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J'AI TUE AMY WINEHOUSE ! par Denis PARENT :

J’ai tué Amy Winehouse ! Et vous aussi. Et eux aussi. Elle nous a beaucoup aidé, il faut dire. On peut dire qu’on s’y est tous mis à régler son suicide, car à l’arrivée ce sera toujours un suicide, afin que tout cela puisse entrer dans la légende encombrante du rock’n roll. On a tous contribué à un vaste plan marketing dont le but ultime était la mort de l’artiste avec son propre consentement, parce que on prend tous la pause pour parler de la malédiction Joplinienne et qu’on se branle tous avec les sottises des « ex-fans des sixties ». Maintenant le show peut commencer. La vie d’Amy était programmée pour sa mort. Elle était née pour qu’on lui rende un perpétuel hommage. Ca nous dédouanne tout ça. 27 ans l’âge maudit. Que faire. C’est le rock. Levons un verre. Fumons un cône. Mettons toute notre fatalité dans notre révolte. Après tout, elle était une déesse non ? Et les déesses ne meurent jamais. Je ne connais rien de pire que les conneries qu’on profère dans ces cas-là. Le grand cirque des obsèques païennes sous le signe de la musique du diable me font chier. Nous sommes juste tristes. Tristes parce qu’une autre artiste qui n’a jamais fait de mal à personne à part à elle-même s’en va, seule, tombée dans sa maison, crevée sans une main pour tenir sa main, perdue dans sa bile, évanouie dans sa came.

Nous irons fleurir sa tombe en comprimant sur nos bouches tremblotantes des mouchoirs imprégnés d’acide. Nous graffiterons les murs du cimetière, nous invoquerons les mânes de Jim et de tous les cimetières rock du monde, la scène ultime où se joue le grand silence après l’assourdissant déluge de décibels. Il y avait une poupée cassée chez cette pépée. Sorte de reine de saba blanche, judéo-négresse, qui avait une chatte dans sa voix, toujours au bord de l’orgasme. Et ce petit corps famélique de femme aimée à la sauvette par des junkies mal lavés, bad boys à l’électro-encéphalogramme plats, tatoués de la connerie noire du pseudo paroxysme punk. Sa voix nous manquera certes, même si elle-même n’était qu’en devenir. Son devenir nous fera cruellement défaut, la maturité, celle qu’Aretha a eue. 

 

 Mais sa chair aussi nous manquera. Elle avait la beauté laide et grandiose. La beauté de la femme saoule, celle qu’on va ramener et mettre au lit, en ayant l’élégance de ne pas lui mettre un coup et c'est pas l'envie qui manque. La beauté de ces femmes qui vous déchirent par leur gouaille, leur suprême vulgarité, des femmes qui n’appartiendront jamais à personne, à supposer même que tout le monde soit passé dessus, parce qu’elles ne sont qu’au-delà. A savoir même si elles s’appartiennent. Amy nous fait du mal parce qu’elle a mal et qu’elle incarne le mal-être, ce trou noir qui nous autodévore là, juste au milieu, à l’endroit où poussent des enfants morts-nés. Pauvre conne, pauvre tarée, pauvre môme, fée pleine de plaies, fée carabosse, où est ta complainte ? Où est ton blues rayé ?

DENIS PARENT (2011)

Texte tiré de "Mémoires d'un amnésique©"

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