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PIERRE ZAOUI, DANIELE SALLENAVE, PHILIPPE PETIT : CARNET 20 :

Après avoir lu la dernière chronique de Philippe Petit sur son blog, Pensées libres, j’ai eu envie de lire La Traversée des catastrophes de Pierre Zaoui, dont le sous-titre est très explicite : philosophie pour le meilleur et pour le pire. Ce philosophe s’attelle à savoir si la philosophie peut aider à traverser les catastrophes de nos vies. Face à la maladie, la mort, la perte, l’amour, il retraverse tout ce que les philosophes ont tenté de construire pour penser ces événements. Zaoui ose « y aller » comme il l’écrit dans son introduction, « descendre un jour dans ces souterrains impurs, impropres, obscurs, au moins quand on est philosophe, et même si la plupart des philosophes n’y vont pas. » Cette traversée n’est pas de tout repos pour le lecteur, non pas à cause de la difficulté des concepts ou du langage, aucune difficulté à suivre Zaoui, mais le voyage est éprouvant. Zaoui nous convoque comme il le fait avec les philosophes à suivre, en vérité, les états ambivalents qui nous traversent face aux événements douloureux mais réels de nos vies. On meurt toujours assassiné, la mort est un scandale qui doit demeurer tel, inacceptable. Rien ne sera jamais surmonté, dominé. Nous pouvons seulement constituer un manuel de survie, ne pas vouloir trouver une solution mais se dire modestement  que traverser est sans doute la posture philosophique la plus juste. Nous ne dominerons rien, ne comprendrons pas l’entièreté d’une situation mais nous pourrons passer, continuer, faire le pas suivant. Finalement c’est vers une certaine humilité de penser que nous conduit Zaoui : dans son livre, rien ne semble abstrait, tout est revisité philosophiquement du vécu : il a mis 15 ans pour écrire cette traversée des apparences. Il n’offre aucune solution rassurante si elle n’est pas vraie. Par conséquent, beaucoup d’illusions s’évanouissent. Pourtant, Zaoui tisse modestement des possibles dans l’acceptation de la vie sans garantie, aux arrangements à jamais provisoires.

Je ne savais pas qu’en abordant La Vie Eclaircie de Danièle Sallenave, je poursuivais le fil « Philippe Petit ». D’abord, il est cité par Sallenave comme compagnon de voyage et ensuite il a parlé sur France Culture de ce livre d’entretiens comme d’un traité de savoir-vivre. Voilà donc une fois de plus, le miracle de la lecture : le réseau de correspondances qui place le lecteur au centre de résonances qui peu à peu font sens pour lui. J’avais découvert Sallenave avec Le Don des morts. Rien d’étonnant parce que ce précédent essai parlait de lecture, du sens de la vie avec les livres, de la vie ordinaire sauvée par les livres. Ce dernier livre d’entretiens est une façon pour elle de revisiter Le Don des morts 20 ans après. C’est vivifiant : au-delà du parcours d’une existence, c’est un cap à suivre, des vignettes de vie, des repères existentiels. Consolider la vie par les mots, c’est échapper à la fragilité des choses, c’est savoir son temps compté et pourtant savourer pleinement  différentes époques et garder l’allégresse grâce aux livres, à une certaine idée de la république. Rien de nostalgique, plutôt une soif jamais tarie du goût de la transmission. Elle pourrait apparaître comme la représentante d’un certaine classe favorisée, élitiste, elle qui lit les Grecs, les textes antiques, elle qui cite abondamment les auteurs classiques, qui vit en leur compagnie et pourtant rien de tel. Sallenave n’est pas coupée du réel, elle y va, elle quitte Paris pour l’ailleurs, d’autres pays, l’Europe de l’Est. Elle ne se réfugie pas dans sa bibliothèque et défend avec Vilar et Vitez  l’espoir d’apporter le meilleur au plus grand nombre. Elle a la générosité de celle qui ne peut rien garder pour elle seule mais qui dès qu’elle apprend quelque chose d’essentiel, donne à ceux qui l’entourent. Ce texte offre, en ces temps de morosité, la certitude que rien n’est jamais perdu et qu’il faut coûte que coûte transmettre la joie de cette vie avec les livres.

 Bref, un bel ordre de lecture : d’abord Zaoui et ensuite Sallenave, histoire de repartir revigoré.

 

Pierre Zaoui : La Traversée des catastrophes Seuil

Danièle Sallenave : La vie éclaircie Gallimard.

MARCELLINE ROUX (2011)

Ce texte est extrait des Carnets de lecture© de Marcelline ROUX et publié avec l'autorisation de l'auteure

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 marcelline.roux@laposte.net

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