
Les mains enfouies au plus profond de ses poches revolver, Connor titillait mollement du pied droit les débris disloqués de son téléphone portable. Le sentiment de trahison qui l'avait si violemment emporté laissait doucement place à un profond désœuvrement. Il s'était rassis, le regard absent, postulant au panthéon des incompris. Son caractère entier le perdait, il se rendait compte à quel point il était incapable du moindre compromis, la pratique de son métier le demandait pourtant. Les deux années passées à écrire son long métrage venaient de se réduire à néant. Son producteur et soi-disant ami avait insisté lourdement pour qu'il modifie son projet afin de répondre aux prétendues attentes du grand public, des changements inacceptables qui en auraient altéré irrémédiablement la substance, un nivellement par le bas insupportable, on prenait trop les gens pour des cons, on le prenait trop pour un con. Connor ne comprenait pas le regard réprobateur que lui adressait cette femme sur le banc d'en face. Elle semblait si fragile, d'une beauté étrange, émouvante même. Il lui avait souri, elle s'était levée aussitôt. Sa silhouette menue s'était éloignée d'un pas énergique, il entreprit de la suivre.
AUGUSTIN BROONS (2011)
Texte extrait de NEB© avec l'autorisation de l'auteur
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