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ENTRETIEN AVEC GERARD RAYNAL (2) :

 Marie Brétigny – Vous avez écrit un recueil de nouvelles « Très haute tension ». Pourquoi n’avoir pas renouvelé cette expérience et avoir choisi de vous tourner vers le roman ? Les nouvelles n’auraient-elles pas d’avenir au sein du public français ?

Gérard Raynal – Justement, cette question tombe à pic ici. Il se trouve, comme je l’ai expliqué plus haut, que je voulais sortir « Les Lauriers », et que ma compagne ne le voulait pas. Sa voix étant prioritaire, j’en avais abandonné l’écriture. Mais à cette époque, nouveau dans le paysage littéraire départemental, je me croyais obligé de sortir un livre tous les ans pour exister aux yeux des lecteurs et des journalistes. J’ai donc concocté ce recueil dans l’urgence, à partir de textes déjà écrits et reformatés pour l’occasion. L’expérience ne m’a pas satisfait. Je ne m’y reconnaissais pas. Ce n’est vraiment pas mon genre littéraire. À ne pas renouveler. Je ne pense pas me tourner à nouveau vers la nouvelle. D’ailleurs, je crains en effet que le public ne soit pas encore prêt à plébisciter ce genre littéraire. C’est bien dommage, il accouche parfois de belles pépites ! (je ne parle pas pour mon propre recueil, bien sûr !).

Marie Brétigny – Vous avez à votre actif une douzaine d’ouvrages. L’écriture étant une activité très prenante, envahissante, pourrait-on dire, trouvez-vous encore le temps d’animer des ateliers d’écriture ?

Gérard Raynal – Hélas non ! Mon travail chez TDO et mon temps d’écriture interdisent toute autre activité. Pourtant à mes débuts, alors que la vigne commençait à m’abandonner, j’animais des ateliers. J’adorais ça.

Marie Brétigny – Vous avez obtenu 2 prix littéraires : le prix Méditerranée Roussillon en 2008 avec « Lumière fauve », et le prix des Ecrivains Roussillonnais 2009-2010 avec « Les lauriers sont coupés ». Deux romans que, malgré mon attachement à Émile Lafont, j’avoue avoir personnellement littéralement dévorés ! Comment faites-vous pour conserver cette modestie que l’on vous connaît, l’esprit clair et les pieds sur terre ?

Gérard Raynal – Comment ne pas être modeste quand on se heurte à longueur de dédicaces à des refus ? Comment ne pas être modeste en recevant les chiffres des ventes, et en les comparant à ceux qu’annoncent les Lévy, les Musso et autres stars des librairies ? Comment ne pas être modeste en lisant Genevois, Bosco, Giono, Philippe Grimbert, Philippe Delerm, etc. ? Deux petits prix ne sont rien. La route est longue, très longue, trop longue. J’ai l’impression de n’avoir rien franchi, rien tenté. Aujourd’hui, j’ai acheté une chemise, la vendeuse a refusé mon chèque. Comment ne pas être modeste ?

Marie Brétigny – Face à ce succès grandissant, n’êtes-vous pas tenté de quitter l’étiquette d’écrivain du terroir pour vous aventurer vers un plus large public ?

Gérard Raynal – Voilà le piège ! Oui, il faudrait bien se lancer dans autre chose, sortir de ce carcan, chercher un autre public. Se « Mussoïser ? »… Mais le puis-je vraiment ? L’expérience de « Fukushima mon amour », roman qui m’éloigne de mon univers de référence, est instructive. Mon public ne m’a pas suivi (du moins pour une bonne part). Fukushima, ce n’est pas Villevieille, et Kaede n’est ni Jeanne ni Claire ni Aude, ni Violette. Je devrais, pour partir vers d’autres cieux littéraires, changer de réseaux de diffusion. Mon lectorat m’attend là où il m’a connu : sur les chemins de garrigue, dans les forêts et les vignes du Riberal. Mais Signol s’est-il essayé à autre chose ? Je ne le crois pas. Genevois oui ! Mais lui, c’était le maître absolu ! En tout cas, pour moi, c’est prématuré. Et j’ai encore tant de choses à raconter autour de mon terroir…

 Marie Brétigny – Alors que je souhaitais vous demander si vous envisagiez l’écriture d’une saga (un projet qui comblerait pleinement vos lecteurs ; votre passion pour l’histoire, votre intérêt pour la nature humaine, votre amour de la terre et votre écriture semblent s’y prêter), j’apprends que vous travaillez actuellement sur la suite du « Vin est tiré ». Pouvez-vous nous en dévoiler davantage ? Se pourrait-il que le jeune Rémy fasse la rencontre du soldat Émile Lafont ? Après tout, leurs mondes convergent autour de la vigne et de l’amour du terroir. Deux combattants, deux personnalités très fortes que seules quelques années séparent …

Gérard Raynal – Il arrive que dans un de mes romans l’on croise un des personnages secondaires d’un texte antérieur. Mais c’est seulement pour me rassurer ; pour dire à mes héros que je les aime encore. Je ne crois pas que Rémy rencontrera le soldat Lafont. Et ceci pour une raison simple : ce serait lui manquer de respect. Il a été le personnage principal d’une histoire, je serais obligé d’en faire un subalterne. Et ça je ne le ferai jamais ! Rémy va quitter le milieu viticole, toujours en quête de cette fille aperçue à Narbonne. Il s’immergera dans un monde différent de celui de la vigne. Hélas, je ne puis en dire plus. Je ne dévoile pas ce genre de chose avant d’avoir finalisé l’histoire. Mais ne vous inquiétez pas, Culture Chronique sera informé de la sortie. Ce qui est certain, c’est que le livre participera à un grand prix de terroir, et qu’il sera présent sur le salon de Paris.

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