
Les formations anglo saxonnes n’ont qu’à bien se tenir car il est un groupe français qui tourne dans le monde entier avec un sacré sens du renouvellement. En quatre lettres, certains l’auront deviné, il s’agit d’IDEM ce band bien connu des amateurs d’électro, d’heavy ambiant, de dub urbain et de free rock … Oups j’allais oublier l’electro noise !
IDEM démarre en 1999 avec un LP de 4 titres assez sophistiqué qui laisse déjà entrevoir pour ces 4 nantais un potentiel qu’ils surent exploiter par la suite puisque GOOD SIDE OF THE RAIN est le titre éponyme du septième opus de la formation.
Le groupe ne se noie pas dans la soupe electro que nous proposent des formations improbables, composées de non artistes, qui imaginent réussir un hold up sur les ventes avant de disparaitre. Dans la jungle hostile et souvent déprimante de l’electro, IDEM se distingue d’emblée par une maitrise des codes du genre. Point de boucles faciles, de clichés sonores, de poncifs synthétiques qui ont fini par faire perdre son triple A à un genre musical qui possédait pourtant d’authentiques atouts au départ. IDEM s’interdit la facilité et redonne ses lettres de noblesse à la recherche electro. Je n’utilise pas le mot “recherche” par hasard car il s’agit bien de cela. Au départ, le mouvement électro était le fait d’authentiques chercheurs qui exploraient des tendances nouvelles à partir d’une matière composée de 40 ans de production musicale. La tâche était exaltante, mais le meilleur ne tarda pas à côtoyer les pires margoulins qui pensèrent que la maitrise musicale n’avait aucune importance et qui se lancèrent dans un pillage systématique du patrimoine pop rock qu’ils dévaluèrent avant de s’enfuir avec la caisse.
IDEM n’a rien à voir avec ces pillards à la triste figure, ses membres sont discrets, exigeants, animés par un esprit de curiosité et d’innovation qui font des concerts du groupe des évènements inoubliables : compositions travaillées dans la profondeur, univers sonore sophistiqué, association de l’image sur scène qui ajoute une poésie et une sensibilité qui laissent une impression durable à celui qui a la chance d’assister à un tel spectacle.
GOOD SIDE OF THE RAIN fait le choix de la simplicité avec des compositions qui, sans renoncer à la sophistication, sont plus directes que dans les précédents albums. Lignes mélodiques épurées légèrement sous mixées, présence entêtante de flux guitaristiques, basses méthodiques privilégiant l’efficacité et clavier inspiré ; on retrouve les lignes de force de ce groupe qui allie musicalité et exigence intellectuelle depuis toujours. On est très loin par la poésie et l’introspection de l’univers clinquant de David Guetta. Ici on retrouve les postures qui furent, et sont encore celles d’un Brian Eno ou d’un Richard Pinhas
En vérité GOOD SIDE OF THE RAIN est un voyage musical qui favorise l’ouverture de chacun vers son intériorité. Opus poétique dont la maitrise laisse souvent pantois comme l’excellent Work In Progress où les scansions vocales de Ben Sharpa jonglent avec une guitare Nick Cavienne sur fond de rythmique envoutante ; ou le suggestif A Dust In Peace dont la voix légèrement échoifiée suspend son vol au dessus d’un nuage de guitares qui se répondent dans l’infini des profondeurs. Le titre Good Side Of The Rain profondément mélodique est porté par des arrangements somptueux de claviers au même titre que You Missed It dont une escadrille de guitares entreprend un survol héroïque plongeant l’auditeur dans un émerveillement digne de l’enfance. Wings of Joy, au cœur d’une dimension sonore élaborée, laisse la voix et la guitare tisser un motif sidérant qui nous laissera profondément songeur. Nous restons finalement Locked In Syndrom, titre évocateur qui résume bien le travail d’IDEM.
ARCHIBALD PLOOM (2011)
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