
Elle fait semblant de se regarder dans le reflet du plexiglass. Se tortille les cheveux, on dirait une pub pour Eau Jeune. Ses mains sont marbrées rose et blanc. Elle aime bien, elle dit que ça fait « fragile ». Que les hommes aiment ça et qu’elle aussi. Elle dit qu’elle a lu ça un jour quelque part ...
En face une femme heureuse. Le visage rose et blanc elle aussi. Comme si elle avait bu beaucoup de lait et beaucoup sourit aussi. Une femme heureuse, les yeux fermés. Souriait les yeux fermés. Avait l’air d’une enfant, était une femme.
Villeneuve triage. Un chien aboie le train passe.
Plus loin un père. Il y a deux catégories de pères dans le RER. Ceux qui manient la poussette avec une aisance toute naturelle. Et ceux qui sont tellement étrangers à leur progéniture qu’ils ressemblent au kidnappeur de l’enfant de la télé.
Mais au fond rien n’est plus naturel que la maladresse.
Celui-là n’a qu’un droit de visite, c’est très clair. Un week-end sur deux. C’était le premier de la série qui serait courte. L’amour dans les yeux, le doute aussi.
Derrière, la femme heureuse avait fini en pleurs. Elle ne supportait plus la vue du chewing-gum écrasé sur le siège à côté d’elle. Elle n’aspirait plus qu’à rentrer chez elle, les jambes serrées, changer ses draps et passer l’aspirateur sous son lit. Ne voyait pas le rapport. Savait que c’était nécessaire. Pleurait maintenant sans les pleurs ni le bruit
Villeneuve triage. Un chien aboie le train passe.
Il regardait toujours par terre lorsque’il marchait, celui-là qui venait de monter. Sans doute lui avait-on trop dit étant petit « Regarde où tu marches ! ».
Alors il évitait les crottes ça oui, mais aussi le sourire des jolies filles.
Il restait debout près des portes et les retenait chaque fois qu’un retardataire courait les bras tendus vers le marchepied au moment du départ. Il sauvait un quart d’heure de la journée d’un tas de gens tous les jours. Ca en faisait des jours et des jours si on additionnait tout ce temps... Certains auraient pu croire d’ailleurs, qu’il était payé à sauver le temps des autres. Mais il voulait juste être bon. C’est ça la solidarité aujourd’hui, c’est retenir les portes du train lorsqu’il est trop tard.
Mais revenons à nos wagons ! Le train c’est comme une boite de chocolat. Jolie formule non ? Déjà prise d’ailleurs ... Le train c’est comme une boite de chocolat. On ne sait jamais sur quel wagon on va tomber. Propre autant qu’il puisse l’être. Un autre ou l’on trouvera à boire et à manger. Bruyant ou d’un silence pesant. Rénové ou antédiluvien. Le juste milieu n’existe pas dans le RER. Rien ou n’importe quoi. C’est le beurre, l’argent du beurre ou rien du tout. Rien du tout ....
AUDREY OSSENI (2011)
Ce texte est tiré de CULTURE RER© avec l’autorisation de l’auteure
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