
Je ne vais pas vous parler du conflit israelo-palestinien. J’aurais trop peur de recevoir une avalanche d’invectives et des rafales de mitrailleuses virtuelles avant même d’avoir ouvert la bouche. On peut exterminer la moitié de la population de la planète tout le monde s’en bat la croquette, mais dés qu’un parpaing tombe à Ramallah ou à Jérusalem ça devient une affaire d’état. C’est une guerre qui a de bons attachés de presse, et d’excellents directeurs de conscience. Non je voulais vous parler de nos amis rockers qui ont décidé d’annuler leurs concerts en Israël. Les Pixies, Costello et d’autres peut-être. Johnny Rotten lui a décidé d’y jouer et a reçu semble-t’il toute sortes de menaces, mails et insultes. On peut donc penser que les Pixies et Costello s’ils sont cohérents avec leurs indignations ne joueront plus nulle part. Il suffit de consulter les rapports d’Amnesty international pour s’apercevoir qu’il n’y a pas un pays en ce bas monde qui n’ait quelque chose à se reprocher en termes de droits de l’homme. Je ne vous parle même pas de la Chine qui fait de l’épuration ethnique massive au Tibet, de la Russie qui réannexe tranquilou une partie de la Géorgie et concasse discrètement du Tchétchène. Je ne vous parle pas du Darfour (de toute façon y’a pas d’électricité pour brancher les amplis) je vous parle des pays d’Europe, du Canada ou des Etats-Unis où il ne se passe pas un jour sans que les droits de la défense soient bafoués, que des législations liberticides surgissent, que des partis ou des multinationales tapent dans les caisses collectives. Donc les Pixies et Costello vont devoir changer de métier parce que leur exigence éthique est telle qu’ils ne se veulent produire qu’en Utopie le pays de l’amour et du partage universel. A côté de ça, en France l’université de Provence a du annuler un colloque parce que les écrivains arabes s’étaient émus qu’un auteur israélien y soit invité. Il y a un mois le distributeur Utopia (le bien nommé) déprogrammait un film israélien pour punir son auteur d’avoir le même passeport que les membre des commandos qui avaient attaqué une flottille propalestinienne. Le dernier chic de l’intelligentsia occidentale c’est désormais le boycott des artistes israéliens. Tout le monde est benoitement convaincu que en empêchant des gens d’avoir accès à la culture on va les pousser à infléchir la politique de leurs élus. Parce que t’empèches Yaacov d’écouter du rock à Tel Aviv, t’es sûr que Sofiane aura plus de ciment pour reconstruire sa maison à Gaza ? Pour moi ce genre d’analyse c’est le battement d’aile du papillon version débile léger. J’ai toujours détesté les artistes de cours et les tartuffes qui les manipulent. Quand tu prônes la responsabilité collective c’est que t’es partisan d’un régime totalitaire et non d’un état de droit. Les artistes n’ont pas de drapeau, pas de nation, pas d’idéologie quand ils exercent leur art. Ca ne leur empêche pas d’avoir des convictions, de s’engager ou d’énoncer des principes. Mais s’il est un droit que l’artiste n’a pas, c’est de choisir qui est digne ou non d’être son public. Dans les jours qui viennent j’écouterai sans doute Costello sans me préoccuper de ce qu’il a pu dire ou faire. Car son œuvre est plus grande que lui et il ne m’a pas encore boycotté. Je regarderai peut-être un film arabe, israélien, bantou ou chinois. Et je ne m’intéresserai qu’à l’œuvre pas à ce qu’on veut en faire sur le terrain de la propagande. Quand à tous les poseurs, artistes de droite comme de gauche qui me disent ce que je dois voir, lire ou entendre je les renvoie à leurs pétitions, manifestations et conférences de presse. Il faudra quand même un jour leur dire que Che Guevarra était un ringard merveilleusement photographié.
Denis PARENT (2010)
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