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SÉANCE 45 : LES SÉPARATIONS :

Il y a des petites séparations et des grandes.

Des courtes et des longues.

Des traumatisantes.

Des irrévocables.

Mais toutes me posent un problème.

Se séparer, quitter, laisser, partir …

Des verbes de la mélancolie.

Je n’aime aucune séparation.

Ni celle des quais.

Ni celle des aéroports.

Ni celle des mains qui s’agitent derrière la vitre quand la voiture s’éloigne.

Je sens ma gorge se serrer et mes yeux s’embuer.

Je lutte pour rester digne et ne pas fondre en larmes.

Je suis une phobique de la séparation.

Alors je l’expédie.

Je la convertis en une opération froide, clinique.

Je file, je fuis.

Prendre la route, le train, l’avion reste synonyme de devoir abandonner un lieu, un ou plusieurs êtres.

Je me bats depuis toujours avec cette malédiction.

Je répète à mon enfant qu’il faut nous séparer le plus souvent possible pour nous préparer à la séparation future.

La grande, celle de l’envol.

J’ai eu peur de ne pas pouvoir quitter mes parents, car ils étaient vieux, et je me sentais responsable d’eux.

Je craignais qu’ils ne se remettent pas de mon départ.

Que cela les tue.

Ils m’ont rendu la tâche facile, ce sont eux eux qui m’ont quittée en déménageant alors que je devais rester à Paris pour mes études.

Je ne veux pas que mon enfant redoute de partir de la maison.

Je veux que cela soit une joie pour lui et un nouveau départ pour moi.

Sans doute est-ce ma manie de vouloir tout sécuriser.

Quand je me sépare des autres, j’ai deux raisons d’être effrayée : soit je ne peux plus les protéger, soit je ne me sens plus protégée.

Je crains toujours que le pire puisse arriver.

Et j’ai une imagination débordante, fertile en dramatisation.

Je suis capable d’inventer des scénarios-catastrophes dignes des plus mauvais films américains. 

Une idée, soudain, me tétanise : et si je n’arrivais plus à quitter ma psy ?

Je me vois en  séance à vie une fois par semaine.

Elle est sans âge à vrai dire, mais j’imagine qu’elle doit avoir sensiblement 10 ans de plus que moi.

Cela me laisse le temps de voir venir.

Par précaution je vais devoir lui demander de me préparer à la quitter si elle sent que je m’accroche…

ALICIA RAHO (2011)

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Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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Le Facebook d'Alicia RAHO 

Le site de l'illustratrice 

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