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SEANCE 44 : COMME UN TRAIN QUI PASSE ... :

Elle m’a dit qu’écrire m’aiderait à y voir plus clair.

Je profite d’un trajet pour me lancer.

Le train part d’un lieu et arrive quelque part.

C’est un voyage en soi accompagné du bruit régulier des rails.

Même quand je suis dans le sens de la marche, je remonte ma vie.

J’ai vu un documentaire sur Douglas Kennedy, il dit « qu’il faut se battre avec ses doutes pour écrire, comme il faut se battre avec ses doutes pour vivre. Que le pire dans la vie est l’ennui et que tous les écrivains cachent une instabilité en eux. »

Il vit dans quatre lieux différents.

Et écrit toujours face à un mur.

Comme lui je suis d’une instabilité profonde.

Je pense que vivre dans 4 lieux permet d’être quatre.

Et de ne jamais s’ennuyer de soi mais il faut prendre garde à ne pas se perdre.

Je ne suis pas Douglas, je suis Alicia.

Je ne sais pas s’il fait une thérapie.
Sans doute vaut-il mieux que non pour ses romans.
Son instabilité  nourrit sa plume et par effet boule-de-neige  remplit sa bourse.

Il est assez égoïste pour  vivre la plupart du temps loin de sa femme et de ses enfants.

Peut-être pour les préserver de sa folie.

Comment protéger les autres ?

On devrait toujours garder ses peurs pour soi, pour ne pas les effrayer et éviter qu’ils nous plaignent, ou nous fassent interner.

Le train me secoue dans tous  les sens du terme.

J’ai toujours le cœur au bord des lèvres, je lutte,  j’en oublie de regarder le paysage.

A un arrêt, sur le quai, j’ai vu une mère, avec son plus jeune fils, agiter sa main et envoyer des baisers au grand ado qui venait de s’installer sur le siège en face de moi. Il ne la regardait pas, avait vissé ses écouteurs sur ses oreilles et ouvert son ordi ; il semblait gêné par cette démonstration d'affection. Cette femme était touchante, elle mimait avec de petits gestes de ne pas oublier de lui écrire et de lui téléphoner, débordante d’amour, mais lui, avait déjà instauré une distance. Il était déjà loin ...

Je comprenais qu’elle lui disait "À vendredi !" Nous étions dimanche soir.

Il partait sans doute étudier dans une grande ville.

Dans cet instant par compassion, je m’imaginais être cette femme, cette mère…

Je lui ai souri à travers la vitre, quand le train s’est éloigné.

Le train offre des croisements de vie.

Et pourtant je préfère la voiture, enfermée dans mon habitacle, je n’ai pas à me frotter à la vie des autres, je suis à l’abri.

Non pas que je ne les aime pas.

Mais simplement parce que j’ai la crainte qu’ils m’absorbent dans leur vie. La mienne est déjà assez compliquée sans que je m’embarque dans la leur.

Je ferme les yeux pour retourner en moi et me laisse bercer par le roulis régulier du train.

ALICIA RAHO (2011)

 Lire la séance 45

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 Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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