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BUDGETS CULTURELS EUROPÉENS : QUELS ENJEUX EN TEMPS DE CRISE ? :

En matière de culture, l’année 2011 s’achève aussi, sur fond de désenchantement financier. L’Europe culturelle exsangue et les états fragilisés sont au pied du mur. Ce climat de crise est loin de renforcer les attributions d’aides économiques au secteur culturel et donne à ses opposants des armes redoutables pour les supprimer. Pour les politiciens, la culture n'est qu'un des nombreux domaines où des économies peuvent être faites. Les défenseurs du soutien artistique sont peu nombreux et ont tendance à garder le silence lorsque des élections sont  imminentes.

Que peut-on espérer ? Est-ce la preuve d’une crise cruciale, une période décisive dans la vie de la civilisation occidentale, la fin d’une époque, l’abandon progressif de certaines fondations du capitalisme, une variante postmoderne ? Si c’est le cas, alors la question n’est pas de savoir s’il faut renforcer les budgets de la culture en temps de crise mais plutôt se demander comment  la culture va survivre dans cette période de transition. La conséquence est inévitable. La crise mondiale a commencé à sérieusement influencer les budgets publics nationaux et aucun organisme de financement artistique n’échappeà l’austérité actuelle.

C’est quand même bien au sortir de la deuxième guerre mondiale, avec l’héritage commun et les valeurs partagées, que la volonté politique poussa à la constitution d’une communauté européenne. Ce n’est que depuis 20 ans que la culture s’est infiltrée, sans être invitée, dans les dispositifs communautaires. A tel point que les projets artistiques et culturels sont paradoxalement plus financés aujourd’hui par des fonds européens non culturels que par les programmes culturels eux-mêmes. La compétence culturelle de Maastricht, en 1993, marque le début officiel de la relation d’amour mais non moins tumultueuse entre la culture et les institutions de l’union. Cette compétence culturelle a bousculé la règle du libre échange et obligé la Commission européenne à formuler des dérogations juridiques pour autoriser les aides et tout bénéfice fiscal ou social accordé à la culture par les collectivités publiques.

Presque partout en Europe, Les états font des choix et quand ils réduisent leurs programmes de subventions, ils promettent de nouvelles ressources extrabudgétaires pour les institutions. Habillons Paul, pour déshabiller Pierre… C’est le cas de la Grande Bretagne, qui se concentre essentiellement sur les grandes institutions et les activités artistiques basées à Londres, au détriment du reste du pays. En Finlande, la loterie nationale a permis une augmentation du budget actuel du ministère. Moins surprenant, c'est le gouvernement de la Norvège, riche en pétrole qui tente de maintenir l'objectif de dépenses de 1% de son budget pour la culture - l'un des plus élevé par habitant en Europe. On pourrait ajouter l'exemple allemand où, au moins sur le plan national, le budget fédéral de la culture a constamment augmenté au cours des dix dernières années et de nouveau en 2011, soit un budget équivalent à 2,4%. De toute évidence les infrastructures de prestige ont la part la plus importante du budget global de la culture, et ça dans n’importe quel pays d’Europe.

Une vision pessimiste ? Suite à une enquête menée, en 2009, par le Conseil de l’Europe parmi les états membres sur la tendance du financement culturel ainsi que sur leurs stratégies possibles pour préserver les budgets de la culture en temps de crise, il semblerait que la moitié des pays européens prévoit  des réductions globales de leurs budgets pour la culture et le patrimoine comme une séquence à court ou à moyen terme possible de la crise financière. Un autre rapport (présenté au Conseil de l'Europe, Comité directeur de la Culture) en 2011, sur les budgets de la culture et la crise financière  indique que l'impact de la crise sur les budgets publics est en effet moins homogène que prévu et souligne également que certaines réductions budgétaires culturelles sont moins le résultat de la crise financière mais plus une préférence politique ou idéologique.

Après les restrictions de budget, la version française 2011 a fait mine d’augmenter de 0,6%. Or si l’on tient compte de l’inflation qui plafonne aux alentours de 2%, cela s’appelle en langage de Bercy une « croissance négative » et en clair une récession. Les investissements stagnent et les grandes opérations restent parisiennes. Il est  inutile de dire que dans les chiffres du budget de la culture en France, ne sont pas à exclure les réductions d'urgences soudaines des dépenses publiques, réductions certaines fois spectaculaires et difficile à résoudre en particulier dans les arts du spectacle. Contrairement à l’état qui n’en finit pas de creuser sa dette publique, les collectivités sont tenues à l’équilibre budgétaire, mais la situation financière actuelle révèle que certaines d’entre elles vivent sur des emprunts à risque.

Ces annonces de hausses budgétaires  comportent comme chacun le sait des possibilités d’artifice, mais calme un temps les professionnels, un temps seulement. Les organisations syndicales soulignent qu’à peine adoptées, elles sont déjà gelées et comme tout se passe sur fond de défiance mutuelle tout se transforme en blocage.

En regard des moyens, les objectifs politiques français semblent gravés dans le marbre institutionnel et tiennent sur des principes de démocratisation, de soutien à la création et à la diffusion, d’appui aux industries culturelles et rayonnement international. Et même si aujourd’hui le secteur privé accède aux financements publics, on est quand même en droit de s’interroger sur les subventions massives qui leur sont accordées comme dans le cas de l’installation à Marne-la-Vallée d’Eurodisney au prétexte qu’elle permet de l’emploi aux artistes. Derrière cette vitrine semi-commerciale se trame des stratégies autrement plus subtiles en matière de business. Mais c’est sur les entretiens de Valois que repose la possibilité de travailler sur les nouveaux enjeux, de repenser les objectifs et les modalités de soutien.

Tout le concept de service public dans les arts et les médias peut être revisité, mais sans mettre en danger des infrastructures importantes et sa mission principale serait de fournir des résultats de qualité professionnelle qui contribue à la fois à l’identité et à l'innovation de la société, indépendamment des contraintes politiques ou du marché. Il serait très important de définir clairement le financement culturel comme une tâche positive de la part de l’Etat, d'être partagé avec les autorités locales / régionales et complété par un financement de projet provenant de sources privées ou européennes ainsi que des activités entrepreneuriales dans leur propre droit (par exemple dans le livre, la musique ou d'art marché ou dans la production cinématographique). 

La crise financière actuelle ne peut pas être prise comme une excuse aux coupures budgétaires dans les arts. Nous voyons clairement un certain nombre d'États et de villes qui agissent parce qu'ils savent qu’un environnement diversifié et productif culturellement peut apporter un esprit et une importance dans les contributions tangibles en vue de surmonter les difficultés actuelles rencontrées par les gouvernements, la société civile et les acteurs économiques.

Ensuite, et probablement le plus important : l'avenir des budgets culturels dépend clairement de l'appui de la population et, par conséquent, des milieux politiques.

Lorsque la politique culturelle n'est pas solidement ancrée dans les multiples demandes du public - où les arts sont toujours conçues comme «élitiste» - et où le rôle important des arts, des médias et des activités liées au patrimoine pour le développement social, éducatif et économique d’une société n'est pas pleinement reconnue, un changement vers le pire ne peut être exclue, même après le calme de la tempête financière.

ODILE LAFOND (2011)

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Le facebook d'Odile Lafond

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