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LE PIANO MALEFIQUE : UN ROMAN À L'HEMOGLOBINE DE FRANÇOISE GRENIER DROESH :

Il n’y a pas si longtemps, on fêtait Halloween dans les rues de Fontainebleau. Petits et grands, on s’amusait à se faire peur. On partait à la nuit tombée en quête de friandises ou de frayeurs qu’on pensait anodines. Pourtant, la radio, les journaux, les chaines télévisées, se font régulièrement l’écho de faits étranges ; on disparaît sans laisser de traces, de vieilles demeures saignent ou pleurent, parfois habitées d’âmes errantes. A ce jour, aucun scientifique n’a trouvé de réponses à ces phénomènes. Deux jours plus tôt, j’achevais la lecture du « Piano maléfique » de Françoise Grenier Droesch. Un roman dont le choix des noms - Mme Craft, M. Léonidas, M. Barnum - et les jeux de mots – « Le vampire se fait du mauvais sang », il jure à coup de « Bon sang ! » - prêtent à sourire, mais dont l’histoire et les sombres et macabres descriptions m’ont plongée dans une forme d’angoisse. Angoisse toute relative il est vrai, car le roman de Françoise Grenier Droesch est classé dans une catégorie « roman fantastique » – une façon comme une autre de me rassurer – mais une angoisse quand même. Imaginez un peu… Halloween, et avant Halloween, cette histoire… puis le 11/11/11, et enfin, récemment, ces défilés de zombies dans notre capitale… Brrrrrrrrrrrr… j’en ai froid dans le dos ! Mais, revenons justement à notre histoire. Histoire de nous effrayer et d’attraper une petite sueur froide. Une histoire à rebondissements, écrite par une plume diabolique dans des pages qui se voudraient tendres, avec quelques traces d’humour et de légèreté, et qui vous laisse le choix d’imaginer la suite ou votre vérité.

Juin 2010, à Brienne, près de Troyes, un bus disparaît lors d’une sortie scolaire. Avec lui, une vingtaine d’élèves et six adultes. Ils ne réapparaissent que trois jours plus tard. Mais dans quel état ! Le teint pâle, cadavériques, les yeux rougis et les visages flétris, tous rapportent des propos incohérents. Les enfants disent avoir été hébergés par un personnage aux allures et au comportement farfelus, décalés, voire inquiétants. L’homme, qui se présenta comme étant le Conte de Nerval, était très maquillé, vêtu d’un beau costume rouge brillant, coiffé d’un chapeau très haut de couleur noir, le rouge et le noir semblant avoir sa préférence. Trois jours durant, il joua du piano et obligea les enfants à écouter l’envoûtante mélodie de l’instrument. Bien qu’ils soient tous retrouvés très amaigris, les enfants racontent avoir eu droit à des festins de rois, tandis que les plats s’enchaînaient, apparaissaient et disparaissaient sans l’aide de personne et que des « choses » les frôlaient au moment de la distribution de friandises. Adélia, l’enfant qui semble la plus touchée, se souvient de son isolement dans les profondeurs du château. De l’autre côté des barreaux, elle vît ce que les autres ne virent pas : les saisons défiler à une vitesse incroyable, des ombres rôder, des formes humaines noires se précipiter sur elle. Une sale odeur régnait dans la demeure, une odeur de sang, de décomposition.

L’inspecteur Herbert Léonidas est chargé de l’enquête. C’est ainsi qu’il est amené à écouter ces témoignages étranges, dignes d’esprits dérangés. Il écoute les enfants, puis le chauffeur du bus, l’institutrice et enfin une jeune fille qui était restée dans le bus, la seule à n’avoir pas maigri et dont la mémoire s’est évaporée. L’inspecteur Léonidas écoute, prend des notes et se rend sur les lieux pour découvrir une colline nue de toutes végétations, une croûte épaisse de couleur rouge ocre et un plan d’eau nommé « Les Terres rouges ». Aidé de son assistante, Nathalie, et de sa fille Diane, une jolie jeune femme rousse qu’il n’avait pas revu depuis onze ans, il va s’efforcer de trouver une réponse rationnelle à ces propos pour le moins curieux. Aiguillé par l’esprit machiavélique du Conte de Nerval, guidé par les indices que celui-ci sème à dessein autour de lui, il va découvrir comment le groupe a réussi à s’enfuir d’un monde souterrain qu’il était loin d’imaginer : une vie intestine envahie de végétations voraces, gluantes et sanglantes et assassines ; une nature intérieure déchaînée et agressive à la moindre intrusion. Bénéficiant également de l’appui inespéré des deux filles et de l’épouse du vampire, Herbert doit prendre en compte la surveillance étroite des ombres – les gardiennes de la colline - sur lui et compter sur sa capacité à utiliser les hautes technologies pour déjouer les plans du vampire. Sentant son piège se retourner contre lui, le Conte de Nerval s’inquiète soudain de créer son fils spirituel en la personne de Damien, époux de Diane et père du petit Emilien. Un ultime moment d’extravagance et de folie qui le rendra vulnérable quelques instants …

Une dizaine de jours après cette bien étrange lecture, le 11/11/2011, à la nuit tombée, je rentrais de promenade avec mon chien. Un vent léger se levait. Le 11 est un chiffre important aux dires de certains. Pour les uns il représente la créativité, la nouveauté, pour d’autres, la destruction, la fin de quelque chose. Il en est qui s’accordent à dire que le 11 est un chiffre prisé des sorcières, le chiffre de l’irrationnel. Ce 11/11/2011, donc, alors que je rentrais de promenade avec la chienne, le vent se levait, le feuillage rougeoyant des arbres de l’avenue se froissait sous la fraîcheur soudaine. Les feuilles s’égratignaient en glissant sur le sol, poussées par la brise. Des arbres, s’échappaient des ombres effilées, ondoyant sous l’effet de cet air inattendu, leur danse obscure accentuée par la faible lumière jaunâtre des réverbères. J’étais aux aguets. La chienne aussi : les oreilles baissées, la démarche rampante, le poil redressé sur le dos. En ce 11/11/2011, dans cette fraîche et sombre soirée d’automne, je me questionnais… Et si Françoise Grenier-Droesch avait raison ? Si les fantômes existaient ? Si les vampires se nourrissaient des plus vulnérables ? Et, plus improbable encore, si les descendantes du Conte de Nerval s’amusaient près de chez moi ? Après tout, Fontainebleau n’était pas si loin de Troyes… Ce 11/11/2011, dans le doute, poussée par mon ombre (mais était-ce bien mon ombre ?) et le déplacement feutré des feuilles à terre, je pressais le pas pour me réfugier entre mes murs.

MARIE BRETIGNY (2011) 

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