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TUNISIE : DEMOCRATIE ÉCLAIRÉE OU OBSCURANTISME RELIGIEUX ? :

Quand un peuple s’offre la démocratie, il en fait ce qu’il veut… La révolution tunisienne a été admirable, et donc, loin de moi l’idée de remettre en cause le résultat électoral en Tunisie, c’est le résultat des urnes… il est pour le coup incontestable. Mais, de leur côté, certains de mes amis arabes vivant en France sont inconsolables ! L’un d’eux me disait au téléphone le soir de l’élection : “Mon Dieu, mais qu’on-t-il fait ?” De mon côté, je suis resté hébété devant ce résultat.  

Large majorité pour les islamistes donc… 41% …Certains dirigeants français ont prudemment utilisé le terme d’islamistes modérés. Tout l’art de l’oxymore… comme si, au fond, un extrémiste pouvait être modéré. Si l’épithète “modéré” peut s’accoler à l’islam, il lui est interdit de fréquenter le terme “islamiste”.

 C’est étonnant cette manière toute adjective de se rassurer. On ne parle pas de lapidation “modérée” que je sache… Un islamiste est certes un homme de foi, mais il s’agit d’une foi par exclusion : “ tout ce qui ne pense pas comme moi doit rapidement être châtié…” Ce sont des gens qui disposent d’une ligne directe reliée au prophète, ce qui leur permet d’en savoir un peu plus long que la moyenne des citoyens. Ce sont des petits chanceux qui savent exactement ce qu’il faut faire puisque rien ne vient de leur petite tête, mais de celle du grand supérieur. C’est une idée qui fait un peu penser aux rois de droit divin qu’il a fallu supporter pendant des siècles dans notre beau pays et qui n’appliquaient rien d’autres que la politique de Dieu, eux aussi.

 On a eu les nôtres d’extrémistes religieux en France au XVIème siècle, ils ont mis le pays à feu et à sang pendant des années. De gentilles brutes, de doux assassins, de suaves surineurs qui s’arrêtèrent épuisés au bord d’un immense tas de cadavres. De ce côté-là, la France n’a aucune leçon a donner.

Non, ce que je trouve navrant, c’est l’incapacité qu’ont les pays de foi musulmane à séparer l’état et la religion. Les libyens se libèrent et toc retour de la charia, les tunisiens se libèrent et vlan arrivée des islamistes au pouvoir. Même la Turquie laïque marche actuellement sur un fil directement relié au Dieu tout puissant. 

La France a accueilli il y a plus de trente ans un certain Khomeiny, perse mais lui aussi islamiste, que certains disaient modéré. On a vu le résultat ! Pouvoir aveugle, obscurantiste, éditeur de fatwas ridicules contre des écrivains et religieux tricheurs électoraux, ce qui n’est pas bien pour des hommes de foi… On dirait que la leçon n’a pas été retenue. 

Le 21 janvier 1793, la tête du roi de France tombait dans un petit panier. Il se trouve que ce jour-là, l’idée de Dieu en prit un sacré coup. Parce qu’à faire croire que le roi était de droit divin, sa mort précipitait en quelque sorte celle de dieu, au point que certains révolutionnaires attaquèrent les cathédrales à coups de burin, ce qui ne fut pas la meilleure idée  en terme de protection du patrimoine historique. Mais bon, comme disait Hegel voyant débouler la grande armée de Napoléon dans les rue de Iéna : “C’est l’Histoire qui passe !” Notez bien que l’Histoire s’arrête toujours quelque part, pour Napoléon se fut dans un champ de betteraves belge…

Mais pour revenir à la fin tranchée de Louis XVI, rappelons qu’avant il y eut Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, Condorcet, l’Encyclopédie. Des intellectuels qui respectaient l’idée de Dieu mais qui contestaient l’usage abusif qu’on en faisait… Je me demande bien ce que Voltaire aurait pensé du port du foulard exclusivement destiné aux femmes - implacables tentatrices - et qui, en France, avant l’arrivée au pouvoir de Khomeiny, n’était porté que par de vieilles dames avant de devenir un accessoire de mode très prisé au pays de la laïcité… Je vous propose d’ailleurs une saine relecture des Lettres Persanes qui se moquaient bien d’un certain usage de l’idée de Dieu.

Si je devais reprendre la formule de Hegel, je dirais que de l’autre côté de la Méditerranée, l’Histoire ne passe pas, elle repasse. A voir toutes ces tunisiennes ravies de la victoire islamiste et, ma foi, très jolies sous des foulards de toutes les couleurs, je me suis murmuré que ça n’allait pas être simple pour les féministes tunisiennes, ou même pour des gamines qui auraient envie de se promener tête nue. C’est une loi du genre avec les religions d’amour, elles aiment tellement les femmes qu’elles s’en occupent en premier…

Evidemment, j’en entends qui disent que 60 % des Tunisiens n’ont pas voté pour les modérés islamistes… Bien sûr, mais l’étude de l’histoire souligne que d’autres sont arrivés au pouvoir avec 30 % des voix et ont transformé la démocratie en vaste plaisanterie. D’autres commentateurs soulignent que l’islamisme tunisien pourrait muter en une espèce de démocratie chrétienne à l’italienne ou à l’allemande. Dans ce cas, cela voudrait dire qu’il y a une possibilité d’évolution politique progressiste. Le politique prendrait le pas sur le religieux… J’émets des doutes à ce sujet au regard de ce qui s’est passé en Iran, mais bon, après tout, je ne suis pas tunisien et c’est à eux de juger. Reste que si des dirigeants islamistes en exil depuis trente ans à Londres ont peut-être mis de l’eau dans leur vin, je nourris quelques doutes vis-à-vis de la base électorale imprégnée de salafisme – la peste soit des saoudiens et de leur vision étroite de l’Islam et de leur pétrodollars ! - qui risque fort d’être beaucoup moins modérée.

L’Iran, en liant profondément la politique au religieux, a engagé une révolution qui fait courir un risque énorme précisément au religieux puisque l’échec devra bien être imputé à ceux qui ont conduit l’Etat et tous sont étroitement liés à la dimension religieuse. Gageons que c’est la raison qui conduit les incompétents qui dirigent aujourd’hui l’Iran à confisquer le pouvoir et à réprimer la jeunesse qui n’en peut plus des leçons de morale religieuses de ceux qui détournent la manne pétrolière, trichent sur les résultats électoraux et torturent dans les prisons comme à la pire époque du Shah d’Iran. C’est une chose de chasser du pouvoir un homme ou une équipe, les tunisiens ont parfaitement démontré que c’était possible, c’en est une autre de ramener Dieu dans les lieux sacrés d’où il n’aurait jamais dû sortir… Il s’agirait alors d’une mutation idéologique paradigmique pour la Tunisie et pour l’Islam politique.  

La nouvelle démocratie tunisienne va affronter dans les mois qui viennent des enjeux qui dépassent de loin ceux de cette admirable nation : obscurantisme religieux ou démocratie éclairée ? Après tout, les nations arabes ont le droit de connaître aussi leur siècle des Lumières…

ARCHIBALD PLOOM (2011)

 

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