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PENSER LA VITESSE DE NOS VIES : ACCELERATION d'Artmut ROSA :

 Parfois, l'histoire même qui vous mène vers un livre fait déjà partie du livre lui même comme un trajet de voyage compose l'introduction aux vacances.

Là, on m'avait demandé de parler de la liberté de parole et des moyens de la diffuser (si si, la requête m'était adressée, ne riez pas) et je me retrouvais sur l'estrade en fort bonne compagnie, j'étais seul. J'avais le temps, je succédais à d'autres qui étaient passés seuls eux aussi. Pas de compression de table-ronde à 8 speakers dont un keynote speaker comme le veut de plus en plus l'usage. Je succédais en l'occurrence à un drôle de zigue,  sort de Pee Wee Herman du XXIème siècle qui parlait avec emphase d'un livre que je ne connaissais pas Accélération, d'Artmut Rosa à La Découverte. Il en faisait une réclame aussi amicale que désintéressée, j'en fus tout intrigué. Alors que le RER nous ramenait vers Paris, nous fîmes plus ample connaissance et il m'expliqua qu'il avait monté le Bulletin des Bibliothèques de France, excellent périodique sur ces linstitutions http://bbf.enssib.fr/ cruciales pour tout pays avancé qui se respecte. L'homme a poussé l'onctuosité à m'en faire parvenir quelques exemplaires que j'ai lu avec intérêt mêlé de stupéfaction : c'est fou la vitalité et la capacité d'innovation en ces lieux que l'inconscient collectif imagine poussiéreux ! Passons. 

J'étais donc conquis par avance, un homme si bien dans son époque syncopée qui milite dans sa vie professionnelle pour une décélération raisonnée des usages ne pouvait avoir que de saines lectures. Donc emplette de ce livre, daté de 2008. Trois ans après, les dernières évolutions technologiques ont elles mis en péril les conclusions du livre ? Non, je blague bien sûr, trois ans pour un livre ce n'est rien, trente ce serait plus ennuyeux vu l'objet de l'étude et les récents bouleversements numériques, mais trois ans ne changent rien à l'affaire et dans trois ans, il sera toujours aussi puissant (si vous mettez du temps à le trouver...).

Premier constat, belle mise en abîme: penser la vitesse prend du temps et les 400 pages serrées du texte ne s'avaleront pas en deux trajets de métro et entre deux rendez-vous pros. Ca tombe bien, le message du livre est celui là : aller plus vite, c'est bien, mais savons nous encore pourquoi nous le faisons et surtout, à démultiplier les gains de temps, comment expliquer que nous en manquions tout le temps. Premier paradoxe et premier problème. Le deuxième est vaste aussi : quid du temps long dans nos sociétés compressées ? Pour le politique comme pour d'autres acteurs, c'est plus complexe que par le passé. Pourquoi ? Et bien, c'est là où je m'en voudrais de dévoyer le propos en quelques lignes pour "pitcher" une solide thèse. L'auteur décrit fort bien les cycles de temps compressés avec cette recherche d'accélérer presque tout (les journées durent toujours 24 heures, les femmes mettent toujours 9 mois avant d'accoucher, on met toujours le même temps pour déchiffre du texte ...) grâce au progrès technologique, comment on compresse le sommeil et surtout comment on fait exploser toutes les bornes chronologiques. Pour les travailleurs, jours/nuits/week-end/vacances sont des logiques de plus en plus floues qui profitent à certain mais plonge un nombre croissant de personnes dans une puissante insécurité. Forcément, cela peut mal tourner comme l'illustrait  Le Monde, avec un pied de nez à Stéphane Hessel et cette injonction forte en nos temps : concentrez-vous ! http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2011/10/24/conc.... Trop chamboulé, incapable de plus jamais penser le temps long, phobique de toutes décisions qui les dépasse quand toutes nos infos se doivent d'être "en temps réel" (ce qui signifie que le reste est un temps artificiel ?), nous courrons à notre perte...

L'auteur est pessimiste face à cette broyeuse de l'accélération du temps : selon lui, les mouvements de résistance tels que le Slow Food ou la décroissance sont voués à rester marginaux et n'ont de succès que dans la mesure où toute privation de liberté (en l'occurrence de temps) suscite des contre réactions, mais qui ne peuvent renverser la matrice. A l'idée que la matrice puisse s'étouffer elle même de trop compressé jusqu'à l'éclatement et produire quelque chose de tout à fait laid (comme les compressions de César, par exemple...) l'auteur penche pour la négative. C'est le seul reproche que je lui adresse, il est trop défaitiste. Après 380 pages saisissantes d'intelligence où il décrit tous les mécanismes d'accélération dans le seul but de gagner (quoi ? On ne saura jamais) puisque pour reprendre la formule de Paul Virilio "tout ceux qui ont conquis le pouvoir dans l'histoire sont ceux qui ont pu les premiers mettre en application leurs idées" (transmis pour 2012), il nous adresse 20 dernières pages franchement désespérantes. Bizzarre, mais ce philosophe quadra semble un peu déprimé quand un octogénaire philosophe aussi est bien plus enthousiaste à propos de ce qui arrive, c'est la Petite poucette de Michel Serres. Ce texte est une excellente illustration de la manière dont on peut penser positivement ce changement et aller vers l'espérance.

http://www.liberation.fr/culture/01012357658-petite-pouce... 

VINCENT EDIN (2011)

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