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RICK BASS, LE LIVRE DE YAAK : SAUVAGE RENTREE LITTERAIRE ! - CARNET 22 :

La rentrée rime pour un lecteur avec rentrée littéraire. Il n’y échappe pas. C’est pourtant avec ambiguïté que j’aborde ce moment : à la fois excitée à l’idée de voir sortir un nouveau trésor de mes auteurs préférés, et assommée par la profusion. Je me sens en dessous de tout. J’entends vanter les mérites de tel texte, on me dit « Comment tu n’as pas encore lu le chef d’oeuvre d’un tel ? Toi qui lis tant ! » J’ai envie de rentrer dans ma tanière. Et si par bonheur il fait un vrai froid d’automne, je me sens autorisée à fermer les écoutilles pour me réfugier dans le salon rouge, mon « salon de lecture ». J’ai la folle envie de rallumer la cheminée et d’oublier tous ces journalistes qui me culpabilisent à longueur de pages de ne pas avoir acheté tel ou tel roman. Malgré tout, j’ai honte de cette posture érémitique. Des éditeurs, des auteurs comptent sur les lecteurs en cette période décisive. Dans à peine quelques semaines, si le nombre de leurs ventes ne s’accroît pas de façon significative, ils disparaîtront des tables des librairies. Le frémissement littéraire a la vie courte... Je me résous donc parfois à succomber à l’élan et m’en vais ouvrir les pages d’un ouvrage sorti de fraîche date. Souvent en décalage avec ce que l’on dit de ce livre, je suis en mauvaise posture pour inventer mon propre fil de lecture. Mon sentiment d’isolement s’accroît encore et je me sens de moins en moins reliée à la fameuse communauté des lecteurs. Bref, il vaut mieux pour moi attendre que la rumeur cesse. Je ferai ensuite le chemin vers le nouveau, l’air de rien, surtout sans y avoir projeté tout ce que l’on a y déjà vu et lu. Il faut que j’accepte d’être la mauvaise élève de la rentrée littéraire. Je triche quand même : je ne me coupe pas tout-à-fait de mes semblables, les trop rares énergumènes qui aiment lire et vivent cette rentrée comme un temps béni. J’assiste en leur compagnie à des présentations, je papillonne et butine, effectue quelques repères en vue d’un miel futur, façon de rester dans le coup.

Que lire en ces temps d’ébullitions éditoriales ? Retourner vers des valeurs sûres est salutaire: quelques pages de la Recherche du temps perdu, histoire de renouer avec l’esprit d’analyse non dépourvu d’humour de notre Proust national, de constituer un contrepoint revigorant et ne pas regretter d’avoir pris quelque recul avec la société. Je fais aussi des découvertes de circonstance. Ainsi pour donner du poids à une retraite volontaire, je quête des récits dans la veine d’un David Henri Thoreau, façon de creuser la question de la juste distance et de la juste place. Après avoir vanté à une amie, (je tombe aussi dans le panneau !), le dernier livre de Erri de Luca qui narre une incroyable chasse solitaire en montagne, j’entends son allusion à Rick Bass. Je découvre que c’est un ancien géologue qui a abandonné sa carrière dans les gisements de pétrole pour aller vivre avec sa famille dans une « cabane » de la vallée du Yaak, au nord ouest du Montana. J’ai coupé les derniers amarres avec le feuilleton littéraire de la rentrée pour rejoindre les pas de Bass qui se bat pour la survie d’espaces forestiers menacés par les coupes à blanc, contre ceux qui clament qu’« une terre sauvage est une terre inutile ». Quelques  phrases m’ont convaincue d’y aller franchement et de dénicher ses autres livres : « Il nous faut la vie sauvage pour nous protéger de notre propre violence », (...) pour contrer cette culbute dans le noir, infinie et tourbillonnante, où s’est précipitée une démocratie branlante, déstabilisée par le big business », « Si nous perdons de vue l’idée(...), que la dérive ou la course sont l’unique solution, c’est peut être parce que ces rythmes qui nous sont nécessaires sont devenus si difficiles à repérer dans ces univers éclatés que sont à présent l’homme et la nature ». Voilà le compagnon idéal pour une rentrée sauvage ! 

MARCELLINE ROUX (2011)  

 

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  marcelline.roux@laposte.net

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