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ENTRETIEN AVEC VINCENT EDIN AUTEUR DE INSERTION – LE TEMPS DE L’ACTION :

 

INSERTION – LE TEMPS DE L’ACTION édité chez Autrement est un véritable manifeste destiné à réveiller les consciences autour de la question de l’insertion des publics les plus éloignés de l’emploi. Vincent Edin son auteur est journaliste et son engagement dans ce domaine n’est pas le fruit du hasard. Depuis des années il s’intéresse à l’exclusion et réfléchit aux moyens de transformer le cercle vicieux en cycle vertueux. En d’autres termes inclure là où notre système économique exclut 

 

Archibald Ploom : Votre ouvrage « Insertion – Le temps de l’action » s’ouvre sur une préface de Martin Hirsch. Où l’on comprend que c’est une question fondamentale pour lui.

 

 Vincent Edin : Le livre a failli ne pas être préfacé par Martin… Il était débordé et tenait absolument à prendre le temps de l’écriture, car il écrit lui même, sans recours à des collaborateurs comme tant d’autres ! Tout, dans son parcours, montre l’importance qu’il attache à cette belle idée tombée en désuétude : le service public.
 Depuis Emmaüs jusqu’au haut commissariat aux solidarités actives, il a été obsédé par cette idée : personne n’est inemployable. Il a cherché, expérimenté et s’est battu pour faire progresser cette cause. J’ajoute, ce qui n’est pas rien par les temps qui courent, qu’il a mené son action avec exemplarité, jamais de clinquant, toujours beaucoup d’humanité et d’écoute. Contrairement à ceux qui s’accaparent la parole des humbles pour glorifier leurs ego, il a fait passer les actes avant. Mais il dit tout cela mieux que moi dans son livre « secrets de fabrication » (Grasset). Si notre personnel politique comportait plus de Martin Hirsch, je pense que nous nous porterions mieux, même si je ne pense pas que ce soit dans le gouvernement actuel que l’on puisse combattre efficacement la pauvreté car ce qu’il répare, d’autres le casse… 

 

 Archibald Ploom : Le terme « insertion » contient en lui-même l’aveu de l’exclusion.

 

 Vincent Edin : Fatalement… On parle même de « halo de l’exclusion » une espèce de nébuleuse qui rassemble tous les dangers : préjugés racistes, manque de formations, maladie, accidents, dépression… Tout ceci peut nous faire basculer dans l’exclusion. Or, aujourd’hui, les diplômes sont des remparts de moins en moins efficaces, les liens sociaux se délitent dans une société individualisée et les risques de rupture sont plus nombreux. D’où le besoin fondamental d’insertion 

Archibald Ploom : Deux cents mille personnes passent chaque année par les structures d’insertion, mais 1 millions de chômeurs en fin de droit seront susceptibles d’entrer dans le dispositif d’insertion fin 2010. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 

Vincent Edin : Et le plan de rigueur du gouvernement prévoit au contraire de chercher à gagner de l’argent en diminuant les contrats aidés… Même d’un simple point de vue économique, c’est une aberration ! L’investissement social rapporte, in fine, car le système d’aide à l’emploi est moins onéreux que le maintien dans des dispositifs allocataires. Les pouvoirs publics actuels étant hermétiques à ce bon sens, je redoute le pire pour ce million de personnes, qui pourront basculer dans la très grande précarité : surendettement, impossibilité à se loger… Le RMI, aujourd’hui RSA est une invention généreuse, mais on ne vit pas du RSA, on survit simplement ; le courage politique oblige à trouve des solutions pour ce million de personnes.

 

 Archibald Ploom : Jean Baptiste de Foucault explique que pour sortir les gens de l’exclusion, il faut accepter de payer 2 fois : pour les embaucher et pour les former. 

Vincent Edin : Mais évidement ! Cela ne choque personne de financer les formations des cadres, d’investir dans des dispositifs d’excellence… Et les autres ? Pas de pitié pour les gueux ! Personnellement, je ne m’y résous pas, la formation doit aller vers ceux qui en ont le plus besoin. La France montrerait qu’elle est un grand pays en traitant mieux les publics éloignés de l’emploi. 

Archibald Ploom : Jean Baptiste de Foucault ajoute à son propos que l’entreprise est une structure sociale pas uniquement économique. Mais est-ce une idée qui a vraiment fait son chemin dans l’esprit de nos concitoyens ?

Vincent Edin : « La santé est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait-il pas précaire ? ». Cette ignominie, on la doit à Laurence Parisot, présidente du MEDEF. Je crains, malheureusement, que le but de l’entreprise reste de faire du profit plus que du progrès humain ; mais le rapide essor de l’économie solidaire et sociale pourrait, heureusement, me contredire ! Si tel est cas et que se développent des entreprises humaines, je serais ravi de me tromper !

 

 Archibald Ploom : Vous indiquez que le taux de suicides est plus important chez les chômeurs de longue durée que dans le reste de la société. En quoi l’insertion permet-elle de sortir de ces situations dramatiques.

 

 Vincent Edin : N’importe quel lecteur de Durkheim sait que le suicide est pluri-factioriel. On se suicide rarement uniquement pour son travail, on démissionne avant. Mais quand tout va mal, qu’on a plus rien à perdre, le précipice se rapproche. L’insertion ne fait pas de miracle mais éloigne le précipice en renarcisisant les travailleurs ; on a tous besoin d’estime de nous-mêmes pour continuer à vivre.

 

  Archibald Ploom : Vous dressez dans votre ouvrage un bilan des trentes dernières années du point de vue de l’insertion. Quelles en sont les étapes.

 

 Vincent Edin : Un démarrage artisanal sur une colère, celle des exclus. Une acceptation du chômage comme donnée endémique de la société française et une structuration du secteur dans les années 80. Une stabilisation. Puis, depuis les années 2000 et surtout 2005, l’émergence d’entrepreneurs sociaux qui apporte à l’insertion le dynamisme et l’efficacité dont elle a besoin. 

Archibald Ploom : Vous êtes vous-même un enfant de ce que vous appeler les « trente piteuses » par opposition des « trente glorieuses » Pensez vous que la jeunesse d’aujourd’hui est plus sensible à des problématique comme celle de l’insertion.

Vincent Edin : La jeunesse française fait ce qu’elle peut… 120 000 jeunes sortent chaque année sans diplôme, 20% des personnes en dispositif d’hébergement d’urgence ont entre 18 et 25 ans alors qu’ils représentent 9% de la population… J’arrête la litanie, mais il est difficile de faire émerger un thème qui leur fait peur ! Cela dit, une nouvelle génération émerge, des gens comme Thibault Giulliy, Charles Edouard Vincent ou Nicolas Soret sont des trentenaires et les meilleurs ambassadeurs de l’insertion. 

 

 

Archibald Ploom : Vous avez prévu un petit lexique à la fin de votre ouvrage renvoyant au vocabulaire, aux abréviations et autres acronymes relatifs à l’insertion. Le lecteur vous en remercie tant les termes sont nombreux et souvent barbares !

 

 Vincent Edin : C’est une déviance du social… Mais chaque corporation a son jargon : que celui qui passe un après-midi dans un rectorat sans avoir de migraine me jette la première pierre !

 

 Archibald Ploom : Vous donnez la parole dans votre ouvrage à ceux que vous appelez les « pionniers, défricheurs et acteurs de ce secteur ». Lors de vos rencontres quels sont ceux qui vous ont le plus marqué et pour quelles raisons ?

 

 Vincent Edin : Pierre Choux, voix rocailleuse qui ne ment pas. Jean-Marc-Borello, pour son incapacité contagieuse à envisager le pire. Et Jean-Baptiste de Foucault pour sa flamme et son humilité.

 

 Archibald Ploom : Au terme de ce travail de synthèse et d’approfondissement autour de la question de l’insertion quels sont vos regrets, vos espoirs ?

 

  Vincent Edin : Mon regret est unique. Nous avons organisé une rencontre à l’Assemblée avec une vingtaine de députés mais ils ne s’emparent pas de ce sujet, pas plus que Laurent Wauquiez qui a poliment décliné toute demande de rendez-vous… Mes espoirs sont sur le terrain et dans la possibilité que d’autres responsables politiques, dans deux ans, ne commettent pas la même erreur. L’insertion doit beaucoup, d’un point de vue législatif et autre, à une certaine Martine Aubry…

 

 

 

 

   Vincent Edin : Il ne suffit pas de dire « on va ouvrir 200 000 places » pour que la lumière soit. Pas de thaumaturges dans les rangs. La meilleure politique d’insertion serait une politique d’offre, notamment au niveau des métiers, ce qu’a compris le groupe SOS : ce n’est pas parce que vous êtes exclu que vous devez forcément trier des déchets… Une politique concertée et élaborée avec les acteurs de terrain : ils savent faire, il faut leur faire confiance plutôt que de continuer à penser qu’ils viennent uniquement chercher des subventions… Ce sont des entrepreneurs ! Sociaux, mais des entrepreneurs tout de même !

 

   Archibald Ploom : Une question plus personnelle : Que lisez-vous en ce moment ?

 

   Vincent Edin : « La potence et la pitié » de Geremek, les classiques… « Mémoire année zéro » d’Emmanuel Hoog et « la prospérité du vice » de Daniel Cohen pour l’actualité. La vie étant plus fade sans littérature, je lis « ¨Peaux de couleuvre » d’Etiemble, « Journal d’un adolescent myope » de Mircea Eliade. L’été offrant des plages de temps plus grande, je pense me faire un cycle russe, car je n’ai jamais lu « Les Possédés » de Dostoievsiki et en profiterai pour lire du Tourgueniev et Boulghakov. 

  Archibald Ploom : Et si vous ne deviez garder qu’un seul livre  à emporter sur votre île déserte ?

 

  Vincent Edin « Survivre sur un île déserte pour les nuls » ? … Non, cette question m’angoisse, un seul livre ? Tout le monde répond le dictionnaire car tous les mots s’y trouvent ; je vais tricher et dire « La recherche du temps perdu » de Proust, un gros gros livre…

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Le blog de Vincent Edin :

 

http://leblogducastor.hautetfort.com/

 

 L'adresse courriel de Vincent Edin :

 

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 Archibald Ploom : Quelle serait selon vous la meilleure politique d’insertion pour la France aujourd’hui ?

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