
Dimanche 17 juillet
Ce matin, l’eau de la piscine est devenue toute verte. On a pris les balais et marché comme des sioux autour du bassin pour décrocher les algues vertes. On a appelé le technicien. « Le taux de PH est à 8... trop élevé » a dit le technicien, il a versé de l’acide chlorhydrique, « ça devrait aller comme ça » Nous avons passé la journée à regarder l’eau pour voir si elle changeait de couleur. Le soir, l’eau n’avait pas changé de couleur. Le lendemain matin, nous nous sommes précipités vers le bassin et Oh miracle ! L’eau était redevenue bleue comme par enchantement, si bleue que tout le monde s’en est émerveillé.
Lundi 18 juillet
Ma cousine et moi nageons, nous faisons plusieurs longueurs de brasse, nous nous croisons à mi-chemin à l’aller et au retour sans nous adresser la parole. Nous restons concentrées sur nos mouvements, la tête délicatement maintenue hors de l’eau. Nous nageons comme des automates.
Mardi 19 juillet
Parents et enfants sont arrivés, les parents gonflent les bouées, les matelas pneumatiques, la piscine résonne de gloussements, cris pointus. Je décide de poursuivre mes longueurs en me tenant au plus près du bord pour ne pas subir les éclaboussures. Soudain, le petit dernier plonge la tête dans l’eau. Panique. Il tousse, il crache, il pleure, ensuite, il se calme et gazouille et tout le monde rit.
Mercredi 20 juillet
Aujourd’hui comme hier comme demain : « Que fait-on à manger ce soir ? » Je suggère d’une voix un peu tremblante : « Et si on ne mangeait pas ce soir ? »
Silence.
On s’assied autour de la table. Manque d’inspiration. On ouvre la bouche sans émettre de son, puis on la referme doucement.
Jeudi 21 juillet
La pendule du salon se balance mais a cessé de sonner. Son tintement toutes les heures me mettait les nerfs à vif. Incrédulité dans l’entourage mais on a bien voulu arrêter le mécanisme pour me faire plaisir.
Vendredi 22 juillet
Téléphoné à Sandra dont la voix me rappelle à ses origines d’Europe Orientale. Sandra aux longs doigts effilés. Aux mains très blanches. Je suis amoureuse de ses mains. Il faudra que je le lui dise la prochaine fois. Elle me dit que la vraie amitié coule de source et elle ajoute : « c’est un miracle ! » avec son accent magnifique.
Samedi 23 juillet
On parle du temps. A la radio on annonce 25 degrés. « C’est peu », remarquent certains. D’autres : « C’est bien. » Je demande : « C’est 25 degrés à l’ombre ou au soleil ? »
Silence.
Dimanche 24 juillet
Voyage à Biarritz. Suis allée sur la grande plage où Vladimir Nabokov, 10 ans, rencontra la petit Colette, 9 ans. C’était en 1909. C’était leur premier amour. Elle jouait au cerceau et ramassait les coquillages. Lui, il observait les papillons et construisait des châteaux de sable. Vladimir et Colette rêvent de fuite, de voyages en Amérique ou vers les hautes montagnes là-bas. Un jour, les parents de Colette ont fait les bagages, la petite fille a rangé son cerceau, elle est montée avec sa gouvernante dans la limousine bleue.
Je pense à Marianna, à Saint-Pétersbourg, au musée de l’Ermitage, à la « Petite fille avec un cerceau » peint par Pierre-Auguste Renoir en 1885.
Je chante : « Blue, blue, my heart is blue »
Lundi 25 juillet
Je prends le train IDTGV à 15h05. La voiture 17 est zen. Je suis dans la voiture 18 et nous sommes supposés dire bonjour à nos voisins. Ma voisine s’adresse alors à nos voisins : « Bonjour ! Bonjour ! » lance-t-elle à nos voisins d’un ai enjoué.
« Gardez le sourire » tonne la voix dans le micro.
Arrivée à Paris à 20h10.
BEATRICE COURRAUD (2011)
Publié avec l'autorisation de l'auteur


