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FRANÇOISE ASCAL : UN REVE DE VERTICALITE : CARNET 21 :

Lire et s’entretenir...

J’ai lu Un rêve de Verticalité, sachant que j’interrogerai son auteur, Françoise Ascal, à l’issue de ma lecture. C’est une autre façon de lire. J’ai reçu les phrases comme un dialogue à venir, pas seulement de moi à moi, mais comme si elles existaient pour faciliter l’interrogation vers un autre. L’exercice était en harmonie avec le livre, suite ouverte de questionnements nés de la lecture de l’oeuvre de Gaston Bachelard. Nous jouions en abyme : l’auteur, Françoise Ascal, avait relu son Bachelard, avait écrit un journal, comme autant de pistes soulevées par l’approche du philosophe, sa façon à elle de dialoguer avec lui. Quant à moi, je repartais de là pour m’entretenir avec elle sur ce texte qui rêve de verticalité. Le titre m’a séduite comme un pied de nez à notre époque où tout est enjeu de victimisation, où les catastrophes se succèdent et anéantissent des hommes devenus impuissants.

Françoise Ascal rappelle, par le choix de ce titre, que l’homme, avant tout, se tient debout, comme les arbres : pieds enracinés dans le sol et tête vers le ciel. Il peut en concevoir une certaine dignité et même ainsi s’engager à résister. Pourtant ce livre, fait d’espaces, de blancs, de suspensions, ne cherche pas à donner de leçons, ni à affirmer une théorie, juste à ouvrir quelques brèches en accueillant la voix de poètes, artistes, chercheurs d’absolu, qui nous offrent l’espace d’un instant la chance de nous arrêter et de regarder. Le monde actuel se glisse dans le texte, cognant parfois ces tentatives de résistance. L’auteur n’idéalise pas, elle traverse, soucieuse d’aller plus lentement. Questionner Françoise Ascal sur son rêve de verticalité fut à la fois discuter avec l’auteur de ce journal et en écho avec Bachelard dans le reflet de l’aujourd’hui. Je n’attendais rien de définitif, juste quelques éclairages sur ce compagnonnage. Elle a dit son admiration pour un homme qui avait fait le choix de l’optimisme volontaire, et osait de précieuses et avant-gardistes visions écologistes. Elle a expliqué le choix des photographies qui ponctuent l’ouvrage : des arbres dénudés, des cadrages serrés, des écorces en noir et blanc comme autant d’occasions de recentrement, de décapage. De la prose à la poésie, l’écriture est restée ouverte dans sa forme. Mes questions et ses réponses se sont peu à peu entremêlées et il m’a semblé que nous construisions alors une nouvelle lecture.

A l’issue de la rencontre, j’ai su qu’il me faudrait revenir aux pages lues, replonger dans les mots avec cette épaisseur nouvelle. Interroger un auteur, c’est oser lui proposer des hypothèses de lecteur, sentir laquelle résonne le plus avec sa recherche initiale. C’est refaire ensemble, dans l’après, un chemin qu’il a fait seul. Il se souvient de certaines étapes de pensée, de renoncements, d’avancées, de doutes. Recueillir ce parcours, c’est avoir envie de retrouver pleinement sa place de lecteur. La lecture est toujours construction supposée au fil des pages : éclairages, pertes, retours en arrière pour vérifier des hypothèses...Ce n’est sans doute pas l’entretien proprement dit qui aidera à pénétrer sous l’écorce, ni au creux des phrases et des silences. Seule la lecture solitaire permet cette expérience et invite à garder le nez au vent, la tête aspirée vers le haut. Mais échanger avec Françoise Ascal, c’est être convié à cela avec tranquillité et finesse.

MARCELLINE ROUX (2011)

 -                                 -                                                                                             

  marcelline.roux@laposte.net

   -                                 -                                                                                                                                                                           

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