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SÉANCE 43 : LES MAISONS :

Je ne sais pas si je peux supporter l’idée de vivre tout le restant de ma vie entre les mêmes murs.

Au lieu de me rassurer, cette idée me fait totalement paniquer.

L’ici de maintenant serait celui de demain, celui du futur et ipso facto celui de la fin.

Insupportable à concevoir pour moi.

Pourtant j’aime ce lieu, mais je préfère penser que j’y suis de passage.

Que rien n’est pas arrêté, définitif.

Je ne sais s’il y a un rapport avec la mort.

Se figer, se statufier, se fossiliser.

Je reconnais que je suis peut-être un peu excessive.

Le mouvement c’est la vie.

Changer de maison, c’est continuer de vivre, le contraire de l’attente passive.

Je crois aux projets comme remèdes à tout, et comme antidotes.

Ils protègent de la sédentarisation qui est l’ennemie même du renouvellement.

J’aime les maisons.

Internet offre cette magie, pouvoir visiter virtuellement mille et une maisons à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

J’en abuse en cas d’insomnie.

Devenir l’heureuse propriétaire quelques minutes me comble.

M’y inventer une vie.

Je fais défiler les photos des pièces, je  me projette à l’intérieur, je  rêve éveillée.

En règle générale, les maisons qui me plaisent ne sont pas à portée de ma bourse, elles en sont même très éloignées.

Je tiens de 5 à 7 ans dans un endroit, avant que la bougeotte me reprenne, avant que le désir de changement ne vienne me titiller.

Il  y a un prix  symbolique à payer, il faut toujours  que j’abandonne quelque chose quand je quitte un lieu, je m’en sépare un peu comme d’une personne.

Il faut que j’en fasse le deuil.

Craignant toujours que la destination  suivante ne soit pas à la hauteur de mes attentes.

Qu’est-ce qui remplacerait ces grandes baies vitrées sur un  parc arboré ?

Une fenêtre avec vue sur jardin de curé ?

Un balcon sur la Seine ? 

Une terrasse sur  un champ de tournesols ?

Le vide alors s’impose à moi.

Vider le lieu, se vider du lieu.

Revisiter  les placards à la lumière d’un départ, trier ce qui me suivra et ce qui sera perdu en route.

Remplir des sacs-poubelles de ce qui n’a plus d’importance à mes yeux.

À chaque déménagement, je laisse des parcelles du Moi d’avant pour un Moi futur.

Je me demande si, dans un autre lieu, on devient différent ?

Si le lieu déteint sur nous ?

Que je sois privée de luminosité, de vue, d’ouverture me rendrait autre, une furiosa déprimée.

J’accumule les lieux de vie successifs, comme un empilement qui me conduirait à toucher un coin du ciel bleu.

ALICIA RAHO (2011)

Relire le feuilleton des séances depuis le début

Lire la séance 44

 Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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