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UNE CARAVANE DE ROMANS APRES CELLE DU TOUR ... :

Avec ce temps automnal, difficile de se projeter vers les plages mais quoi qu'il en soit, que l'on se trouve au soleil ou sous la pluie, tous les climats se prêtent avec un peu d'organisation (pour la pluie, j'entends) à la lecture. Aout pointant son nez, on voit d'abord ceux qui veulent mettre à profit les congés estivaux pour rattraper le retard en lisant des sommes.

 LE TEMPS OU NOUS CHANTIONS de Richard POWERS

Celui-là est devenu un classique en moins de temps qu'il n'en faut à DSK pour demander à une femme si elle veut se lancer dans un tourniquet moldave (ça laisse vraiment peu de temps...). Plus de 1000 pages que l'on avale comme de la barbe à papa, sans connaître la satiété alors même que l'on a déjà fini. Pourtant, le "pitch" n'est pas emballant comme un mauvais thriller : une famille de mulâtres, du chant lyrique, la tentation du jazz, l'Amérique profonde. Impossible à résumer, le livre s'apprécie sur la longueur, il faut lui laisser déployer ses centaines de pages comme certains oiseaux leurs ailes. Les rapports de la fratrie sont poignants et les réflexions sur la création artistique, d'un art non commercial dans une Amérique triomphante grâce à la consommation à quelque chose de précieux comme un Edelweiss. Et c'est un parisien qui le dit, lui qui aimerait des Edelweiss sur son balcon.

LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER ET CLAY  de Michael CHAMBON

Ha les Comics ! Alors même que l'on ne peut plus aller au cinéma sans voir l'adaptation des X-Men, de Captain América et autres Wolwerine, Hulk, Spiderman... j'ai écouté les conseils de mon libraire qui me voyait soupirer devant sa sélection. Non pas que ce fut mauvais, loin de là, mais Kennedy Toole, Mc Liam Wilson et Fritz Zorn, z'avais tout lu... Il m'a dit "tiens, ça te fera le semaine, tu ne regretteras pas". Pas de regret, mais en 3 jours l'affaire était pliée. La genèse des comics, 2 cousins qui se retrouvent à New York, l'un yankee pur jus, l'autre venant de Prague, débarquant avec dans sa valise la boue du Golem... C'est drôle souvent, dur aussi, parfois tragique, quand des bateaux transportant des enfants juifs n'atteignent pas l'autre rive, mais haletant toujours. Pas forcément le roman du siècle, mais assurément un excellent compagnon d'un périple en car.

LE CHAGRIN de Lionel DUROY

Lionel Duroy est de ces écrivains qui écrivent toujours le même livre. Modiano est comme ça et c'est son génie. Jean-Philippe Toussaint aussi et nous subissons chaque fois la téléportation de son univers mental de la cuisine à la salle de bains. Duroy, lui, c'est la haine de la famille. La famille nombreuse qui n'est pas heureuse comme chez les Négresses Vertes. 

Dans ses livres précédents, il peignait un petit bout du tableau, quelques touches fauvistes de son univers familial léonin. Un père roublard un peu mytho, une mère mi-sainte mi-tyran et des frères et soeurs à n'en plus savoir qu'en faire. Mais c'est dans ce roman, quand il a rassemblé tout le passé et s'est enfin jeté dans la grande fresque qu'il donne son meilleur. On suit l'incroyable épopée de cette famille aux 10 enfants, les progrès de la médecine faisant qu'ils survivent tous. Les problèmes d'argent, la haine et l'amour dans le couple, l'impossibilité à se séparer qui hanteront les enfants entre ceux qui calqueront leur vie sur le modèle parental et ceux qui iront dans la direction diamétralement opposée. Duroy trempe sa plume dans ses plaies intimes qui n'ont jamais refermées, pour lui ce doit être douloureux, mais nous nous enivrons de ce goût unique. Un peu la différence entre un triste Bloody Mary au jus de tomate et un Bullshot au consommé de sang de taureau....

LES FILLES DU CALVAIRE de Pierre COMBESCOT

J'imagine un lecteur n'ayant jamais entendu parler de Pierre Combescot. Je pense que ça doit arriver souvent. Il découvrirait cet immense auteur par un de ces livres verbeux, trop érudits, faussement potache et souvent assommant comme "faut-il brûler la Galigaï ?". Il trouverait qu'une culture vaste comme les plaines de Sibérie dessert son auteur, tue le propos, nie l'humanité des phrases. 

J'imagine maintenant que ce lecteur tombe dans une librairie d'occasion, il tomberait sur les filles du calvaire ce chef d'oeuvre que l'on ne trouve plus jamais sur les têtes de gondole. Ce chef d'oeuvre au nom de station de métro, le plus beau roman mettant en scène des prostituées depuis la vie devant soi de Romain Gary. Combescot donne ses lettres de noblesse à la gouaille parisienne, habille ses filles qui se dévêtissent pour le boulot d'une humanité à nul autre pareil. C'est tout, c'est fin, c'est final, c'est un chef d'oeuvre. Rideau (rouge pourpre).

THEORIE DU CHIFFON de Marc LAMBRON

Si vous n'avez plus de place, avalez encore ce vol-au-vent littéraire, 120 pages à peine. Du meilleur Lambron, mauvais esprit à revendre et réflexions aériennes de bout en bout. Déjà le sous-titre "sotie", donne envie. Le sujet importe peu, la mode, c'est le muscle du discours entre un couturier et une journaliste, les réflexions qui filent à tout berzingue sur le corps, la marchandisation, la standardisation du mauvais goût, l'apogée du mauvais goût. Du goût, du goût, du goûtu en somme !

ENTRETIENS AVEC LE PROFESSEUR Y de Louis-Ferdinand CELINE 

Pour finir, un chef d'oeuvre absolu. Ab-so-lu. On me l'avait offert il y a une dizaine d'années et voilà que je le retrouve en poche remasterisé par Tardi sur les tables de l'Arbre à Lettres. Entretiens avec le professeur Y c'est le génie de Céline qui invente - rien de moins - le style oral dans un désopilant échange de deux personnages sur fond d'incontinence, verbale comme urinaire. Je m'en voudrais de déformer le propos. Céline était sans doute un sale type, ses lettres à la NRF rappelle qu'en plus de ses opinions politiques sombres il était obsédé par l'argent et mauvais comme une teigne avec les autres écrivains. Mais ce bref roman rappelle simplement que le voyage est l’œuvre d’un génie. Ceci doit clore le débat. 

VINCENT EDIN (2011)

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