire.

Des créatures ont dû exister que l’on redoutait, tout comme les sorcières tant pourchassées et accusées de commerce avec le diable alors qu’aujourd’hui on sait qu’elles étaient de fabuleuses femmes médecins. Ce qu’elles accomplissaient n’étant pas compris, il était facile de les croire malfaisantes, si bien que les dons de guérisseuses, leur immense connaissance des plantes, des énergies, tout ce trésor a disparu en fumée ! Les vampires n’étaient-t-ils pas des personnes ayant un degré de connaissance supérieure aux nôtres ?

Les alchimistes, sûrement des érudits craints et incompris au Moyen Age , ont pu être à l’origine de peurs ou d’espoirs inconscients qui ressurgissent dans cette littérature... le Comte de Dracula en était un, quand il était mortel et a gardé ce goût du savoir « C'est en même temps un philosophe et un métaphysicien – réellement un des plus grands savants de notre époque » (p. 199) mais dans un but égoïste : il s'agit pour le Comte d'approfondir ses connaissances dans le but de vaincre, et ce au profit d'un seul être : lui-même.

Ce personnage de comte/vampire est un résumé de ces dons inexpliqués, ces pouvoirs occultes que la société d’alors réprouvait, rejetait... on préférait éliminer les gens doués ou ayant des dons proches de la magie. L’amalgame sortilège/magie = démon ne fait pas un pli dans l’esprit des Religieux de l’époque, acharnés à n’admettre pour seuls valables, les miracles de Jésus (les autres, apparentés ou non, étant forcément l’oeuvre des démons).

Il y eut une volonté délibérée d’anéantir toute recherche populaire visant à soigner, à adoucir les peines et douleurs diverses en ces temps reculés du Moyen Âge...

Pouvoir désormais légué aux puissants assermentés par l’État, ordre des médecins, par exemple... ceux qui n’en font pas partie seront des «  Charlatans »

Molière : "Transformer tout en or ; faire vivre éternellement ; guérir par des paroles ; savoir tous les secrets de l'avenir ; faire descendre comme on veut du ciel, sur des métaux, des impressions de bonheur ; commander aux démons ; se faire des armées invisibles, et des soldats invulnérables, tout cela est charmant sans doute... mais, pour moi, je vous avoue que mon esprit grossier a quelque peine à le comprendre et à le concevoir" (Les amants magnifiques).

La Science, en progressant, donne des réponses aux phénomènes inexpliqués et on peut espérer qu’un jour ces êtres nous informent (mais en reste-t-il sur Terre ?) sur leur état, leurs force et pouvoirs.

L’Inconscient collectif passe à travers la littérature et les auteurs attestent de l’existence d’êtres exceptionnels. Il établit des connexions et des ouvrages mettent en scène l’idée d’êtres immortels, profondément sensibles, au fur et à mesure de leur réincarnation, en quête éternelle de ce sang humain ou de cette énergie que les êtres vivants émettent... n’y aurait-il pas dans notre univers ou au-delà, de ces espèces obligées d’errer, pauvres âmes en peine ? Pourquoi pas, en dépit des esprits cartésiens, prompts à écarter toute question dérangeante... ?

La transmission du vampirisme, tout comme les caractéristiques des vampires, ne cessent d'évoluer au fil des récits et de l'imagination des auteurs. On remarquera que, de toute époque, le vampire est souvent le reflet des craintes de la population. La peur du châtiment divin, les superstitions folkloriques, les épidémies ou encore les dérives de la science, ont tour à tour inspiré les légendes puis les œuvres de fiction (cité par " Mordue de Vampires ").

Archibald Ploom : Aujourd’hui, quelle est la place du Mythe ? 

Françoise Grenier : Il existe deux sortes de Vampire ; les sanguinaires, ne devant leur survie qu’à l’absorption de sang frais humain, et les Vampires psychiques qui se nourrissent d’énergie, forme supérieure à mes yeux du vampirisme. On trouve aujourd’hui de nombreuses variations sur ce thème. Également, le Vampire peut vivre en groupe ou solitaire.

Par extension, on appelle Vampire toute personne manipulant les autres ou assoiffée d’argent... Et il est vrai que certains artistes, pour créer leur univers, leurs personnages fictifs, se servent des vies d’autrui, par exemple, Truman Capote, célèbre auteur américain (1925 - 1984) et son « De sang froid » n’hésitant pas à se lier d’amitié avec des tueurs pour réussir son chef-d’oeuvre mais, plusieurs critiques de ses livres ont pointé le côté désastreux de ce lien «  Il écrit à Cecil Beaton, longtemps un ami proche : « Perry et Dick ont été pendus mardi dernier. J'étais là parce qu'ils me l'avaient demandé. Ce fut une épreuve atroce dont je ne me remettrai jamais complètement ». Ces quelques mots étaient prophétiques. Truman Capote ne s'est jamais remis de ce livre et de cette plongée dans la réalité la plus noire. » (Perry et Dick étaient les deux tueurs qui avaient prémédités le quadruple meurtre d’une famille de fermiers du Kansas) ».

Aujourd’hui, un engouement pour ce mythe est attesté par la saga Twilight (de Stéphanie Meyer), le dernier roman de Fred Vargas «un lieu incertain », ou celui de Thierry Jonquet «Vampires », dans un autre registre, montrant l’homme encore plus odieux qu’un Vampire. En ce début du XXIème siècle, le mythe s‘étend, avec les jeunes et leur appartenance au mouvement «Gothique». On assiste à une multiplication des séries, des romans utilisant des personnages de Vampire et même des maisons d’édition spécialisée, ainsi que la prolifération des jeux vidéo liée au mythe.

Les sociétés Vampiriques perdurent.

Archibald Ploom : En quoi est-il différent des autres genres du fantastique ? 

Françoise Grenier : Dans l’imaginaire fictif, le VAMPIRE est intéressant car il est ancré dans la réalité; ce n’est pas un pur délire comme ces êtres de la Fantasy, peuplant des contrées, certes merveilleuses et riches de décors fantastiques (l’univers de Tolkien, dense en création géographique et en peuples inédits, rattachés malgré tout au folklore des contes, nous entraîne hors champ de notre monde), ou les espaces de la Science-fiction, propres à nous éloigner de notre quotidien.

Il fascine car on pourrait le rencontrer. Comme on l’a vu, c’est une personne souvent séductrice, d’une beauté indécente, avec laquelle on peut transgresser des interdits, prendre des risques, sur laquelle se cristallise des questions philosophiques, de jeunesse éternelle. Il défie les lois naturelles et nous renvoie en miroir toutes nos angoisses existentielles de pauvres humains aspirant au divin. Lui, est au milieu, coincé, avec certes des pouvoirs incroyables mais assez modestes en regard de ceux, infinis, inventés par la Science-fiction et nous éprouvons à ses côtés, toute une palette de tourments à notre échelle, la débauche, la manipulation, les rapports dominants/dominés, quoique des règles strictes sont à l’honneur dans la société vampirique. Toutes ces possibilités permettent de jouer sur la peur. Le romantisme (XVII et début du XIXème siècle) a réhabilité ces peurs ancestrales de fantômes, revenants, Vampires reliés au Moyen Age et a exploré toutes les possibilités artistiques du Vampire car il exprime les tourments du coeur et de l’âme.

Archibald Ploom : Pourquoi tant de personnes aiment-elles lire des écrits traitant de ce sujet ?

Françoise Grenier : Peut-être parce que, du côté adolescents, il représente une métaphore des peurs et angoisses qu’ils doivent affronter avant de devenir adultes (sexualité, inconnu...) ? La société actuelle retarde l’entrée dans la vie active des jeunes et on assiste à une importante population d’adulescents (des adolescents maintenus trop longtemps en état d’assistés) ce qui expliquerait en partie l’attrait pour cette face sombre d’eux-mêmes, sorte de culpabilité virant à de la morbidité, faute d’assumer des responsabilités réelles dans la vraie vie. Ceux qui sont attirés par les romans, films sur les Vampires recherchent toujours des réponses à leurs questions métaphysiques, psychologiques, au sujet de l’inconscient, et un mouvement, le Surréalisme, a exploité aussi toutes les facettes de ce Mythe. L'œuvre de Lautréamont ne cessera d'être revendiquée comme livre précurseur du mouvement.

(voir, Les Chants de Maldoror de Lautréamont, avec la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie ! 1874, chant VI, 3, p. 289 était l'exemple type de la « beauté convulsive » portée en étendard par Breton, chef de file. Maldoror, le nom du héros fait référence à la profonde noirceur du personnage et son amour apparent du « mal » (= mal + horror). Comme le dit si bien, cet écrivain, André Breton, qui s’est livré dans les « Vases Communicants » à une analyse de quelques-uns de ses rêves, il n’existerait aucune frontière entre le conscient et l'inconscient. Pour lui, le rêve est l'émanation de ses pulsions profondes qui lui indique une solution que le recours à l’activité consciente ne peut lui apporter. Et les Vampires font maintenant partie intégrante de notre inconscient personnel et collectif. S’il n’y a pas de frontières, ils peuvent surgir n’importe où, dans les romans, fictions littéraires... Arrivés à notre siècle, les Vampires ont hérité d’une multi couche d’inconscient, d’une épaisseur inégalée !  

Se coltiner avec la peur permet de regarder le monde réel avec moins d’appréhension peut-être, ou alors se réfugier dans des rêves, des histoires, mêmes horribles, nous permettent tout simplement de vivre, car elles sont malgré tout moins terribles que celles que l’ont nous sert dans les journaux télévisés, ou celles que l’on ne nous dit pas, qui doivent être encore plus noires et immondes, apparentées aux théories du Complot. Lire de l’horreur, côtoyer des personnages vampiriques serait un moindre mal. Ce serait même, la nouvelle thérapie du XXIème siècle.

Les histoires de VAMPIRES ont encore de l’avenir !

Entretien réalisé au manoir de  *** entre 23H30 et 1 heure du matin. Toute personne ayant demandé à entrer n'a pas été autorisée à le faire...

 

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