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PARTIE COMMUNE de Camille BORDAS :

Nous avions plébiscité il y a quelques semaines le roman  d’Hélène STURM au titre sans équivoque : PFFF.   Ouvrage à l’écriture maitrisé, plein d’esprit et de style, de personnages attachants  et de chiens au nom bizarre.  Depuis PFFF caracole en tête de notre classement qui, s’il n’est pas celui des meilleures ventes, est au moins celui du plaisir du lecteur.  Il y a évidemment le talent d’Hélène mais il y a aussi celui de son éditrice  qui  au fond, au delà même de l’écriture, s’attache à dénicher des auteurs un peu psycho-anthropo-ethno- socio –logue…  Un peu seulement car, entendons nous bien, ils sont d’abord écrivains.

Reste que j’ai désormais une sévère tendance à mettre les romans estampillés Joelle Losfeld sur le dessus de la pile de mes lectures à venir pour des raisons de sympathie irrépressible vis à vis de sa politique éditoriale.  Me voilà donc devant ce grand canapé rouge en tissu  que l’on trouve sur la couverture de PARTIE COMMUNE, le dernier roman de Camille BORDAS. Elles sont toujours belles les premières de couv'  de cette maison d’édition, ce qui constitue  une excellente entrée en matière.  Chacun sait qu’on commence à manger le gâteau devant la vitrine, c’est meilleur.  L’érotisme de la lecture c’est un peu la même chose et dans ce domaine la couverture laisse imaginer bien des plaisirs à venir. Mais restons calmes,  les préliminaires devant être infiniment maitrisés, vous le savez bien.

Où veut nous emmener Camille BORDAS ?  Quelque part, et je dirais même  vers un lieu où l’action se ramassera dans un espace extrêmement délimité, un espace où les souvenirs du passé surgissent au milieu du présent, un espace  où les douleurs  peuvent  doucement s’éteindre, où les êtres se rencontrent  sans se déchirer, où chacun vient à la rencontre de sa vérité sans parfois dire un mot. Cet espace est une vieille demeure familiale dans un village de campagne. Elle a abrité trois générations de Manin, une famille qui se sépare d’elle avec un peu de nostalgie mais  bon, voilà c’est fini. La famille est un peu disloquée et la maison a perdu son sens, je veux dire la signification qu’une demeure peut avoir quand une famille reste unie. Là c’est le contraire, la désunion fait la force et le père Paul Manin a décidé d’en finir avec la maison familiale. Les notaires connaissent bien ces grandes fatigues familiales qui poussent un patriarche à se débarrasser de ce qui fut, génération après génération, le symbole de la famille. Plutôt le faire soi même que d’imaginer ce qui se passera après sa mort.

L’habileté de l’auteur est de placer en écho plusieurs voix dans et autour de la maison. Celle de Joseph d’abord, l’un des fils du vieux père Manin, puis celle de la maison elle même qui médite sur son propre sort tout au long du roman . Celle aussi d’Isis,  petite amie de l’autre des fils Manin, mais qu’elle quittera  avant de trouver sa place dans la troupe de  théâtre d’Hector  qui vient de racheter la maison pour  répéter et jouer une pièce  de théâtre ; Hector qui prendra d’ailleurs lui même la parole  au terme du roman.  Cette narration éclatée permet d’établir autant de points sur cette passation de pouvoir entre les anciens et les nouveaux propriétaires.  Le choix du roman choral permet à l’auteur une grande efficacité narrative car au fond  les voix se succèdent mais la maison demeure. La maison est le cœur du roman, elle est son héroïne : “Le printemps arrive, et avec lui de nouveaux fruits. Les pommes ne poussaient plus pour personne ces dernières années, c’était triste, elles tombaient dans l’indifférence, un pouf sourd sur l’herbe, chute amortie, et puis rien d’autre à faire que de pourrir. Isis en ramasse chaque jour un paquet et les mets dans le panier de la vieille Manin. . Je ne sais pas ce qu’elle en fait après, elle va se balader je ne sais où, dans les collines ou en forêts, et quand elle revient, le panier est vide.”  Cette présence de la maison  est au fond tout à fait reposante pour le lecteur. Elle ne produit pas d’actions – même si certains l’en soupçonnent – renvoyant plutôt à un état méditatif. Il fallait réussir ce pari littéraire risqué, car après tout rien de plus difficile que de faire parler les murs. Mais Camille Bordas tend, avec beaucoup de talent, les fils qui nous relient aux lieux que nous habitons, notre réflexion se prolonge, du coup, bien au delà du roman. 

Dans l’Economique de Xenophon Socrate abordant le thème de la maison s’interroge : “qu’entendons-nous par là ? L’identifions-nous donc avec l’habitation, ou bien est-ce tout ce que l’on possède en dehors de l’habitation  appartient encore à la “maison” ?” PARTIE COMMUNE  nous laisse d’ailleurs avec plus de questions que de réponses :  habitons nous les lieux ou sommes nous habités par eux ?  Ces maisons, sont elles des protagonistes actifs de nos vies ?  Comment les choisissons-nous et pourquoi les quittons nous ?  Ce roman a d’ailleurs un effet sensible sur l’inconscient du lecteur, en tout cas sur le mien, car j’ai rêvé, dans les nuits qui ont suivi cette lecture, de toutes les maisons que j’ai habitées.

 A travers cette œuvre surprenante et pleine de poésie, Camille Bordas nous entraine finalement dans un parcours initiatique où les murs chuchotent et où le courant des rivières vient nous parler à l’oreille.  Une vraie petite pépite littéraire…

ARCHIBALD PLOOM (2011)

 

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