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PENSIONNAIRE D'ETAT de FURUZAN :

« Pensionnaire d’Etat »  est un recueil de nouvelles bouleversantes  qui  entrainent le lecteur au cœur des mutations de la société turque alors que la République  a été instaurée par Atatürk depuis 1924 et que la transition culturelle se prolonge, bien plus lente que les réformes imposées.

 Füruzan est le chantre d'une Turquie qui évolue, mute et se transforme. Elle dépeint une société qui passe de l’empire ottoman, avec ses pachas, son savoir faire ancestral vers une organisation politique et sociale résolument moderne. Choc des mondes, des traditions, des mentalités.

Les thèmes de l’exil et du déracinement, très présents dans ce recueil,  évoquent l'exode rural dans les années 60, celui des paysans qui ont quitté leur Anatolie natale pour venir faire leurs preuves dans la ville aux trois noms.

Füruzan donne voix à ces exilés de l'intérieur, inadaptés à la vie citadine, pour la plupart d'origine modeste . Mais elle s'intéresse aussi aux pachas et autres sultans qui vivent dans l’ombre d’un passé glorieux regrettant leur pouvoir et perdant petit à petit leurs privilèges.

On voit aussi apparaître un statut nouveau, celui de fonctionnaire, issu de la République. Le titre d'ailleurs  « Pensionnaire d'Etat », fait référence à ces jeunes gens d'origine modeste qui tentent le concours pour  obtenir la pension d'Etat, afin de voir leurs études financées et couronnées, au final,  par un emploi dans l’administration.

Ces nouvelles sont empreintes de nostalgie, de coussins brodés à la main, de petits plats mitonnés, de conserves maison, de traditions familiales. On ressent , à travers ces nouvelles un sentiment de mélancolie, celle du paradis perdu. Le passé est intimement lié à la nature, à la célébration des saisons. La nature symbolise  la cosmologie originelle, celle des grecs antiques où tout devait se trouver à sa place. La vie à la campagne rassemble les familles, les gens. Elle est en opposition avec la vie citadine d’Istanbul, qui sépare les êtres, les différents quartiers de la ville reflètent les multiples origines sociales et marquent géographiquement les différences qui existent entre les habitants d'Istanbul.

On assiste à une évolution graduelle de la société, qui reste, semble-t-il, encore sous le joug du patriarcat. Malgré cela, les femmes jouent un rôle particulier dans ces nouvelles, on retrouve à travers les différents portraits tantôt la jeune femme qui suit des études et s'émancipe mais aussi la femme servante, soumise à son mari ou bien à ses maîtres.

Cette période de changement semble bénéfique pour la société à bien des égards, évolution du statut de la femme, abolition des privilèges, scolarisation.

Cependant on sent  également poindre une critique de la mondialisation, de l'uniformisation, l'éclatement des familles, la perte des repères, une critique de cette modernité imposée.

Pour le lecteur qui ne connait pas grand chose à l'histoire de la Turquie moderne "Pensionnaire d'Etat" est un livre passionnant servi par la plume d'un grand écrivain.

Le lecteur s’identifie naturellement à tous les personnages de Füruzan, ces déracinés, ces personnes simples qui doivent affronter la mutation d’une société qui semble les repousser aux marges.  

En guise de conclusion j’ai retenu cette jolie formule très shakespearienne de Füruzan : « La vie de l'homme est un songe, le temps d'ouvrir et de fermer l'oeil, elle est finie ».

MARIE SATOUR (2011)                           

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