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CAMUS, UN SOIR... :

Il fait chaud, il fait beau, Aout bascule doucement dans sa vieille torpeur méditerranéenne. A un moment, en martyrisant mon clavier dont les lettres sont à moitié effacées, je me suis pris pour Camus. Restons modestes, j’aurais donné deux oreilles et… un doigt pour écrire L’étranger et surtout  La peste , moi qui ne suis que moi, mais dans l’éclat de mon été j’ai pensé à cet homme qui a sué devant le grand bleu, perché dans sa ville. Un écrivain de l’autre rive certes, mais qui sans doute voyait le même ciel aubergine, le soir à la fraiche, la même lune rousse surgissant derrière l’horizon et, de jour, ce bleu permanent, vaporeux ou limpide, ce bleu contre bleu quand la mer rencontrait le ciel. On vit dans un ton sur ton permanent ici, dans ces journées épuisantes de beauté. Je ne dis pas ça pour les pauvres hères qui se sont appuyés le grand gris, le sale coulant, l’automne prématuré et la retraite des hirondelles. Non. Je ne suis pas de ceux qui se vantent d’être au sud. J’aime mon nord aussi comme j’aime l’hiver, le grand blanc sur blanc de la montagne ou le grand rêche de la Corse. Mais là dans l’haleine de l’été, j’ai fait mon Albert. Et la couleur d’un ciel, les mains moites et une certaine forme d’exaltation m’ont ramené vers ces jours des années 50 à Alger quand c’était la françarabe, les pieds noirs, l’anisette et les rougets qu’on mangeait grillés sur le port. Dans cette paix relative qu’ont du vivre des braves gens qui ont cru que l’histoire, pour une fois, ferait un miracle qu’on serait arabe, corse, berbère, normand, algérois, musulman, athée, fan de jazz, chrétien, anar et que ça suffirait pour animer perpétuellement des débats devant la plage, avec des olives, des zallabias, un vin bien noir et peut-être avant de se coucher dans la noire fournaise, une petite partie de rami. En fait j’ai été (qu'il est beau le participe passé du verbe être), pendant quelques secondes, ce merveilleux écrivain blanc aimant par-dessus tout sa ville, tout en sachant qu’elle allait le quitter. Je n’avais pas lu Albert depuis au moins vingt ans, mais c’est revenu en une nanoseconde, ainsi que ces merveilleuses nouvelles de  L’exil et le royaume  dont l’une relate l’assassinat d’un instituteur français qui apprenait avec dévouement aux petits algériens du bled.  L’été, la couleur d’Ajaccio, des nappes de mémoire et, soudain, le gout d’une œuvre revient. Lire plus encore, écrire toujours plus, alors.

DENIS PARENT 

Denis Parent est écrivain, il vient de publier Grand Chasseur Blanc

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